Voici la vue d'un studio géré par Guy Mercure.

Saint-Martin: le paradis reconstruit

Trois-Rivières — Irma. Le nom fait frissonner dans les Antilles et en Floride. Irma. Un monstre de 500 km de diamètre avec des vents soutenus de 287 km/h et des rafales qui ont atteint 360 km/h. Le plus gros ouragan à avoir touché l’Amérique. Voilà ce que l’île de Saint-Martin a reçu en pleine figure le 5 septembre 2017.

Deux ans plus tard, la vie a repris son cours. Le paradis a retrouvé ses couleurs au grand plaisir des touristes et des résidents qui sont restés marqués par ce passage destructeur. Il fallait se relever au plus vite puisque Saint-Martin vit essentiellement de l’industrie touristique.

Le Trifluvien Guy Mercure y est installé depuis près d’une quinzaine d’années. Il y gère des hébergements pour touristes. «L’île est redevenue comme avant. Ça fait déjà plus d’un an que la nature a repris ses droits», raconte-t-il en entrevue téléphonique depuis cette oasis. «Les plages, les fleurs... ç’a pris du temps mais tout est revenu après une douzaine de mois. Il y a encore quelques constructions en cours qui sont dues à la lourdeur administrative, dans bien des cas, principalement du côté français de l’île. Ç’a été beaucoup plus vide du côté hollandais.»

M. Mercure habite dans le quartier qui a été le plus touché par les vents. Certains bâtiments sont encore en construction et il reste encore quelques ruines qui ne seront peut-être jamais reconstruites. «Les délais administratifs sont, dans certains cas, liés à des décisions que le gouvernement doit prendre pour autoriser la reconstruction à certains endroits puisqu’on sait maintenant que certains d’entre eux sont plus susceptibles d’être touchés lors d’un ouragan majeur.»

Guy Mercure

Il va sans dire que, depuis ce mois de septembre 2017, les résidents ont été marqués au fer rouge d’une inquiétude qui ne les quitte plus. «On termine la saison cyclonique, qui s’étire de juin à la fin novembre. Chaque année, on est un peu plus craintif. C’est sûr qu’il y a certaines personnes qui ne se remettront jamais du traumatisme causé par Irma. Je n’étais pas présent lors de son passage mais j’ai réussi à venir un mois après et j’ai vu la calamité qui existait à ce moment. Ç’a été très difficile au niveau psychologique. Les deux dernières saisons depuis Irma ont été plus stressantes», admet-il.

«On sent que le climat change. Je suis à Saint-Martin parce que je suis convaincu qu’il n’y a pas d’autres climats aussi favorables à l’année. On sent tout de même quelques petits changements: plus de vent, du vent plus soutenu...»

Offre touristique

Guy Mercure est formel. Les touristes qui débarqueront sur l’île de Saint-Martin auront droit à tout ce que l’île a à offrir de meilleur tant du côté des paysages et des plages que du côté de la restauration et du divertissement. «Il y a plusieurs centaines de restaurants qui sont en fonction et qui vont très bien. Certains sont disparus mais il y en a des nouveaux qui s’ajoutent. C’est une évolution normale.»

Il pointe pourtant certains aspects qui ralentissent la pleine reprise des activités. L’un d’eux est l’offre hôtelière en formule tout-inclus, bien appréciée des Québécois et des Canadiens lors de leurs escapades dans le sud. Ceux qui recherchent ce type de séjour trouvent, à Saint-Martin, une offre considérablement réduite selon Guy Mercure. «Les trois seuls gros hôtels qui fonctionnaient sous la formule tout-inclus et qui étaient occupés presque entièrement par des Québécois ou des Canadiens, ont été détruits. Un seul a été reconstruit et accueille des touristes depuis le mois de février. Les deux autres sont de gros chantiers qui ne seront pas achevés avant un an ou deux.» Donc, en excluant la formule tout-inclus, Guy Mercure affirme que Saint-Martin est prête. «À 95 %, ceux qui œuvrent en tourisme sont du secteur privé. Ce sont des petits hôtels, des villas ou des complexes de studios. Les gens sont prêts et ça fonctionne depuis le mois de février dernier.»

Un autre défi majeur à l’heure actuelle pour M. Mercure c’est le nombre de vols à destination de Saint-Martin. «Les compagnies aériennes du Canada qui fonctionnaient avec les tout-inclus ont diminué leurs vols. On avait 16 vols par semaine de Montréal et Toronto et, cette année, on en est à 8.»

Cette diminution a pour effet de faire croire aux touristes que l’île n’est pas prête à les recevoir. Pour M. Mercure, qui accueille une quinzaine de personnes dans les hébergements locatifs qu’il gère, il serait étonnant que l’économie retrouve sa vigueur d’avant Irma dès 2020, mais ça avance dans la bonne direction. «C’est une destination de qualité supérieure à ce qu’on connaît quand on parle de destination soleil!»