LE BOURLINGUEUR

Quand la Colombie fait de l’ombre à la Floride

CHRONIQUE / Si j’étais de mauvaise foi, je dirais que la Colombie fait de l’ombre à la Floride comme destination hivernale. Les pauvres petits Québécois cherchant à troquer les chaussettes trempées par la neige abondante pour du sable qui leur brûlera le bout des orteils ont trouvé chaussure à leur pied. Tout le monde visite la Colombie ces jours-ci.

Bon, peut-être pas tout le monde. Mais j’ai quand même croisé trois amis par pur hasard sur la plage de Tayrona, au nord, à la fin octobre. Depuis, mon fil Facebook et mon Instagram sont inondés de photos de la Colombie. Au moins une dizaine d’autres connaissances y dévorent le soleil hivernal.

Le prix du billet d’avion y est peut-être pour quelque chose. Cet automne, on pouvait se taper le corridor aérien vers Bogota pour moins de 500 $. Si la patience fait partie de vos qualités, même dans les aéroports les plus ennuyeux du monde, vous pouviez vous en tirer pour presque seulement 400 $ à condition de subir de longues escales. Ça devenait tentant de dire « bye-bye boss! » pour quelques jours.

« C’est pas dangereux, la Colombie? », qu’ils demandent, les gens. Pas à outrance. Pas si on fait preuve de la prudence élémentaire. Pareil comme au Pérou, en Équateur ou au Mexique. Non, vous ne risquez pas à tout moment de vous retrouver coincé entre deux groupes de narcotrafiquants faisant voler une pluie de balles et de grenades. La Colombie, la Bosnie, le Rwanda... L’imaginaire a retenu le danger, mais pas leur transformation... Ces trois pays sont pourtant magnifiques et sécuritaires.

Pourquoi la Colombie? Parce que c’est grand comme ça! Grand comment? Plus grand qu’un éléphant, je dirais. C’est peut-être parce qu’il faut beaucoup d’espace pour planter des palmiers grands de 60 m, pour planter quelques grandes montagnes aussi, et une bonne portion de forêt amazonienne. Il faut être grand pour toucher au Pacifique et à la mer des Caraïbes et se garder un peu d’espace pour faire pousser le café.

C’est tellement grand, la Colombie, que la distance entre les villes principales comme Carthagène, Medellin et Bogota prend des heures à franchir en autobus. Les compagnies aériennes à bas prix, bien que moins écologiques, font des sauts de puce en moins d’une heure. Avianca inclut les bagages, comme EasyFly, mais pas VivaAir.

Bien que les plages soient populaires, on boude à tort certaines grandes villes comme Bogota. La capitale, nichée dans les montagnes, a l’humeur changeante. Il fait frais souvent, si bien que la petite laine mérite à tout le moins d’être déposée dans la valise. Mais quand la chaleur se pointe, les coups de soleil ne mettent pas de temps à s’imposer.

L’ascension de Montserrate, où se trouve une église, présente un défi intéressant. La vue du sommet permet par ailleurs d’apprécier l’étendue de la ville. Les jambes plus fatiguées prendront le téléphérique ou le monorail, mais l’expérience ne sera pas la même.

On dit qu’il faut entre 60 et 90 minutes pour grimper les quelque 1500 marches menant au sommet de la montagne. C’est à peu près le temps que j’ai investi, si on en croit le chronomètre que j’ai maintenu sur pause pour plusieurs centaines de marches. C’est que l’altitude, voyez, ça vous tire un tantinet vers le bas. Prévoyez deux heures.

Le quartier de La Candelaria, la vieille ville, est agréable pour ses graffitis et son aspect colonial. Quelques bons restaurants serviront des plats traditionnels, comme la « bandeja paisa », une assiette de viande hachée, d’avocats, de riz, de fèves et de gras de porc. Ne croyez pas le serveur qui vous dira qu’une portion convient pour une seule personne. C’est énorme. Pareil pour la « parillada », une platée de viandes grillées. L’ajiaco, un bouillon de poulet à la crème avec du maïs sur l’épi, réchauffe par temps froid et remplit l’estomac pour une bonne douzaine d’heures.

