Ce savacou huppé, bien camouflé dans le feuillage de la mangrove, aurait pu passer inaperçu sans la vigilance d’un ornithologue aguerri.

San Blas : le paradis de l’ornithologie

CHRONIQUE / Quelque part au sud-ouest de Melbourne, en Australie, je m’apprêtais à quitter l’auberge où je m’étais arrêté pour la nuit quand ils se sont posés. Des cacatoès rosés s’étaient perchés sur des fils électriques.

Quelques-uns se laissaient guider par leur curiosité, à même le sol, à deux sauts de crapaud de la voiture.

À peine plus d’une semaine plus tard, dans un parc de Sydney, quantité d’ibis déambulaient nonchalamment dans un parc public en plein centre-ville. Les passants, eux, montraient un désintérêt complet. Tous à part moi, impressionné d’approcher en vrai ces volatiles d’une autre partie du globe.

Comme pour les cacatoès, ou encore les toucans observés quelque part au Brésil, je me suis décroché la mâchoire d’admiration. Je n’ai de l’ornithologue que la capacité à m’émerveiller devant la faune ailée, toute colorée soit-elle, quand il m’arrive d’apercevoir plus qu’un vulgaire goéland. Mais je ne manque pas d’ouvrir grands les yeux quand j’aperçois ces bêtes magnifiques.

J’aurais cru que les vrais de vrais, ceux qui sifflent dans toutes les langues et sont capables de tromper les oiseaux de toute nationalité, auraient tendance à s’expatrier en Afrique, au fin fond de l’Amazonie ou justement, dans les îles de l’Océanie pour trouver la plus grande diversité.

Pourtant, la deuxième destination la plus prisée par les ornithologues en Amérique du Nord et dans les Caraïbes se trouve à San Blas, dans l’État de Nayarit au Mexique. De la populaire ville de Puerto Vallarta, sur la côte Pacifique, il faut compter un peu plus de 150 km ou environ trois heures de voiture pour s’y rendre.

En bateau, il était possible de s’approcher de ce bihoreau gris.

San Blas est la première destination des ornithologues dans tout le Mexique. On peut notamment y apercevoir des espèces d’oiseaux provenant de l’Amérique du Sud. Les experts, qui connaissent bien la petite ville de 8000 âmes, partent à l’aube ou un peu avant le coucher du soleil pour maximiser leurs chances d’apercevoir ou d’entendre de nombreuses espèces.

Pour le touriste moyen, une excursion avec une compagnie comme Safari San Blas offre trois heures de bateau dans les mangroves pour reconnaître en moyenne entre 40 et 60 espèces de volatiles. L’État de Nayarit en compte 530, dont 45 sont endémiques. À certaines périodes de l’année, on peut aussi voir des crocodiles dans les eaux du secteur La Tovara.

L’American Bird Association, elle, vient là chaque année pour organiser un tournoi. Le jeu : identifier le plus d’oiseaux différents dans une même journée. Je serais rempli de fierté si seulement j’y étais pour quelque chose, mais c’est mon guide, implacable en matière de plumage, de becs et de trajectoires de vols, qui détiendrait le record. Francisco Garcia a entendu ou observé 246 espèces différentes il y a deux ou trois ans. Il avait alors passé 18 heures dans les canaux des mangroves. Du moins, c’est lui qui le prétend.

Au point de départ, les grands hérons étaient omniprésents sur les berges de la rivière. On pouvait même les voir pêcher et s’envoler en déployant toute l’amplitude de leurs grandes ailes.

C’est quand on s’enfonce dans la mangrove, dans un canal qui doit être nettoyé de sa végétation luxuriante tous les quatre mois, que la présence d’un vrai ornithologue nous ravit. Aux branches qui s’entremêlent avec d’autres branches, nous ne voyons pas grand-chose qui grouille. Jusqu’à ce que le bateau s’immobilise et recule un tantinet.

Là, si on se casse le cou, qu’on fait abstraction de toutes les brindilles, de toutes les feuilles, de tout ce qui se met directement devant nos yeux, on aperçoit un savacou huppé. Ouais, un savacou, Mesdames et Messieurs.

Dans des termes moins scientifiques, il s’agit d’une petite espèce de héron avec un grand bec très large. Particulier.

Il y a aussi les espèces d’engoulevents, des oiseaux nocturnes qui se fondent parfaitement avec les couleurs des arbres et qui demeurent immobiles pour tromper l’œil. Je ne les aurais jamais vus si on ne me les avait pas pointés.

Enfin, tout au bout du parcours, deux immenses feuillus étaient bondés d’aigrettes blanches. Bondés comme dans pris d’assaut par au moins une soixantaine de bêtes.

« Ces oiseaux viennent d’Afrique. On ne sait pas pourquoi ils se sont ramassés ici », raconte Francisco.

C’était bien là la seule chose que notre guide ne savait pas sur les oiseaux qui peuplent son coin de pays.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com

Le journaliste était l’invité de Riviera Nayarit Convention and Visitors Bureau et Finn Partners.