Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

Le déséquilibre du désir

CHRONIQUE / L’un souhaite tant ; l’autre se montre distant sexuellement parlant. Quand le métronome de la libido n’est pas sur le même tempo, que reste-t-il du couple ? Bien que pouvant sembler extrémiste, ce questionnement est légitime pour ceux qui recherchent cet équilibre sexuel si difficile à établir. Puisqu’il n’y a pas de données quantifiant un appétit sexuel dit « normal » ou « attendu », attardons-nous à cette réalité ô combien constatée et rapportée par tant d’amoureux n’étant pas au même diapason.

« Se forcer »

Étant souvent très conscientes des besoins sexuels de l’autre, certaines personnes font l’amour une, deux ou trois fois par semaine même s’ils n’en ressentent aucunement l’envie. Je constate cette réalité avec étonnement dans ma pratique.

Malgré ce désir zéro, elles confient se forcer afin de combler l’autre, tentant ainsi d’éviter des conflits, de diminuer leur sentiment de culpabilité ou de répondre à la sacro-sainte norme, et ce, avec un sentiment de devoir conjugal, une crainte de l’adultère ou le spectre d’une séparation.

Ils sont actifs sexuellement, avec consentement, sans pourtant ressentir la première phase de l’excitation.

Le faire pour le faire ; en voilà une chose !

De l’implication, svp !

Démontrer de l’intérêt, c’est un tout autre dossier. Au-delà d’une histoire de fréquence hebdomadaire ou mensuelle, c’est d’implication dont il est question. Aucunement niais devant la comédie, certains diront à leur tour : « Non merci ! »

Le corps étant une belle machine, une fois le mécanisme enclenché, la réponse sexuelle opère. Plateau, orgasme et résolution ; tout s’en suit sans toutefois témoigner d’une grande passion.

Une prise d’initiative, l’innovation, la complicité et un minimum d’engouement se voient souvent exigés de l’autre.

Répercussions possibles

Voilà où débute cette phase de distanciation au sein du couple.

D’un côté, le joueur ayant une faible libido ou, plus sérieusement, une dysfonction sexuelle liée au trouble du désir peut se tenir loin.

Oui, il tient une certaine distance de peur que tout câlin, baiser ou geste tendre soit interprété par un « je te veux ».

Sans crier gare, l’absence d’affection creuse davantage le fossé et éloigne de plus en plus les amoureux.

De son côté, l’autre risque d’interpréter cet espacement comme étant une marque de rejet ou d’abandon.

Étant à mille lieues de cette logique, il se remet en question, se responsabilise ou, au contraire, met tout sur les épaules du partenaire. Certains accumulent les tentatives de rapprochement ; d’autres multiplient les conversations à cet égard.

Quelques-uns boudent ou se referment telle une huître. Des réactions, en voulez-vous ? En voilà !

Pression

Quelle que soit la position de l’un ou de l’autre, il vient un moment où la pression risque de devenir insoutenable en raison de l’insatisfaction sexuelle ou de l’anxiété de devoir performer.

La remise en question conjugale en est quelquefois la résultante.

« Tout va bien chez nous, sauf côté sexe. On ne va pas se séparer pour ça ! »

Un travail s’impose chez le couple, qui doit souvent avoir recours aux professionnels.

Au-delà d’une affaire de libido, un ajustement au sein des partenaires se voit parfois nécessaire. À vous d’y voir !