Amoureux de l’île d’Orléans, Patrice Plante y vit depuis environ un an.<em> Le Soleil </em>l’a rencontré au café La Maison Smith de Sainte-Pétronille.
Amoureux de l’île d’Orléans, Patrice Plante y vit depuis environ un an.<em> Le Soleil </em>l’a rencontré au café La Maison Smith de Sainte-Pétronille.

Monsieur Cocktail: rendre heureux, un verre à la fois 

«Le poisson ne sautera pas dans la chaloupe, il faut aller le chercher.» Ces mots de Patrice Plante reviendront à quelques reprises pendant la longue entrevue qu’il a accordée au Soleil, fin février.

Monsieur Cocktail, c’est lui. On croirait aisément aujourd’hui qu’il a la fibre d’entrepreneur depuis toujours, qu’il est un communicateur-né. Or, rien n’est plus faux. Celui qui est devenu une référence dans l’univers cocktail au Québec a parcouru une route parsemée de détours et remplie de difficiles apprentissages avant de finalement se retrouver «sur son X».

La première fois que Patrice Plante est sorti dans un bar, il avait 27 ans. Sortir de sa coquille a été rough pour le petit gars de Limoilou qui préférait dévorer des livres plutôt qu’aller au camp avec d’autres enfants. «Très jeune, j’avais une curiosité, je voulais tout savoir. Je viens d’une famille relativement modeste. Mes parents ne lisaient pas, il n’y avait pratiquement aucun livre chez nous. À 6 ans, j’ai demandé à ma mère d’aller à la bibliothèque.» Il y a passé tous ses samedis et dimanches, jusqu’à l’âge de 13 ans.

«Très introverti», le jeune Patrice Plante — aucun lien de parenté avec l’auteure de ces lignes — confie avoir été intimidé à l’école. «J’étais le petit nerd, je pétais toujours des scores. J’ai fini mon secondaire 5 avec 96 de moyenne générale.» Il prend toutefois conscience au secondaire de l’importance du regard des autres, tente de se faire élire dans l’association étudiante — «un fiasco» — et se met à faire du sport.


« Je me suis ramassé là en ne sachant vraiment pas ce que je voulais faire dans la vie. »
Patrice Plante

Mais le passage au cégep bousille cette tentative de s’affirmer davantage.

«Mon cœur voulait étudier en littérature parce que j’étais passionné de romans. Mais mes parents m'ont encouragé à faire une technique et à me trouver une job tout de suite.»

C’est donc ce qu’il a fait : une technique multimédia dans la première cohorte de ce programme au Cégep de Sainte-Foy. «Je ne m’affirmais pas, je ne faisais plus de sports parce que j’étais tout le temps devant l’ordi. J’ai pris plus de 80 livres au cégep, j’étais encore moins bien dans ma peau… je ne referais pas cette partie-là de ma vie», confie l’entrepreneur aujourd’hui beaucoup plus sûr de lui.

Fonction publique salvatrice

Un an après avoir terminé sa technique, Patrice Plante fait son entrée au gouvernement en tant qu’intégrateur-programmeur. Il a 21 ans. «J’arrive dans un ministère beige, la moyenne d’âge est de 50 ou 52 ans et je suis le seul jeune. Mais ces gens-là m’ont donné énormément d’amour et d’attention. Ils ont trouvé que j’étais le kid cool et compétent, ça m’a donné confiance au travail et socialement… ça m’a vraiment sauvé.»

Pour obtenir un poste de professionnel, il s’inscrit en design graphique à l’Université Laval — un bac qu’il ne terminera pas. Il a eu le poste convoité de webmestre, à 25 ans.

Au bout de deux ans, il réalise qu’il n’est pas bien, malgré sa promotion. «Il y avait quelque chose que je trouvais aliénant à être devant mon ordi à longueur de journée. J’adore le monde et j’aime ça rendre les gens heureux, et là j’avais l’impression que je ne rendais personne heureux.»

À 27 ans, Patrice décide de partir en voyage, pour la première fois, en Europe. À son retour, il apprend que la mère de son meilleur ami a un cancer généralisé, à 47 ans. Elle meurt rapidement. «C’était une deuxième mère pour moi. Cette mort-là nous a donné le déclic pour changer notre vie.»

