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Le bourlingueur

Réapprendre la prudence

CHRONIQUE / «On ne pourra pas ramener tout le monde! » Les mots du ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, ne sont pas ceux qu’on souhaite entendre ou lire quand on est coincé à l’étranger. Mais quand il rapporte que son ministère a reçu plus de 10 000 appels et 14 000 courriels en 48 heures pour rapatrier des Canadiens répondant à l’appel de rentrer au pays, on peut comprendre qu’on ne nolise pas des avions sur cinq continents en criant ciseau.

Le spécialiste des communications et de la gestion de crise Marc D. David, de l’Université de Sherbrooke, l’a dit : le premier ministre Justin Trudeau donne l’impression de réagir plus qu’il n’agit depuis le début de la pandémie de la COVID-19. Une question de perceptions, certes, qui jette de l’ombre sur tout le travail qui se fait en coulisse pour gérer autant ce qui se produit sur notre territoire qu’à l’étranger.

Opinions

Protégeons les voyageurs

CHRONIQUE / Temps de fou pour les bourlingueurs. Voyager en période de pandémie, non merci! S’il n’est pas annulé, mon vol pour La Nouvelle-Orléans, qui devait décoller dimanche, partira sans moi. Même sans la fermeture des frontières, je ne m’y serais pas risqué.

J’avais hésité entre le sud des États-Unis, l’Irlande, Seattle et une croisière. Au fur et à mesure que la COVID-19 progressait, on déconseillait les croisières, identifiait des foyers d’infection à Seattle et en Irlande. Je me félicitais bien naïvement d’avoir choisi un état moins touché. Mais j’ai surveillé les conseils du gouvernement canadien et j’ai compris que nous étions tous dans le même bateau, que bientôt, notre seule façon de voyager serait la recette de tartelette portugaise ou de tacos mexicains qu’on cuisinerait en solo un bon samedi soir. 

La situation a évolué en moins de temps qu’il n’en faut pour faire et défaire nos bagages. Pendant un temps, les directives du gouvernement du Canada avaient peine à suivre, si bien qu’on déconseillait aux voyageurs de partir, même si le niveau de risque pour certains pays demeurait bas selon les conseils aux voyageurs du site voyage.gc.ca. Normal, probablement, devant une situation jamais vue jusqu’à maintenant. 

Si la priorité demeure de rapatrier nos concitoyens coincés aux quatre coins du monde, il faudra assurément, dans les prochaines semaines, des consignes claires pour protéger les voyageurs qui voient leurs déplacements annulés. 

L’auberge de jeunesse que j’avais réservée en Nouvelle-Orléans m’avait d’abord refusé un remboursement, prétextant que l’établissement était toujours ouvert et que mes craintes de voyager ne constituaient pas une raison valable pour annuler mon séjour. Justin Trudeau a fermé les frontières. Donald Trump a déclaré l’état d’urgence. L’établissement s’est ravisé, a compris que ce n’était pas qu’un caprice. 

Les compagnies aériennes tardent à emboîter le pas. Elles offrent des crédits. Dans le même sens, en période de crise, alors que les appareils sont de plus en plus cloués au sol, faire osciller les prix d’un billet entre 8000 et 10 000 $, comme nous l’avons constaté la semaine dernière, est plus que déplorable. Éthiquement, les compagnies aériennes qui ont tenté de profiter du virus ont raté complètement la cible. D’autres, comme Sunwing, ont plutôt décidé d’offrir leurs sièges vides gratuitement pour rapatrier les Canadiens. Bravo!

L’Office des transports du Canada a par ailleurs établi des exemptions temporaires pour certaines dispositions du Règlement sur la protection des passagers aériens. Mais est-ce que les Canadiens sont bien protégés? Peuvent-ils exiger un remboursement pour un billet qu’ils ne pourront pas utiliser?

Le site volenretard.ca a choisi, lui, d’être proactif et d’offrir gratuitement des consultations, vendredi dernier, pour orienter les touristes qui en perdent (avec raison) leur latin. Jacob Charbonneau, président et directeur général de l’entreprise, constate que les Canadiens sont moins bien protégés que les Européens. 

