Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

La télépathie ne suffit pas

COURRIER DU LECTEUR / Madame Bouchard, Je suis marié depuis plus de 20 ans à une femme volubile et impulsive. Sauf quand on parle de sexualité. Elle est alors muette comme une carpe. J’ai fini par découvrir qu’elle s’attendait à ce que je devine ses désirs. Mes capacités télépathiques étant nulles, je l’ai souvent déçue… Quand je ne satisfais pas ses attentes, j’ai droit à une montée de lait. Elle peut se montrer parfois cinglante. Avec le temps, j’ai travaillé fort à réduire ma libido à zéro. Si je ne tente rien, elle ne peut pas m’en vouloir d’avoir mal fait. Notre vie sexuelle s’est donc réduite comme une peau de chagrin. J’ai tenté de lui expliquer ma situation à plusieurs reprises. Elle en est désolée. [...] Elle déborde de bonne volonté, mais ne réussit pas à se contrôler. Nous sommes donc tous deux frustrés. Elle, de ne pas avoir assez de relations à son goût, et moi, parce que je tente de réduire le nombre de relations à son strict minimum, pour éviter de me faire dire que je ne suis pas à la hauteur de ses attentes, que je ne connais pas. Il est aussi possible que mon épouse souffre de TDA (trouble déficitaire de l’attention), d’où son impulsivité difficile à contrôler. Je me doute que ce n’est pas sa faute. […] Y a-t-il moyen de sortir de cette situation ? 

CHRONIQUE / Monsieur, quel témoignage ! Commençons du début avec ces histoires de devinettes. N’ayez crainte, vous n’êtes pas le seul à avoir des « capacités télépathiques nulles », comme vous le dites si bien.

En fait, je vous passe le message à vous et à votre épouse, mais aussi à tous les lecteurs. Si vous attendez après la télépathie pour comprendre sexuellement l’autre, la mort arrivera possiblement avant l’atteinte de votre objectif. Croyez-moi !

La communication interactive est certes la meilleure façon d’arriver à cette fin, à condition, bien entendu, qu’elle soit bidirectionnelle. Réalité qui semble difficile au sein de votre couple.

Prise de contrôle, blocage, malaise, traumatisme, inconfort, manque d’intimité, de confiance, d’estime, d’intérêt. Voilà des hypothèses qui peuvent expliquer pourquoi un individu se voit dans l’impossibilité d’aborder le sujet de la sexualité, et ce, bien qu’il soit actif sexuellement.

Puisque chacun est responsable de sa propre satisfaction sexuelle, il va de soi que chaque partenaire doit préciser à l’autre ses attentes, envies, requêtes et limites, et ce, en plus d’émettre un minimum d’indications concernant sa charte de préférences. Votre besoin de guidance, qui occasionne votre insatisfaction, n’est aucunement illégitime.

Évitement

Réduire dans la mesure du possible sa libido à zéro pour éviter la brique et le fanal de sa douce moitié : voilà où le bât blesse. Recevoir des montées de lait et des propos cinglants au point de reléguer ses propres besoins au strict minimum me sonne la cloche des traits de la violence.

L’inacceptable, c’est ce que m’illustrent vos propos. Bien qu’effectivement un possible diagnostic de TDA puisse venir avec ou sans impulsivité reconnaissable dans divers champs, et non seulement et uniquement dans le domaine de la sexualité, ceci n’excuse rien. Madame doit apprendre, comme tout le monde, à se contrôler !

Pour ce faire, valider son diagnostic et chercher l’aide requise est plus que nécessaire.

Quant à vous, Monsieur, refuser de payer les frais de ses sautes d’humeur me semble nécessaire. Plus facile à dire qu’à faire ! L’accompagnement par un professionnel s’avère la plupart du temps nécessaire.

À vous d’y voir. Bonne chance !