« Donne un bisou à ta tante »

CHRONIQUE / « Fais un câlin à parrain. » « Sois gentil, donne un bisou à tante Jocelyne. » « Embrasse tes grands-parents avant d’aller au lit. » « Allez ! Prends la main de ta cousine. »

Noël, Jour de l’An, fête des Rois ! Qui dit temps des Fêtes, dit regroupement, rassemblement de famille, échange de cadeaux, mais aussi rapprochements et proximité, avouons-le, parfois, plus ou moins espérés. Les enfants ne sont pas en reste. Fréquemment l’expression d’une grande fierté des parents, ce moment de l’année se voit l’occasion de prouver gentillesse, politesse, courtoisie, bienséance et complaisance. Nos petits amours…

Un petit bec sec par-ci, une câlinerie par-là, un mot doux ici, un beau sourire en plus de ça ; entre les bonnes manières et le manque de civisme, il y a un monde, le saviez-vous ? Papa et maman, avant d’imposer malencontreusement quoi que ce soit à vos chérubins, lisez ceci.

Je me souviens de cette grand-tante aux lèvres bleutées, à l’haleine digne du poney d’à côté et aux allures ancestrales que nous devions, mes frères, mes sœurs et moi, embrasser sur la bouche. Ouache ! Sans crier au traumatisme, je déclare encore haut et fort ce baiser comme étant le pire de ma vie... trois décennies plus tard. Que Dieu ait son âme, la pauvre ! Autres temps, autres mœurs, me dis-je encore…

Au-delà de cette histoire personnelle, si je vous parlais de consentement, ça vous interpellerait ? Oui, avant de jaser de consentement sexuel avec vos ados, il est possible de semer des graines en préparant le terrain avec vos tout-petits. C’est ce que l’on appelle la prévention ! Faire ce que tu n’aimes pas et ce que tu ne veux pas à 4, à 6, à 10 ou à 12 ans, avec, en plus, l’obligation parentale, peut être une prémisse au galvaudage du consentement, le saviez-vous ?

Petit, moyen ou grand ; à chacun son corps et, par le fait même, sa dignité et le respect de soi. Papa, maman, grands-parents, oncle, tante et même ami ou amoureux, tous ne peuvent pas prendre appartenance sur le corps d’autrui, grand ou petit. Il ne s’agit pas d’une valeur, d’une croyance ou de mœurs dignes de l’infirmière et de la sexologue que je suis. Il s’agit plutôt d’une réalité faisant partie de la Charte des droits et libertés de la personne. C’est comme ça !

À ce titre, l’auteure et illustratrice Élise Gravel se fait un devoir de l’enseigner aux enfants via ses médiums. « Tu as le droit d’aimer recevoir des câlins et des bisous… ou pas. Et c’est pareil pour les autres ! Tu as envie de faire un câlin ou un bisou à quelqu’un ? Demande-lui la permission avant. Si la personne dit non, ne lui fais pas de câlin. Pas de oui, ce n’est pas de câlin. C’est la même chose pour les bisous, les caresses ou la poignée de main. Et cette règle s’applique aussi aux grandes personnes. Les adultes ne devraient pas te toucher sans permission. Rien de trop compliqué ! »

En voilà une prémisse à inculquer à votre couvée. Un enfant prudent, libre de choix, d’affirmation et de liberté de choisir, assurera éventuellement une capacité d’autoprotection face aux débordements.

Le consentement, ce n’est pas juste une histoire d’adultes proactifs sexuellement parlant. Ça commence aujourd’hui, avec vos tout-petits. Parce qu’au-delà du câlin ou du bisou, il y a la tape dans la main, le sourire à pleines dents, le pouce en l’air et le remerciement personnalisé. Voilà ce que je vous souhaite pour les festivités. Joyeux Noël !