« Ce n’est pas simple, parce que la majorité des compagnies aériennes offrent présentement un crédit plutôt qu’un remboursement. Sauf qu’on ne sait pas combien de temps la crise durera et si la santé financière des compagnies nous permettra d’utiliser ces crédits plus tard. C’est l’Office des transports du Canada qui devrait donner la directive. En Europe, c’est clair : les compagnies ne peuvent pas donner un crédit. Les gouvernements là-bas ont réagi très rapidement. »

Le gouvernement canadien se doit d’imiter l’Europe. Parce que les passagers forcés de rester chez eux ne sont pas tous des voyageurs compulsifs comme moi. Ceux qui partaient pour célébrer un événement spécial, qui utilisaient leurs seules vacances pour s’offrir un périple à l’étranger ou qui avaient économisé pendant des années pour réaliser un rêve n’en auront probablement rien à cirer d’un crédit qu’ils n’utiliseront pas. Dans certains cas, l’occasion de partir est passée et ne reviendra tout simplement jamais. 

Ici, tout s’organise au cas par cas. Appeler la compagnie aérienne? On ne prendra pas votre appel si vous n’êtes pas déjà coincé à l’étranger. C’est du moins ce qu’on répondait au Service à la clientèle d’Air Transat vendredi. Mais si la consigne du remboursement était claire, peut-être que les lignes seraient moins engorgées.

« C’est vrai qu’il y aura un impact financier pour les compagnies aériennes, mais elles recevront sans doute une aide économique du gouvernement », croit M. Charbonneau. « Le fardeau ne devrait pas être laissé au passager ou à la compagnie aérienne », ajoute-t-il. 

Vrai. Voilà pourquoi les règles devraient être claires.

Ceux ayant acheté leur billet avec une agence québécoise reconnue pourront probablement bénéficier du Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyage, un fonds de 140 M$ pour venir en aide aux passagers aux prises avec des situations inattendues.

Pour les autres, comme moi, le flou persiste. Selon Jacob Charbonneau, le remboursement sera plus facile si c’est la compagnie aérienne qui annule le vol. « Si votre vol est bientôt, attendez de voir si la compagnie annulera. Si on accepte un crédit, certaines assurances ne voudront peut-être pas rembourser. Mais si le crédit n’est pas consommé, je pense qu’il y a moyen de récupérer son argent, même si ce sera compliqué. »

Si le voyage a été payé avec une carte de crédit, il est possible de demander une rétrofacturation, soit un remboursement pour un produit qui n’a pas été consommé.

Le président de volenretard.ca recommande néanmoins d’appeler la ligne aérienne en premier. « Si votre voyage n’est pas dans les 72 prochaines heures, vous ne réussirez pas. » Quoi qu’il arrive, suggère-t-il, prenez des notes : l’heure de l’appel, le nom du préposé, ce qu’on vous a dit.

D’autres ressources, comme Air Passengers Rights, estiment qu’il est de votre droit de réclamer un remboursement et énumèrent sur leur site les arguments qui peuvent être évoqués avec la compagnie aérienne. 

Quoi qu’il en soit, le débat sur la Charte des passagers aériens était déjà lancé l’an dernier, alors qu’on notait une protection plus limitée pour les Canadiens que les Européens. Notre charte à nous ne nous protège pas si les vols sont retardés en raison de la météo ou de certains problèmes mécaniques. Comme l’écrivait Stéphanie Grammond dans La Presse du 14 décembre 2019, la charte est compliquée et tellement complexe que les transporteurs peuvent facilement se défiler. 

Bourlingueur

Despacito et l’art de San Juan

CHRONIQUE / San Juan, la capitale de Porto Rico, s’est trouvé un penchant pour la séduction. Un gros penchant. Elle savait déjà faire craquer les gourmands, avec sa cuisine riche et ses cocktails, mais elle a appris à s’offrir autant pour les yeux que pour le ventre.

C’est que San Juan a l’âme d’une artiste. Elle sait agencer les couleurs de ses bâtiments, dans la vieille ville, mais se laisse aussi aller dans l’art de rue sous toutes ses formes, sans oublier ses musées, qui présentent toutefois un intérêt variable.