Il ne faudrait pas ignorer le Musée de l’or, qui offre des tours guidés gratuits en fin d’après-midi tout en racontant des histoires fascinantes, même pour ceux qui détestent les musées. J’en suis. Idem pour le petit Musée Botero, qui expose les œuvres originales de l’artiste du même nom.

Dans le domaine de la gastronomie, on peut goûter des jus faits à base de fruits dont on ignorait l’existence. On peut aussi se défoncer les tympans et manger beaucoup trop dans un des Andres Carne de Res, forts en originalité. Les prix y sont un peu élevés, comme la musique trop forte, mais les touristes fêtards ont tendance à s’y rassembler. Si c’est votre première visite, des musiciens se déplaceront à votre table et vous proposeront de porter une banderole comme celles des concours de Miss.

Sinon, les autres grandes villes présentent aussi un intérêt. Medellin a été, pour moi, beaucoup plus attirante que Carthagène. Moins jolie au premier coup d’œil, et moins touristique aussi, Medellin est pourtant séduisante. Son métro, ses téléphériques et le rythme de la vie quotidienne m’ont charmé.

À Carthagène, en dehors de la saison touristique, la vieille ville est quand même prise d’assaut par les touristes, donc du même coup par les vendeurs de babioles qui se font compétition comme des hyènes pour un minuscule morceau de viande. Suffit d’en revirer un pour que dix autres s’essaient à vous vendre le même bidule. Je n’ose pas imaginer la haute saison, quand les bateaux de croisière se déversent sur la ville. Haut-le-cœur.

Mine de rien, on fait vite le tour des bâtiments coloniaux animés pour le pur plaisir des étrangers. À l’extérieur des fortifications, le château de San Felipe Barajas vaut le détour pour son importance historique. Il a entre autres empêché les Anglais de prendre Carthagène.

Enfin, plus au sud, à Salento par exemple, on peut s’amuser au tejo, ce « sport » semblable à la pétanque où on lance une pierre dans un bac d’argile dans l’espoir de faire exploser quelques pétards. Peut créer une dépendance!

La Colombie, c’est trop grand pour ne pas vouloir y retourner.
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Le quartier le plus violent de Medellin

CHRONIQUE / On dit Medellin et tout de suite, on pense à Pablo Escobar, ce baron colombien de la drogue. Pendant plusieurs années, la grande ville située à l’ouest de Bogota était considérée comme la plus dangereuse de toute la Colombie, notamment en raison de la présence des narcotrafiquants.

Aujourd’hui, les touristes s’y aventurent, fréquentent son métro, la fierté de toute la ville, et flânent dans les populaires boutiques du centre-ville. On s’attarde aussi dans un parc ponctué de dizaines de sculptures offertes par Fernando Botero, cet artiste qui s’amuse à jouer avec les proportions et qui représente des personnages aux formes très rondes. Ou on prend un des téléphériques pour survoler les quartiers bâtis à flanc de montagne, pour atteindre le parc Arvi.

Depuis six ans, les visiteurs sont aussi amenés à visiter la Comuna 13, autrefois reconnue comme le quartier le plus violent de Medellin... La communauté aux allures de favela, de bidonville, bâtie de maisons empilées les unes sur les autres dans les montagnes, accueille les étrangers sous la forme de tours guidés organisés par des jeunes habitants de l’endroit.

Ils ont appris l’anglais, le perfectionnent au contact des touristes, et racontent comment eux et leurs voisins se sont retrouvés coincés entre deux feux. Comme dans les quartiers pauvres de Rio de Janeiro, pendant un temps, les enfants rêvaient d’être chef d’une bande criminalisée. Le « respect » et l’argent qui accompagnent le titre étaient convoités.

