Myriam Bouchard
Le Quotidien
Myriam Bouchard

La dépendance affective

CHRONIQUE / Ressentez-vous un constant désir d’être avec l’autre ? La crainte de perdre son amour vous habite-t-elle ? Avez-vous une propension à dramatiser l’inattendu ? Recherchez-vous constamment son attention ? Avez-vous peur de le froisser avec un « oui » ou un « non » ? Êtes-vous prêt à tout pour être aimé ? Bref, êtes-vous un dépendant affectif ? Puisque j’en croise ici et là, des gens comme ça, un retour sur ce mal d’aimer, mais aussi sur ce mal d’être aimé, s’impose.

La dépendance affective se pointe généralement le nez insidieusement une fois le « tout nouveau, tout beau » achevé. Lorsque la lune de miel s’émiette pour laisser place au juste équilibre des besoins solitaires et des besoins de couple, une insécurité persistante fait office de signe avant-coureur du malaise ressenti.

Que se passe-t-il ?

M’aime-t-il encore ?

Suis-je à la hauteur ?

Ai-je fait quelque chose de déplaisant ?

Et s’il y avait quelqu’un d’autre ?

Voilà des questions qui peuvent survenir chez celui ou celle qui compose mal avec ce nouvel équilibre et la nécessité de distanciation présente chez la plupart des êtres humains.

Survient alors l’instant où le dépendant affectif s’oublie au profil de l’être adoré. Il se pliera en quatre pour lui, brillera qu’à travers lui, le placera en priorité, mettra de côté sa propre vie et en négligera diverses sphères importantes, dont l’aspect social ou familial, et ce, dans le but ultime d’être aimé.

Aimer mal

« Je fais ça parce que je l’aime trop. » Malheureusement, cette personne n’aime pas trop ; elle aime mal. Et cette réalité est fréquente. Tant de gens, par crainte d’être laissés, voire abandonnés, font tout en leur possible pour recevoir un tant soit peu de reconnaissance. Quitte à agir maladroitement.

La dépendance affective est présente à divers degrés, en fonction de la personnalité de chacun. Ainsi, quelques dépendants auront simplement besoin d’être rassurés ; d’autres se montreront étouffants, oppressants, contrôlants et, parfois, violents.

Certains « aiment trop », pour reprendre leur expression, car ils ne s’aiment pas assez.

Bien qu’absente des critères diagnostics du DSM-5, la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, la dépendance affective est très pathologisée. Elle est fréquemment perçue comme une cause immédiate des problèmes conjugaux, alors qu’elle m’apparaît davantage comme une cause liée à l’individu.

Selon moi, les grands fondements de la dépendance affective reposent plutôt sur le manque d’amour propre, une faible estime personnelle et un manque de confiance en soi.

Symptômes

Si vous avez des difficultés à prendre des décisions sans l’approbation de l’autre, si vous demandez fréquemment des permissions, si vous ressentez du stress à l’idée d’en être éloigné, si vous comptez sur lui pour l’élaboration de vos responsabilités, si vous manquez d’aplomb pour faire valoir vos convictions et si vous vous sentez dans l’obligation de le satisfaire pour être digne de son amour, attention ! Vous êtes peut-être une personne dépendante affective.

Cette dépendance ne se limite pas toujours qu’au couple. Elle peut être présente dans divers contextes, dont les relations parentales ou amicales, entre autres.

Soulager son malaise est le but ultime du dépendant affectif, mais le reconnaître et le comprendre s’imposent pour se défaire de cette réalité. Pour cela, la consultation reste de mise.