Dans Santurce, deux des principaux musées s’offrent une lutte inégale. Le Musée d’art contemporain, ayant pignon sur rue dans une ancienne école de l’avenue Ponce de Leon, n’a d’intéressante que l’architecture du bâtiment. Ou presque.

L’édifice néoclassique, avec ses colonnes entourant une cour intérieure, contraste avec le beige des employés du musée, qui, ce jour-là, s’emmerdaient profondément. Pas de visiteurs, donc pas de sourires. Ils se traînaient les pieds, l’ennui comme deux lourds boulets les empêchant de faire de grandes enjambées. Mais pour dire vrai, à part deux œuvres magistrales aux accents féministes, les installations ne valaient pas vraiment le coût d’entrée.

Tout le contraire du Musée d’art de Porto Rico, plus sobre dans le nom, mais ô combien plus intéressant dans son ensemble. L’édifice, un ancien hôpital, a la façade barbouillée de jolies fresques. On nous vante, oui, le jardin botanique des sculptures, qui tombe un peu à plat dès qu’on a la moindre attente. Mais les expositions permanentes, elles, qui rendent entre autres hommage à des artistes portoricains, notamment José Campeche et Francisco Oller, sont assez variées.

Gros coup de cœur, dans les expositions permanentes, pour l’œuvre Jusqu’à ce que la mort nous sépare (Hasta que la muerte nos separe) d’Anaida Hernandez, qui symbolise la diversité portoricaine en plus de résumer, en une centaine de petits tableaux, l’essence de la pluralité observable dans le musée. On passe aussi du classique au kitsch, dans une pièce rappelant un salon de barbier bourré d’objets issus de l’imaginaire des migrants, jusqu’à la modernité, comme ce portrait de Jésus pixelisé auquel un symbole propre à Instagram, un cœur, a été ajouté. 

Parce qu’il fait presque toujours soleil à Porto Rico, l’art visuel se transporte par ailleurs dans la rue, dans le secteur de Miramar, toujours dans le quartier de Santurce. Si on a la plante des pieds endurcie, on peut marcher des musées aux murales, même si l’ambiance un peu plus malfamée des rues de Miramar donne envie de camoufler le portefeuille dans nos caleçons.

J’exagère! 

Mais je n’ai croisé aucun touriste lors de ma promenade ce jour-là. Les individus qui surgissaient des ruelles à l’occasion avaient le don de me faire sursauter. Et d’autres touristes m’ont avoué leur malaise à s’aventurer dans ce secteur pourtant reconnu pour ses fresques murales. Certaines d’entre elles sont particulièrement réalistes même si elles font trois ou quatre étages de haut. Il faut même penser à avoir des yeux tout le tour de la tête pour ne rien manquer. Même si le secteur aux murales est petit, les plus belles œuvres sont parfois cachées derrière nous.

En sortant du quadrilatère, on croisera le parc de la Hoare, une jolie place gazonnée où on arrive difficilement à se poser, les bancs étant occupés par des sans-abri ensommeillés. 

Pour peu qu’on ait vraiment envie de suer sa vie, on peut continuer la promenade (longtemps) pour aboutir à ce qui m’est apparu comme la plage la plus intéressante près de la vieille ville, la plage La Ocho, presque dissimulée derrière un stade.

En poursuivant le long de la mer, un peu plus loin dans la vieille ville, après les murales qui longent la rue Norzagaray, on aboutira au quartier La Perla, fortement déconseillé une fois la nuit tombée. Mais quand on dit que San Juan a reconnu l’importance de l’art pour se relever les manches et revitaliser ses quartiers, on le constate dans La Perla, où le vidéoclip de la chanson Despacito a été tourné. 

Le bourlingueur

Christophe Colomb et la forêt

CHRONIQUE / Leçon de voyageur : ne pas trop se documenter avant un voyage peut être une arme à double tranchant. D’un côté de la lame, la liberté, la flexibilité, le sentiment de tout découvrir au fur et à mesure. De l’autre, du côté coupant, la possibilité de s’égarer, de perdre du temps, de suivre une fausse piste.

