Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

Ressentir un inconfort

CHRONIQUE / Malaise ! Cette fréquente sensation d’inconfort que suscite la sexualité est-elle présente chez vous ? Réagissez-vous à la simple idée d’en entendre parler ? Osez-vous aborder ses motifs ? Vous arrive-t-il de vous y intéresser ? Fermez-vous les yeux devant la nudité ? Allez-vous même jusqu’à éviter ses allusions ? En êtes-vous dégoûté ? Voilà un sujet qui laisse rarement indifférent !

Symptômes

Autant l’écoulement nasal appartient au rhume de cerveau, le rire est selon moi le principal symptôme de l’embarras associé à la sexualité. Les petits comme les plus grands passent du sourire niais au ricanement saccadé au son du mot « pénis », par exemple. Imaginez, maintenant la vue du pictogramme ! Blaguer, faire le clown et en offrir plus que le client en demande sont souvent de belles façons de briser ce désagrément.

Vient ensuite l’évitement, cette volonté de faire n’importe quoi d’autre que d’écouter, de regarder ou minimalement de porter attention aux propos liés à la sexualité. Des élèves soudainement studieux, j’en ai vu. Des adultes ronger leurs ongles jusqu’aux coudes, arpenter des yeux les quatre murs de mon bureau ou tout simplement défaire leur bas de culottes, j’en ai aussi vu.

Et que dire des signes corporels ? Je parle de ceux qui, aussi subtils qu’un chien dans un jeu de quilles, trahissent toute indisposition. Rougeur, chaleur, agitation, sudation, picotement ; quand le corps témoigne, inutile de feindre « comme si de rien n’était ».

Omniprésence

À la télévision, à la radio, dans les revues, dans les discussions de matantes et de mononcles, voire à l’école primaire, les sujets gravitant autour de la sexualité sont omniprésents. La désensibilisation du malaise à son égard ne devrait-elle pas être une éventualité ? C’est selon !

En fait, l’éducation à la sexualité, autant chez l’adulte que chez l’enfant et l’adolescent, est certes positive et favorise une forme d’apprivoisement graduel et contrôlé. Proposant une vision positive de cette dernière, elle met davantage l’accent sur sa globalité, contrairement à l’hypersexualité, qui ne ménage pas les standards précaires, la génitalité, les relations inégalitaires et les critères de beauté disproportionnés, entre autres. De quoi la dédiaboliser !

Causes

Ce malaise est louable pour la plupart. Même moi, sexologue, j’en vis encore, parfois, ici et là, quand mon imaginaire se voit dépassé.

Vécu, expériences antérieures, antécédents relationnels, éducation reçue, limitations, valeurs, croyances, convictions ; tous et toutes ne sont pas au même diapason.

Au gré des sujets, thèmes ou contenus apportés, chacun aura un niveau d’aisance propre à lui-même ! Ce confort ou cet inconfort est aussi une forme d’émotion. Il ne reste qu’à l’accueillir, qu’à essayer de le comprendre et d’apprendre à le gérer pour évoluer.

Aversion

Quand l’inconfort devient aversion, on est ailleurs ! On peut alors parler d’un diagnostic lié aux troubles de la santé mentale, que l’American Psychiatric Association propose. Une aversion persistante ou répétée, laquelle force la personne qui en souffre à éviter ce qui est lié au contact sexuel ou ce qui s’en rapporte, est à la base d’une grande détresse cliniquement significative et se qualifie pour un dysfonctionnement sexuel spécifique ou non.

Plus qu’un inconvénient ou un manque d’intérêt, il s’agit d’une réelle incapacité, que j’ai autrefois comparée à un dégoût, une répugnance, une abomination, voire une maladie ! L’aide devient ici nécessaire.

Loin d’être au même niveau que le prix de l’essence, les recettes de Ricardo ou encore la météo, les sujets rattachés à la sexualité ne laissent personne – ou presque – indifférent. Les malaises en découlant sont forcément systématiques pour la plupart. Il ne suffit alors que de les apprivoiser.