Aujourd’hui, à voir les artistes couvrir les murs de graffitis, à interagir avec les guides et les touristes, ils sont plus nombreux à rêver d’une carrière plus traditionnelle, qui de guide touristique, qui de traducteur, qui de muraliste. L’art, sous forme de musique et de danse aussi, vient à la rescousse d’une jeunesse en redéfinition.

La situation géographique du quartier explique en partie son statut particulier. Du haut de la montagne, le territoire était facile à défendre. D’en bas, il était pratiquement impossible à conquérir. Les groupes armés comme les FARC et l’ELN s’y frottaient aux narcotrafiquants alors qu’on se servait du bidonville pour faire transiter la cocaïne.

Les histoires que nos jeunes guides nous raconteront n’auront rien de bien jojo. Entre autres, on rappellera qu’en 2002, le maire de Medellin, Luis Pérez, se dirigeait vers l’inauguration d’une maison pour les personnes déplacées en raison des violences quand son escorte policière lui aurait fait faux bond. Son autobus, par ailleurs rempli de journalistes, a été pris pour cible par un tireur perché dans la Comuna 13.

Écrasé au sol pour se protéger des balles, le maire a survécu, comme les journalistes, grâce au sang froid du conducteur de l’autobus, qui a refusé de s’immobiliser. L’épisode aura poussé le premier magistrat de la municipalité à interpeller le président Andres Pastrana, l’invitant à envoyer une milice dans le bidonville pour régler les problèmes de violence une fois pour toutes.

C’est plutôt le nouveau président, Alvaro Uribe, qui prendra les choses en main. Il a lancé 10 opérations militaires, dont l’opération Mariscal, en mai 2002, qui a coûté la vie à neuf civils, dont trois enfants.

Plusieurs des graffitis recouvrant aujourd’hui les murs de la Comuna 13 font référence à cet épisode, qui a vu s’affirmer une forme pacifique de solidarité. Une mère de famille, voulant intervenir pour amener deux de ses fils à l’hôpital, a agité un drap blanc pour mettre fin aux tirs croisés. Plusieurs de ses voisins ont fini par l’imiter, signifiant le début de la fin de l’opération Mariscal.

En pleine visite, on s’arrête devant un graffiti qui illustre trois éléphants tenant avec leur trompe un bout de tissu blanc. Là, l’artiste a voulu rendre hommage à cette mère de famille. Les autres œuvres tracent elles aussi une ligne entre le passé et l’avenir en racontant l’histoire de la communauté.

Aussi, dans la Comuna 13, il est interdit de recouvrir un graffiti à moins de proposer un projet plus beau, plus grandiose que le précédent.

Ce jour-là, ma guide nous racontait qu’il existe encore des violences dans sa communauté, même si les conflits sont plus circonscrits. Avec les touristes, elle saura contourner les secteurs où une certaine agitation se manifeste. La semaine dernière encore, une grenade explosait dans ce quartier de Medellin.

Il y a pourtant bien peu pour ébranler le sentiment de sécurité lors d’un passage dans la Comuna 13. Ses citoyens nous accueillent à bras ouverts. Les petites galeries d’art attirent l’œil et tous se font une fierté des escaliers roulants construits en plein air qui permettent de gravir la montagne sans trop d’efforts. Ici, c’est la règle, on ne marche pas dans l’escalier. Il faut aussi s’appuyer pendant toute la montée pour éviter de tomber. Sinon, quelqu’un vous le reprochera.

Tout en haut, une troupe de danse présente ses talents de hip hop en échange de pourboire. L’art, une fois de plus, vient à la rescousse de la jeunesse. Et pendant que les touristes tapent des mains devant les prouesses des danseurs, les enfants vivant tout près de là s’essaient à quelques mouvements pour imiter les grands. Ils ont désormais des modèles positifs.