À Porto Rico, quand on se fie à des documents vieux d’à peine trois ans pour fabriquer un itinéraire approximatif, c’est du côté affilé qu’on tombe. C’est un peu comme réserver une chambre d’hôtel et constater en arrivant que la photo date de la décennie précédente. Sur l’île américaine, l’élément perturbateur s’appelle Maria.

Le bourlingueur

Une école pour apprendre à voyager

CHRONIQUE / J’ai toujours cru que le voyage s’apprenait sur le tas, à force d’expérience, sans préparation aucune. On saute, on retient son souffle, on se ferme les yeux, et voilà, on apprend à nager. Pas besoin d’école, si ce n’est que l’école de la vie. On se trompe, on fait quelques bourdes en Europe et en Asie, sans personne pour nous dénoncer, et on s’améliore pour la prochaine fois.

Oui mais… C’était avant que Vaolo, une jeune pousse propulsée par la Fondation Village Monde, ne lance l’Académie des explorateurs. Vaolo, c’est une plateforme qui vise à devenir la référence du voyage d’expérience hors des sentiers battus. Ces fameux sentiers battus, qu’on déteste parfois sans savoir pourquoi, ont tendance à étouffer sous le poids du surtourisme.

Le bourlingueur

Gastronomie portoricaine

CHRONIQUE / Je parle l’espagnol comme un cheval enrhumé. Je tousse des blocs de mots sans avoir la certitude d’être compris. Mais j’ai l’habitude de reconnaître l’essentiel des propos d’une conversation. Surtout quand il est question de nourriture.

Instinct de survie, vraisemblablement, c’est par le ventre que j’apprends une nouvelle langue. D’abord bonjour et merci, et ensuite poulet, patate et fruit de la passion. Dans l’ordre, bien sûr.

Le bourlingueur

Rhum à la rescousse

CHRONIQUE / Choisir Porto Rico après les ouragans et les tremblements de terre qui lui ont fait poser un genou au sol, c’est assurément composer avec les imprévus. Internet aura beau recommander plusieurs sites touristiques, il est probable qu’ils ne soient en réalité plus ouverts aux visiteurs.

De San Juan, néanmoins, une panoplie de villes et d’attractions peuvent être explorées dans une escapade d’une journée.

Le bourlingueur

Fribourg-en-Brisgau, ville étudiante

CHRONIQUE / Les villes étudiantes ont ce je-ne-sais-quoi, cette vie qui garde un peu toujours ses rues animées. Même quand elles sont désertes, les rues, on palpe les battements d’une ville qui ne s’essouffle pas, qui réfléchit sans cesse, qui ne subit pas les affres du temps à la même vitesse que les autres.

C’est la contagion de la jeunesse. Et de la connaissance. On se sent plus intelligent juste d’être là. Ça bouillonne.

Le Bourlingueur

Fable de la Forêt-Noire

CHRONIQUE / La Fôret-Noire. Première chose qui me vient en tête : le gâteau. La seconde : une région d’Allemagne avec ses maisons à colombages et ses horloges coucou, incontournable, semble-t-il, pour la beauté de ses paysages.

Ainsi ai-je donc établi qu’il me fallait absolument y faire une incursion, et autrement qu’en séjournant simplement dans une des grandes villes qui animent la région. Fribourg-en-Brisgau, par exemple, paraissait comme un ancrage naturel. Au sud-ouest de l’Allemagne, la ville universitaire de plus de 220 000 habitants nous rapproche de la Suisse sans nous éloigner de la France. Elle partage d’ailleurs un aéroport avec Mulhouse et Bâle.

Et de Strasbourg, où j’avais exploré pendant deux jours, j’aspirais à me rapprocher de la Suisse, si bien que j’ai dû renoncer à Baden-Baden, dont le nom, à lui seul, a de quoi fasciner.

C’est bien sûr la voiture qui permet avec la plus grande liberté de s’aventurer en forêt. À la lumière de quelques recherches en ligne, un itinéraire approximatif avait été tracé dans l’espoir d’aboutir dans des villages typiques.

