Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

Se faire justice soi-même

CHRONIQUE / Dénoncer le harcèlement, la violence, les abus ou les agressions sexuelles sur les réseaux sociaux; voilà une polémique qui fait couler beaucoup d’encre par les temps qui courent. Pour ou contre? Les opinions quant à ce type de dénonciations sont farouchement opposées. Certains comprennent ou encensent cette prise de parole; d’autres, non seulement la déplorent, mais conduisent carrément la présumée victime au bûcher. Cette forme de justice populaire a pris du galon sur Internet avec, entre autres, le mouvement #MeToo et nécessite de s’y pencher.

Quelle que soit la nature des allégations, dénoncer est plus facile à dire qu’à faire! Le Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) illustre cette réalité par des statistiques saisissantes.

En effet, un maigre 5% des crimes sexuels est rapporté à la police et, de ce nombre, trois plaintes pour agressions sexuelles sur 1000 se solderont par une condamnation. Ainsi, plusieurs victimes se demandent si le processus judiciaire en vaut la chandelle.

Une plainte formelle doit suivre plusieurs étapes. La Table de concertation sur les agressions à caractère sexuel de Montréal (TCACSM) précise que le premier pas consiste à faire une déposition à la police, afin qu’une enquête soit entamée.

Quand et où l’événement est-il survenu? Y a-t-il des preuves – empreintes, sang, sperme, sécrétions vaginales, vêtements souillés – pouvant être récupérées? Qui est l’agresseur? Quelle est sa description? Est-il connu de la victime? Y avait-il des témoins de la scène?

Voilà quelques questions générales auxquelles les victimes ont à répondre et auront à répondre encore et encore. Le rapport est ensuite pris en charge par un enquêteur spécialisé de la Section des agressions sexuelles de la Division des crimes majeurs.

Une déposition est alors faite, incluant la déclaration par écrit de la victime et celle des témoins, le cas échéant. Les faits sont ensuite épluchés.

De plus, l’identification de l’agresseur se doit d’être faite, dans la mesure du possible, pour la suite des procédures.

Suivent la dénonciation, la comparution, l’enquête préliminaire, la négociation de plaidoyer, le procès, le verdict et la peine, et ce, sans parler de la possible couverture médiatique entourant l’histoire.

Tribunal populaire: attention!

Justice populaire ou justice officielle? Voilà le vrai débat! Nombreux sont ceux à dénoncer la lourdeur du processus judiciaire entourant les différents types de violence sexuelle. Bien que les corps policiers et les représentants de la loi font preuve d’un grand sens humain, sauf quelques exceptions, il n’est pas étonnant que les étapes laborieuses et répétitives du système viennent à bout de certaines victimes.

Pour ce qui est des peines, bien que déterminées par un juge, après analyse des lois et des circonstances, elles apparaissent parfois, aux yeux de monsieur et madame Tout-le-Monde, comme des gouttes d’eau dans l’océan, ce qui amplifie les sentiments négatifs.

Une bonne solution?

Se faire justice soit même, bien que nécessitant une bonne dose de courage, est une décision pouvant être discutée, j’en conviens. Cela dit, un grand nombre de victimes décident de se tourner vers cette réalité afin d’y trouver un minimum d’écoute, un sentiment de sécurité, du réconfort et une libération. La force du nombre, synonyme de ralliement, de solidarité et de mobilisation, est aussi perçue comme une sonnette d’alarme, le message étant qu’il est temps de se questionner sur les voies officielles et sur le fléau dénoncé.

Rappelez-vous que peu importe le moyen que prend une victime pour s’affranchir, il est inutile de l’opprimer, de la culpabiliser ou de la stigmatiser sur sa façon de faire en fonction de vos opinions. Son mal est déjà bien assez grand. Tendez-lui plutôt la main. Et voyez plus loin que vos convictions. Après tout, ce n’est pas de vous qu’il est question...