L’histoire de Comuna 13 est plus violente encore. On nous la raconte en mots ou en images symboliques. S’attarder aux graffitis un peu plus longtemps que pour un selfie, c’est se donner la peine de comprendre le passé qui a forgé le présent.
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Au jardin, nom de dieu 

CHRONIQUE / Jérusalem, Nazareth, Bethléem... Visiter Israël et la Cisjordanie, c’est fouler des terres saintes. Le judaïsme et l’islam s’y côtoient sur des sites sacrés, hautement symboliques et incontournables.

Bethléem est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. À Jérusalem, une promenade dans les jardins de Gethsémanie figure certainement sur liste des pèlerins en visite. Les jardins du mont des Béatitudes, particulièrement joli, entrent dans la même catégorie.

C’est toutefois un autre jardin, que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam, qui figure au patrimoine mondial de l’UNESCO. Lui aussi est un haut lieu religieux, mais relève d’un culte dont l’existence m’était aussi inconnue.

Quand on parcourt la liste des sites à protéger en Israël, les magnifiques jardins Bahaïs, à Haïfa, sont de ceux qui font écarquiller les yeux. Leur inscription est beaucoup moins connue ou évidente que celle de la vieille ville de Jérusalem.

Haïfa est la troisième plus grande ville d’Israël, après Tel-Aviv et Jérusalem, et se trouve à environ une heure de voiture ou de train de la première, en pleine ligne droite vers le nord. L’excursion se fait bien en une journée, mais on en profite plus en y passant au moins une nuit.

Les jardins Bahaïs, sur les flancs du mont Carmel, avec ses 19 terrasses et le mausolée du Bab (le fondateur du bahaïsme) en son centre, constituent la principale attraction. Par ailleurs, le mausolée a été dessiné par un architecte canadien. Arrivé en début de soirée, j’ai marché vers le quartier de la colonie allemande, connue pour ses magasins et ses restaurants. Elle se situe au pied des terrasses, qui s’illuminent une fois le ciel obscurci. De toute beauté.

À mon avis, pour visiter les jardins, qui jusque-là n’étaient encore que des jardins dans ma tête, il faut absolument participer à un tour guidé. Celui en anglais part à midi tous les jours. Une seule plage horaire. Une seule possibilité de visiter. On n’attend pas les retardataires et on ne lésine pas sur les règles plutôt strictes. En haute saison, les files d’attente peuvent être longues. Premier arrivé, premier servi. Certaines zones restreintes sont néanmoins accessibles sans visite guidée.

Mesdames, et Messieurs, couvrez vos épaules et genoux. Le lieu est sacré. Les hommes bénéficieront d’une plus grande tolérance pour les genoux dénudés, mais quantité de demoiselles s’en sortent en s’enroulant un foulard ou une autre pièce de tissu autour de la taille. La vulgaire serviette ne pourra par contre pas se transformer en jupe. Pas permis. Blasphématoire, même. Les jardins Bahaïs d’Haïfa sont l’un des deux sites les plus saints de la foi bahaïe, l’autre étant situé tout près, à Acre.

Le tour, quoique très intéressant, constitue une expérience particulièrement désagréable. Comme à la maternelle, on vous grondera pour vous être écarté du rang, pour vous être immobilisé dans un escalier, et on vous poussera à avancer parce qu’il faut avoir quitté la propriété au bout de 45 minutes. On se foutra que tout le monde soit arrivé pour commencer à raconter les histoires et on se foutra aussi de ceux qui souhaitent croquer quelques clichés. Le problème, c’est probablement la courte durée de l’activité.

Le bahaïsme mise sur une spiritualité universelle, un dieu unique et éternel et vise l’abolition des injustices. Dans cette religion, les Moïse, Bouddha et autres prophètes ont tous livré un seul et même message. Les hommes et les femmes y sont égaux, alors que la science et la religion cohabitent en harmonie.