Premier constat : de la route dite panoramique, ou du moins, de celle la plus empruntée, la 500, selon les sites internet consultés, on ne voit pas grand-chose. La forêt cache la forêt. Même des belvédères indiqués sur mon GPS, la vue était largement obstruée par des arbres en bordure de route. C’est bien, les arbres, mais largement moins enchanteur que les paysages de crêtes et de fermettes que j’imaginais.

Il reste qu’on peut s’éloigner des grandes routes et aboutir par exemple à Sasbachwalden, dont le nom est probablement plus facile à écrire qu’à prononcer. Ici, les occasions de randonnées sont nombreuses, en plus de la sainte paix, qui transpire de chaque coin de rue. Sur la route principale, qui traverse le village, on croise surtout des touristes, par paquets de deux, trois, ou quatre, et on traverse l’agglomération de 2500 âmes en 15 ou 20 minutes à pied.

On pourrait y louer une chambre et se perdre dans la lenteur du sablier pendant des jours qui paraîtraient des semaines. Après la panique des premières minutes de ne pas se sentir à la course, de n’avoir nulle part d’autre où être, le calme apaise. Et pour les taquins, on s’amuse de la borne-fontaine peinte à l’effigie de Freddy Mercury. 

Encore un peu loin de l’autoroute, on peut grimper les lacets de la montagne et, pour une fois, s’offrir une vue plongeante sur les toits de tuiles brunâtres ou rougeâtres. 

Pour les plus pressés, Schiltach, Triberg et Titisee sont semble-t-il d’excellentes haltes le long de la route. La première figurait à mon itinéraire. Là aussi, on se sent loin du temps qui court après sa queue pour faire entrer 24 h dans une journée. Même en ne courant pas, on arrive à l’explorer en moins d’une heure. Les maisons y sont regroupées et les deux minuscules rivières traversant le village donnent de quoi s’arrêter un brin. 

Il y a bien un musée pour les férus d’histoire, mais on peut très bien se contenter de s’émerveiller en flânant dans les rues désertes. 

Las de flâner et de me traîner les pieds en me cassant le cou pour admirer de vieilles façades, j’ai mis le cap sur Gutach pour le parc d’attractions Sommerrodelbahn, où on peut dévaler la montagne en luge d’été dans un bolide sur rail. On peut acheter les descentes à l’unité ou en paquet de six pour partager.

Pour un arrêt (mini) adrénaline, Gutach est tout indiqué. La piste est relativement courte et elle permet d’atteindre des pointes un peu sous les 40 km/h. Encore faudra-t-il que le chauffeur de luge devant vous n’ait pas une affection exagérée pour ses freins. Le temps d’attente, en bas de piste, peut aussi s’étirer selon l’achalandage. Une descente ne suffira certainement pas à faire monter significativement le niveau d’adrénaline, mais après deux ou trois remontées, il est fort probable qu’on se lassera de la redondance du parcours.

Pour les Lewis Hamilton en herbe, un écran, au bas de la piste, révèle les pointes de vitesse des bolides lors de la dernière descente. 

L’ironie, quand on parle d’arrêter le temps dans les villages de la Forêt-Noire, c’est justement d’en manquer, du temps, pour la visite de la plus grosse horloge coucou du monde, à Triberg. Je m’y suis pointé alors que le coucou ne se pointait plus, lui, puisqu’on l’avait rangé pour la nuit.

Cette énorme horloge, en vérité, fait moins écarquiller les yeux que la maison aux 1000 horloges, Haus der 100 Uhren, dont la façade agit un peu à la manière d’une horloge coucou. À l’intérieur, si vous êtes pris d’un trouble obsessif compulsif vous intimant de programmer toutes les horloges à la même heure, vous deviendrez complètement zinzin. Tout un chacun s’amuse à presser les heures de se présenter pour voir quel genre d’animation marquera le passage d’une autre tranche de 60 minutes. 

Si votre budget le permet, peut-être pourrez-vous même vous procurer la très exclusive horloge à 23 000 euros, sertie de diamants et sculptée à la main.