C’est à cette époque que le futur Monsieur Cocktail découvre la cuisine. «J’avais un background culinaire de bouette!» Il lit Anthony Bourdain, achète son premier couteau de chef avec ses petites économies et cuisine quelque chose de nouveau tous les soirs. «Je découvre les saveurs. Cette époque-là, où je suivais Ricardo, m’a beaucoup inspiré pour Monsieur Cocktail par la suite. J’ai aimé son approche. Je me rappelle toujours que la personne à qui je parle de cocktails, c’est comme le Patrice qui suivait Ricardo.»

À la même époque, son ami Isaac Larose et lui créent le site Web Québec t'aime, en 2010. «Lui connaissait tout le monde, et moi personne. Isaac recrutait des chroniqueurs cinéma, théâtre, mode… c’est ça qui m’a permis d’aller dans mon premier bar pour notre lancement au Boudoir. Je suis sorti de ma zone de confort et le fait d’être un des fondateurs m’a donné l’aisance de parler aux gens.» Lui écrit sur la bouffe. Il deviendra même critique resto pour le Voir.

Patrice Plante réalise alors qu’il veut aller en restauration. «Je me suis inscrit à l’École hôtelière de la Capitale en cuisine et j’ai quitté le gouvernement à 29 ans.» Isaac lui présente un ami, Jean-Michel Leblond, avec qui il crée le «food club» Tripes & Caviar. «On cuisinait les mal-aimés — cervelle, têtes de poisson, amourettes… On allait voir des restaurateurs, on louait leur resto et on gérait tout, c’était un trip de création.»

Mais le jeune homme tombe bien vite des nues. «En faisant Tripes & Caviar, j’ai réalisé que j’haïssais la cuisine en fait. Ce qui est complètement débile! J’étais encore en train de faire mes cours et je me suis rendu compte que la cuisine me détachait du feeling humain que j’avais quand je suis tombé en amour avec la restauration au départ. Plus on faisait d’événements, plus je préférais être serveur que m’enfermer dans une cuisine et ne parler à personne.» Un choc.

Le déclic

En cuisinant pour des gros noms, le duo Plante-Leblond se fait dire que ses mets sont super, mais que les accords avec les vins sont mauvais. Au lieu d’embaucher un sommelier, les deux hommes décident de proposer des accords mets-cocktails. Patrice Plante a un déclic : «Cuisiner dans un verre, devant les gens, en contact avec le public, c’est ça que je veux faire».

Il a 30 ans et quitte son cours de cuisine. «Bourdain venait de sortir un article des 50 meilleurs bars dans le monde selon lui. J’ai loadé ma carte de crédit et j’ai fait un mini-tour du monde. Je suis allé voir les meilleurs bars pour m’auto-enseigner, au Japon, en Europe, à New York, Boston, Toronto… 25 000 $ plus tard, j’étais de retour.»

Par un heureux concours de circonstances, le mot commence à circuler qu’il est barman. Il se fait embaucher par Fabio Monti qui prépare l’ouverture du bar à cocktails L’Atelier sur Grande Allée.


« C’était une entrevue pratique où il fallait créer un drink, j’ai clanché tout le monde. J’ai été un imposteur pur! »
Patrice Plante

Mais celui qui passait ses soirées à lire — il a plus de 200 livres de cocktails à la maison — et à faire des cocktails est vite devenu une référence.

«J’ai 30 ans, je suis sur mon X. Mais je suis endetté. J’ai décidé de vivre avec seulement mon pourboire du lundi et j’ai clanché ma dette en 10 mois.» C’est en continuant à vivre de façon très frugale qu’il investit par la suite dans L’Atelier et qu’il pourra lancer sa propre compagnie.

Patrice Plante commence à faire des apparitions médiatiques : chroniqueur à Salut Bonjour!, à la radio WKND avec PY Lord et dans d’autres émissions télé. Il se fait aussi remarquer en remportant des compétitions de mixologie et sort un premier livre fin 2014.

Monsieur Cocktail

«Je veux mon propre truc, à mon image. Tout ce que je sais, c’est que je veux démocratiser les cocktails comme Ricardo la cuisine.» Fin 2015, il crée l’École de mixologie Patrice Plante. Un ami qui ouvre une boutique de barbier sur Saint-Joseph lui loue un petit espace où il vend des sirops et bitters. 

«Il fallait que je me trouve un nom. J’ai d’abord pensé à Sazerac, en référence à mon cocktail préféré. Puis lors d’une soirée, Geneviève Everell [Miss Sushi] prend un selfie avec moi et m’appelle Monsieur Cocktail sur Instagram. Le nom est resté.»

Le jeune trentenaire commence à recevoir des appels pour faire des événements. Parallèlement, il crée ses premiers sirops artisanaux, dans son appart.