Selon notre guide, un des éléments importants du bahaïsme : la circoncision n’est pas obligatoire. Il est aussi impossible de naître bahaï et il faut choisir sa foi à l’âge de 15 ans.

Ironiquement, les Israéliens ne peuvent pas se convertir au bahaïsme, même si leur pays compte deux lieux saints bahaï. Les autres fidèles, qui se compteraient au nombre d’environ sept millions, se doivent de faire un pèlerinage à Acre ou Haïfa, sinon les deux, au moins une fois, si leur santé leur permet.
CHRONIQUE-texte:       Les jardins sont entretenus par des bénévoles de partout des jardins orientés vers Acre, le lieu le plus sacré de la religion, et comptent des centaines de plantes exotiques, ainsi que plusieurs fontaines. Il s’agit probablement d’un des meilleurs endroits pour observer la ville d’Haïfa et son port, un peu plus bas.

Sur la route du retour, on peut s’arrêter dans le quartier de Wadi Nisnas, constitué d’édifices étroits en pierre, pour apprécier l’atmosphère d’une vieille ville du Moyen-Orient. On y erre principalement pour l’ambiance. Les amateurs d’art apprécieront le musée à ciel ouvert constitué de plus de 100 œuvres d’art, tantôt des graffitis, tantôt des sculptures tellement discrètes qu’on pourrait ne pas les voir si on ne portait pas attention.

Les musées sont légion, mais l’heure de la visite des jardins, à midi, est un peu inconvenante pour planifier des activités, à moins de décaler les repas.

Enfin, le transport en commun efficace permet de se rendre aisément à l’une des plages, dont Hof HaCarmel, la plus populaire, qui est aussi beaucoup plus calme que les étendues de sable de Tel-Aviv. Si l’envie vous prend de vous y rendre en train, il faut prévoir une fouille sommaire des sacs à dos dans les gares.

Haïfa, ville culturelle moderne, offre une escale beaucoup plus calme que les deux autres grandes villes du pays.
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Au pied des palmiers géants

CHRONIQUE / Avant que l’autobus ne s’élance de la ville de Pereira, à l’ouest de Bogota, au centre de la Colombie, mieux vaut avoir posé un couvercle sur le café qu’on vient de s’acheter. Le café, c’est d’ailleurs un choix naturel, puisqu’il pousse précisément dans cette région du pays sud-américain.

Pourquoi le couvercle? Parce que les bus roulant vers Salento, base idéale pour visiter toute la région, ont tendance à attaquer le bitume à vitesse grand galop. À bord de ces véhicules, qui mettent une heure environ pour atteindre la petite base coloniale, 45 minutes quand le galop est particulièrement rapide, toutes les courbes paraissent prononcées.

Salento, c’est vraiment le cœur de tout. On y arrive souvent de Pereira, ville des affaires, ou d’Armenia, plus au sud. Pratique, pratique, le bus nous abandonne à la place centrale, bordée de palmiers et entourée de commerces. De là, en 8,22 minutes, on peut atteindre tous les recoins du village.

À Salento, on trouve au moins... une grande rue commerciale, ponctuée de restaurants et de boutiques. Sur les rues perpendiculaires, certains marchands se risquent en affaires surtout s’ils sont visibles de la calle Real, aussi appelée carrera 6.

Lové au creux des montagnes, le village vit des profits du café et des piscicultures de truites. Les promenades à dos de cheval y sont populaires. Mais avec une population oscillant autour de 4000 habitants, on risque surtout d’y croiser des touristes. Partout. Ceux qui mangent leur spaghetti en parlant vraiment fort. Ceux qui font retentir la musique tard le soir. Ceux qui hablan español juste un poquito mais qui préfèrent qu’on leur réponde in english.

Salento, ce serait tellement, tellement charmant sans les touristes. Ironie, quand tu nous tiens.