À bien y penser, une seule journée pour parcourir la Forêt-Noire, c’est court, surtout quand tout, sauf peut-être les luges d’été, nous incite à ralentir.

Le bourlingueur

Porto Rico après les séismes

CHRONIQUE / Porto Rico a tremblé. Beaucoup. Des centaines de fois entre la fin décembre et la mi-janvier. L’île aux confins de la mer des Caraïbes a surtout été secouée le 6 janvier, par un tremblement de terre de magnitude 5,8, et le lendemain par une secousse de 6,4 sur l’échelle de Richter. D’emblée, des centaines de voyageurs, dont j’étais, un billet d’avion en poche, se demandaient s’ils devaient réellement s’envoler pour San Juan.

L’île a accusé les répliques dans les jours qui ont suivi, avant que le sol ne se déchaîne à nouveau le 11 janvier. Les régions du sud-ouest, notamment Ponce, un centre culturel important, ont été particulièrement dévastées.

Le bourlingueur

Magie éléphantesque

CHRONIQUE / Strasbourg avait joué les ambivalentes toute la journée. Mouillera, mouillera pas. Les nuages gris teintaient le ciel dans le très loin, comme une promesse qu’ils s’abattraient sur la ville tôt ou tard. Ce qu’ils ont fait.

Quand la pluie arrache le chapelet de la corde à linge, on va au musée. Parce que c’est en dedans, et surtout, plus sec. Vive le Musée d’art moderne.

Le bourlingueur

Quand Strasbourg charme à moitié

CHRONIQUE / L’anticipation aura tué la magie. Souvent décrite comme l’une des plus belles villes de France, Strasbourg croule sous une tonne de pression quand vient le temps de séduire. C’est le blind date où on promet le match parfait. Et malheureusement, le coup de foudre ne s’est pas produit.

Strasbourg, c’est la capitale de l’Alsace, dans l’est de la France. De là, en s’étirant le cou, on peut presque voir l’Allemagne, qui s’étend juste à côté. Et on comprend pourquoi les villes voisines, plus petites, moins touristiques, jalousent un peu la grande sœur d’attirer autant les masses. Vrai que c’est joli et animé Strasbourg, et qu’on aura davantage envie d’y rallonger une balade que dans les petites communautés voisines.

Le Bourlingueur

Trèves et ses ruines romaines

CHRONIQUE / La filée de voitures dans la voie de gauche s’éternisait. Le GPS indiquait qu’il faudrait tourner à gauche sur le pont Käiser-Wilhelm plusieurs centaines de mètres plus loin. Pour traverser la Moselle et atteindre Trèves, une petite ville de l’ouest de l’Allemagne, il fallait donc se montrer patient comme au lendemain de Noël, à l’entrée des magasins.

Il faut croire que les accès sont limités, ou que la circulation est mal contrôlée par la signalisation, à l’entrée de Trèves, parce que les rues de la ville, une fois la rivière passée, ne bouchonnent pas du tout. À 115 000 habitants, le contraire aurait été étonnant.

Il reste que la navigation dans la vieille ville demeure un tantinet risquée, piétons et sens uniques posant quelques défis. Ne le dites à personne, mais j’ai joué les dyslexiques en apercevant sur le tard quelques panneaux fléchés que mon GPS n’avait pas enregistrés. Abandonner le véhicule à quelques mètres du cœur de la vieille ville aura été une libération.

Trèves s’imposait dans mon trajet entre Cologne, plus au nord, et l’Autriche, où je finirais le voyage. En cherchant les sites dignes d’intérêt sur mon itinéraire, ceux inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO par exemple, deux villes rivalisaient pour un court arrêt : Aix-la-Chapelle et Trèves.

La première, plus au nord, dispose d’une grande cathédrale. Elle avait l’avantage d’offrir une pause sur la route pour le Luxembourg, où je pourrais parcourir le pays du nord au sud. La seconde, justement tout près de la frontière du Luxembourg, m’aurait forcé à écourter mon passage dans le petit pays.