«J’ai démarré avec aucune vision, aucun plan d’affaires. Puis je me suis rendu compte que j’avais une compagnie, qu’il faudrait que j’apprenne c’est quoi être entrepreneur.» Il s’est mis à tout lire là-dessus.

C’est en 2017 que Patrice décide de se concentrer sur Monsieur Cocktail, d’arrêter de travailler à L’Atelier. Il demeure toutefois actionnaire et s’occupe de la formation du personnel et de la création des cartes de cocktails.

«En deux ans, j’ai forgé ma vision, affirmé ma philosophie. J’ai créé Monsieur Cocktail pour éduquer et simplifier l’art du cocktail à la maison, pour que les gens vivent le moment avec leurs amis. On fait de la cuisine liquide, avec ou sans alcool.»

Aujourd’hui, Monsieur Cocktail propose 16 variétés de sirops, distribués à large échelle. L’entreprise propose une foule de recettes sur son site Web et a aussi lancé à l’automne La Box, une boîte de création de cocktails livrée à la maison. Et maintenant, c’est son tout premier prêt-à-boire, un mojito aux fraises, qui débarque à la SAQ. Le dernier-né d’une longue liste de projets qui mijotent dans la tête de Patrice Plante — dont le rôle d’entrepreneur est jumelé à celui de papa d’une petite Simone depuis maintenant deux mois.

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UN MOJITO «SANS COMPROMIS»

Depuis deux semaines, des succursales de la SAQ partout en province reçoivent le premier prêt-à-boire de Monsieur Cocktail, un mojito aux fraises en cannette. Un projet sur lequel Patrice Plante et son équipe planchent depuis deux ans et qui le rend particulièrement fier.

«J’ai checké plein d’affaires… on est le premier prêt-à-boire au monde sans arômes, fait uniquement avec des jus pressés à froid», affirme-t-il. «Je ne veux pas de compromis, je veux être hyper honnête et avoir le meilleur produit sur les tablettes. Personne ne voulait faire du 100 % frais, toutes les chaînes de montage sont faites pour de l’arôme. Un embouteilleur a fini par dire oui, mais c’est super compliqué», explique Patrice Plante.

Patrice Plante et les nouveaux mojitos aux fraises Monsieur Cocktail

L’arrivée à la SAQ s’est faite plus discrètement qu’il le souhaitait, en cette période de crise de la COVID-19. Une grande campagne de promotion était prévue, ainsi que des dégustations dans les succursales, mais tout est sur la glace. Reste les réseaux sociaux, où Patrice Plante est très actif, pour propager la nouvelle. «Le mojito est déjà dans au moins 95 succursales, mais il faut que les gens le demandent pour qu’il soit commandé s’il n’est pas déjà près de chez eux», signale l’entrepreneur. Le format de quatre cannettes de 355 ml est en vente au prix de 19,80 $.

Un coup dur

Avant que la pandémie chamboule tout, Patrice Plante avait un plan d’affaires ambitieux «bien canné jusqu’en 2023». Mais tout a changé en l’espace de quelques semaines. La refonte de son site Web, le lancement d’une nouvelle mouture des boîtes La Box, l’ouverture d’une boutique-école à l’automne, la percée de nouveaux marchés… «C’est un rêve qui s’écroule», admet le fondateur et unique propriétaire de Monsieur Cocktail, qui a dû mettre à pied sa quinzaine d’employés.

Patrice Plante renoue donc avec sa clientèle en ligne, en faisant des vidéos en direct tous les jours avec l'aide de sa conjointe. «C’est un retour aux sources. On n’a pas le choix d’aller de l’avant», indique-t-il, se disant touché par tout l’amour qu’il reçoit.

Pour suivre Monsieur Cocktail :
monsieur-cocktail.com
@LeMonsieurCocktail sur Facebook
@monsieurcocktail sur Instagram

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NOUVELLE COLLABORATION DANS LE MAG
Monsieur Cocktail et Le Soleil proposent dès aujourd’hui une nouvelle collaboration, où Patrice Plante suggère des créations originales aux lecteurs. «Je veux informer les gens, la partie historique est excessivement importante pour moi. Il y aura donc deux volets: expliquer l’origine des cocktails que je présente, et aussi mettre de l’avant des produits locaux, parler de spiritueux québécois coup de cœur et des producteurs aussi.» 

À LIRE : Nouvelle chronique de Monsieur Cocktail : pour l’amour de l’Amaretto