La beauté de la région, néanmoins, se trouve à environ 30 minutes de Jeep de la place centrale. Personnellement, je ne l’ai pas trouvée dans les plantations de café, qui offrent pourtant des paysages de cartes postales. Ma visite y a été expéditive et sans grandes explications. Rien d’impressionnant ou d’éducatif en comparaison avec la naissante Route du café que j’ai visitée en Haïti.

Mon bout de Colombie préféré, il était plutôt dans la vallée de Cocora. Aux heures, les Jeeps se remplissent de touristes prêts à randonner deux, trois ou cinq heures dans la vallée et la jungle colombienne. Combien de jeunes âmes peuvent monter à bord d’un seul véhicule tout terrain? 13, sans compter le conducteur. Trois passagers seront d’ailleurs debout, bien cramponnés à l’arrière.

Cocora, c’est la nature et la (presque) sainte paix. Dans un océan de verdure, rachitiques et énormes à la fois, se dressent, presque nus, les palmiers à cire du Quindio. Ces arbres, un des symboles de la Colombie, peuvent atteindre 60 mètres dans des conditions idéales et ne sont qu’un long tronc grisâtre coiffé de longues feuilles vertes. Ils sont tellement chétifs qu’on ne les croirait jamais aussi grands, vus de loin, si ce n’était de la perspective et des comparaisons avec tout ce qui les entoure.

Les palmiers à cire sont les plus grands palmiers du monde et sont maintenant protégés parce qu’ils sont menacés d’extinction. La cire qui couvre le tronc a longtemps été utilisée pour produire des chandelles.

Mon premier contact avec ces géants s’est fait de loin. Je les voyais dodeliner de la tête quelque part à l’horizon. Perchés sur des collines, ils rendaient ridicule tout randonneur, tellement minuscule, qui s’en approchait dans le lointain.

La vallée de Cocora, pour plusieurs, c’est l’occasion d’une superbe randonnée en nature. Les plus impatients commenceront par la fin en réalisant une boucle de deux ou trois heures directement vers lesdits palmiers. Les autres mettront cinq heures avant de dire qu’ils ont mérité de s’asseoir parmi les géants.

Après moins de dix minutes, on traverse un premier pont de corde et de bois. Vivement la fibre équilibriste. On s’improvise Indiana Jones, au moins un peu dans notre tête. On mettra une bonne demi-heure pour en revenir de la beauté qui nous enveloppe. On côtoie tantôt les vaches, tantôt quelques chevaux, avant de nous enfoncer dans la jungle.

On traversera la rivière une bonne dizaine de fois, toujours sur des ponts bringuebalants qu’il est recommandé de n’affronter qu’une personne à la fois. Deux bonnes heures plus tard, une halte est prévue pour la consommation de boissons chaudes. On s’y émerveille devant les buvettes des colibris. Les minuscules volatiles, par dizaines, virevoltent au grand plaisir des visiteurs. Ils se permettent presque de prendre la pose.

Un peu gagas, nous nous arrêtons longuement pour les observer.

Ce qu’il y a de beau, avec la plus longue route, c’est que l’ascension vers le sommet nous force parfois à ralentir pour reprendre notre souffle. Là, on lève la tête pour apercevoir un oiseau jaune, rouge ou bleu, ou on baisse le regard vers des fleurs et des champignons qui nous étaient encore inconnus.

C’est sur la voie du retour que les palmiers s’offrent vraiment au regard. Garanti, personne n’a l’œil assez grand pour en toiser un de pied en cap. Nenon. On fixe un billot gris ou on se casse le cou à essayer de voir la cime. Les photos qui rendent bien le phénomène ne se trouvent probablement nulle part. Zéro.

Il y a les figuiers plusieurs fois centenaires de l’Amazonie ou les séquoias de la côte Ouest. Ceux-là m’ont étiré les joues d’ébahissement. Les palmiers de Cocora paraissent toutefois bien plus irréalistes tellement ils sont longilignes. Et ils prouvent une fois encore que la nature nous fascinera toujours bien plus que n’importe quelle construction de l’homme.

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