Jonathan Custeau
La Tribune
Jonathan Custeau
Pour ceux qui veulent voyager par procuration en attendant, ou ceux qui cherchent encore le courage d’une première aventure, les idées ne manquent pas.
Pour ceux qui veulent voyager par procuration en attendant, ou ceux qui cherchent encore le courage d’une première aventure, les idées ne manquent pas.

Pour voyager sur papier

CHRONIQUE / À quand la prochaine réservation d’un billet d’avion? À quand la prochaine fois qu’on se demandera si on a oublié de glisser le passeport dans le sac à dos en arrivant dans le stationnement de l’aéroport? Difficile de prévoir. Ne reste que la patience et le rêve, en attendant. Ou encore la lecture. Celle qui nous permet de nous évader, grâce à la fiction, ou celle qui nous fait voyager, littéralement, de récits en comptes rendus.

À l’approche de Noël, je me suis dit que je partagerais quelques coups de cœur, récents ou pas, qui transmettent à travers les mots le bleu d’un horizon, l’odeur d’une jungle ou le teuf-teuf des moteurs sur le respirateur artificiel, si bien qu’on s’imagine au cœur de l’Afrique, de l’Amérique du Sud ou de l’Asie sans quitter le confort de notre salon. Pour ceux qui veulent voyager par procuration en attendant, ou ceux qui cherchent encore le courage d’une première aventure, les idées ne manquent pas.

La frousse autour du monde
Bruno Blanchet
Éditions La Presse

Publiés entre 2008 et 2013, les quatre tomes de La frousse autour du monde retracent les pérégrinations de Bruno Blanchet aux quatre coins du globe, tels qu’il les racontait à l’époque dans La Presse. La beauté de ces récits, qui se lisent dans l’ordre et dans le désordre, c’est qu’ils sont de courtes cartes postales qui décrivent tantôt une ambiance, tantôt un sentiment inattendu qui happe l’auteur. C’est le vrai parfum du voyage, traduit en mots simples et justes, souvent drôles, qui raconte de façon très humaine des rencontres, des déboires, des découvertes. Mine de rien, Brunot Blanchet, en gardant un pied-à-terre dans les pages de La Presse, a probablement familiarisé toute une génération avec les joies de devenir globe-trotter. J’en suis. Et on va se le dire, sa tolérance au risque est probablement plus élevée que celle de la moyenne des ours. C’est là qu’on voyage par procuration, parce qu’il a vécu pour nous des émotions qu’on se refuserait probablement de considérer. Aussi, il a l’intelligence des mots, Bruno Blanchet, et la crédibilité du voyageur qui en a vu d’autres. Je retiens son souhait que les Québécois découvrent davantage l’Afrique, qu’ils cessent d’en avoir peur. J’ai suivi ses conseils en me demandant pourquoi j’avais tant attendu avant de m’inviter sur ce grand continent. La frousse autour du monde : un classique qui ne se démode pas. 

Fragments d’ailleurs
Gary Lawrence
Éditions Somme Toute

Parlant d’un voyageur crédible, difficile de faire mieux que Gary Lawrence, qui a posé sa plume dans Le Devoir, L’actualité et le magazine Espaces. Ses Fragments d’ailleurs sont arrivés au début de la pandémie. Le moment se voulait étrange, alors que nous étions confinés et que la frustration de ne pas pouvoir partir, d’avoir perdu la valeur de billets d’avion aussi, nous rendait aveugles aux chouettes nouvelles publications. En 320 pages, Gary Lawrence regroupe ses meilleures histoires des 25 dernières années, celles publiées justement pour le compte des journaux et magazines qui l’embauchaient. Là, le style est plus léché, le vocabulaire plus riche. Les histoires ne se suivent pas forcément, ce qui permet de lire par petits bouts ou de dévorer à grandes lampées. Une seule photo illustre chaque histoire, mais le choix des illustrations est toujours judicieux. En plus de l’envie de débarquer au Bhoutan ou en Islande, les récits transmettent quantité d’informations qui nous éduquent autant qu’ils nous divertissent. J’ai été rassuré de constater que même Gary Lawrence pouvait être victime d’arnaques.  

Partir pour raconter
Michèle Ouimet
Éditions du Boréal

Le gros coup de cœur de mon année, c’est sans aucun doute le récit de Michèle Ouimet sur ses années de journalisme dans les pays les plus inhospitaliers du globe. Probablement que de voir de l’intérieur le métier de correspondante à l’étranger y est pour quelque chose. Ici, on ne parle pas de voyage touristique. Les récits sont souvent durs, truffés de contexte politique pour mieux comprendre les conflits qui ont embrasé l’Égypte, le Liban ou la Syrie. Ils ne maquillent pas les angles sombres de l’autrice non plus. La vie entre deux fuseaux horaires, ça use. Quand on s’amourache de l’aventure, on aime le Monde, avec un grand M, et on cherche souvent à comprendre les humains qu’on ne voit plus quand la guerre frappe. Michèle Ouimet nous offre un condensé inespéré des réalités en Afghanistan, au Mali ou en Iran en nous racontant les risques et la détermination qui lui ont permis de connecter le Québec sur le reste du monde. 

Que reste-t-il de nos voyages?
Marie-Julie Gagnon
Éditions de l’homme

Une autre qui a allègrement rempli son passeport, c’est la voyageuse, autrice et chroniqueuse Marie-Julie Gagnon. Avec Que reste-t-il de nos voyages, rempli d’entretiens avec d’autres baroudeurs, et même un bourlingueur, elle consulte aussi des professionnels, des psychologues par exemple, pour comprendre les phénomènes de tolérance au risque, de stress et du sentiment de bonheur que disent éprouver les voyageurs. Quel impact avons-nous dans les pays visités? Pourquoi partir en solo ou en couple? Le voyage est-il une fuite? Et la fameuse confiance en soi, elle s’améliore au fil des départs ou pas? Tantôt récit, tantôt documentaire, le livre trouve un équilibre entre les histoires humaines et les témoignages d’experts. Ceux qui partent souvent y trouveront peut-être de quoi se rassurer alors que ceux qui ne comprennent rien à l’amour du voyage y trouveront peut-être un point de départ pour mieux saisir la passion qui anime un de leurs proches. 

Et si vous êtes plus du type roman? Alors difficile de passer à côté de Lion, de Saroo Brierley, une histoire autobiographique qui a inspiré le film du même nom. Si vous avez vu le film, les images de l’Inde y sont à couper le souffle, alors que l’histoire de ce garçon de cinq ans perdu dans Calcutta a de quoi émouvoir même les plus récalcitrants. Le livre reprend essentiellement les grandes lignes du film, ou vice versa. J’attends aussi avec grande impatience de lire le plus récent livre de Khaled Hosseini, Une prière à la mer, mais toutes les histoires de cet auteur m’ont troublé en même temps qu’elles me transportaient dans des paysages d’Afghanistan.