Myriam Bouchard

Les yeux dans l’eau; l’orgasme était si beau

CHRONIQUE / Voilà ce que des gens m’ont confié : l’orgasme dans l’humidité. Ils ont effectivement versé des larmes pendant ou après être montés au septième ciel. Pour certains, c’était une première ; pour d’autres, ça arrive régulièrement.

« Impossible de me contrôler. Sans savoir pourquoi, je me suis mise à pleurer. »

« J’en ai braillé ma vie. »

« Trop bizarre, ce mélange de bonheur et de pleurs. »

« Les larmes me sont montées aux yeux, comme ça, tout bonnement. »

Digne de la personne troublée, sensible, dépressive, attristée ou uniquement de l’extraterrestre, cette réalité ? Voyons-y.

Réponse sexuelle humaine

Dans un premier temps, revenir sur les phases de la réponse sexuelle humaine m’apparaît essentiel pour bien comprendre. Proposée par l’équipe sexologique composée de Master et Johnson, il y a de ça quelques lunes, la réponse sexuelle humaine définit les réactions physiologiques et psychologiques d’un cycle sexuel complet.

Au-delà des deux phases initiales se caractérisant par l’excitation et le plateau, l’orgasme et la période de résolution sont davantage interpellés par notre sujet du jour.

Le premier, bien connu de tous et de toutes, se définit, grosso modo, comme le stade maximal de l’excitation sexuelle. Feux d’artifice inclus ou pas, c’est selon.

La seconde, quant à elle, se compare au decrescendo. Ce moment où tout redescend, s’apaise et s’adoucit. L’appel au calme lancé à l’ensemble du corps, qui se met en mode repos. Cet épisode après le sexe où les gens se qualifient souvent de « pas trop vaillants », eh bien, c’est ça !

Hormones

Après ce laisser-aller que nécessite l’orgasme, le système endocrinien se met en mode travail en secrétant un paquet d’hormones apaisantes.

Résultantes du lâcher-prise, de cette capacité à s’abandonner, à se montrer vulnérable, à laisser place à l’intimité, ces dernières amènent le corps, le coeur et la tête à une espèce d’état second. Elles deviendraient donc responsables de ce larmoiement appelé, en langage savant, la dysphorie post-coïtale.

Hypothèses

L’article de la Dre Charlotte Tourmente publié sur www.allodocteurs.fr précise diverses hypothèses autres expliquant le phénomène. Effectivement, bien que parfois non concluantes, certaines études ciblent des facteurs autant psychologiques qu’affectifs. La qualité de la relation, la nature des expériences antérieures sexuelles, les divergences conjugales et la santé psychologique peuvent être en cause.

La génétique pourrait même être un facteur supplémentaire. Allons donc savoir ! Peut-être que vos parents et vos grands-parents ouvraient aussi les vannes après un bon coup ? Qui sait ?

Qui pleure ?

Il semblerait que les victimes du blues après l’amour ne soient pas si rares que ça, bien que cette question a été tout de même peu étudiée. En fait, au cours de toute une vie sexuée, il ne serait pas si inhabituel que l’individu mouille le coin de l’oeil ici et là. Simplement ignorée ou rabrouée, cette émotion passerait davantage incognito, donc non répertoriée.

Pour les plus assumés, cette même auteure rapporte des chiffres associant davantage les femmes à cette réalité.

Cela pourrait être expliqué encore une fois par ce bon vieux stéréotype voulant que les hommes ne braillent pas – et surtout pas après l’orgasme. Voyons donc !

Parce que ça ne fait pas mal et que les papiers mouchoirs ne sont jamais si loin, si l’envie vous prend de vous exprimer via les pleurs après vos prochains ébats, pourquoi pas ?