Si Aix-la-Chapelle a gagné la bataille, malgré les avis divisés des Allemands rencontrés sur la route, je me suis finalement convaincu d’un détour, entre la ville de Luxembourg et Strasbourg, en France. Trèves s’ajoutait sur l’itinéraire, à seulement une quarantaine de minutes de la capitale luxembourgeoise.

Trèves est petite, calme et charmante. Elle est l’une des plus vieilles villes allemandes et on y trouve encore aujourd’hui plusieurs ruines romaines. Aucune autre ville au nord des Alpes n’offre autant de monuments romains.

Bien au centre de la vieille ville, d’où on peut apercevoir quelques clochers parfaitement perchés, un marché, le Kornmarkt, s’anime en milieu de journée pour vendre fruits et légumes. Là, impossible de se noyer dans la foule.

La principale attraction, la Porta Nigra, date du deuxième siècle. Imposante porte de grès, elle peut être visitée, entre autres pour la vue qu’elle offre sur la ville. Transformée en église à travers le temps, elle a retrouvé ses allures d’origine dans les années 1800. 

Plus centrale, la basilique, très vaste, était la plus grande de l’Antiquité et incarnait le siège et le pouvoir de l’Empire romain. Rien que ça. Et pourtant, ce jour-là, ça ne se bousculait pas au portillon pour la visiter. 

Pas plus que pour entrer dans l’impressionnante et monumentale église Notre-Dame. Son vaste parvis était presque désert. Il faut dire que les nuages gris décourageaient peut-être les fidèles et les touristes de mettre le nez dehors. Ça n’empêchait pas une femme de beugler des messages religieux dans un porte-voix, à une extrémité de la place. 

Bourlingueur

La décennie autour du monde

«C’est quoi le mot de passe du wi-fi? » est sans doute la question la plus souvent posée dans les hôtels, mais aussi les restaurants un peu partout sur la planète. Plus souvent qu’« où sont les toilettes? » et « Une autre bière s’il vous plait! » j’en suis convaincu.

Voilà la première chose qui me vient en tête quand je me demande en quoi la décennie a changé en matière de voyage. Les prises USB ou les prises de courant se sont multipliées pour recharger les appareils des touristes, les mots-clics, la promotion pour les endroits les plus instagrammables et les perches à égoportraits ont aussi envahi le marché. 

Cette technologie m’a tiré du pétrin des dizaines de fois. Il me démange néanmoins de me lancer à nouveau sans cette béquille pour voir ce que je serais en mesure d’accomplir. 

Dix ans, c’est beaucoup dans une vie. Pour le Bourlingueur que je suis, c’est partir de presque zéro, vaincre la peur de voler et déployer mes ailes des dizaines, voire des centaines de fois. Ces dix ans m’ont fait sortir de l’Europe, vivre sur la route pendant six mois, mené dans des régions sauvages, arides ou surpeuplées. J’ai appris à faire du pouce, à trimballer ma propre bouteille d’eau pour réduire les déchets que je produis, à conduire dans la voie de gauche sur une autoroute australienne. 

La dernière décennie, ce sont les avions qui tombent par erreur, le terrorisme qui surgit dans les foules assemblées, l’urgence climatique qui donne envie de rester chez soi pour donner un peu d’air à une planète qui étouffe. C’est beaucoup de découvertes, d’enseignements et de remises en question, aussi, pour peu qu’on se donne la peine de s’intéresser à l’autre.

En dix ans, les souvenirs impérissables auront été nombreux. Mon cœur s’est un peu arrêté devant la puissance des déferlantes d’Ocean Beach, à San Francisco. Leur souffle m’a fait vaciller sur mes jambes devenues trop molles. 

Que dire des plats typiques mexicains, des tacos aux salades de cactus, en passant par les cévichés et le mole? Ce grand pays coloré à l’héritage complètement fou se trouve tout juste au bout de nos doigts et offre tellement plus que les plages de Cancún et de Playa del Carmen. 

Comment oublier les 45 kilomètres de randonnée vers le Machu Picchu, où il m’avait fallu trouver une aiguille et du fil, au milieu de nulle part, pour réparer mon unique pantalon qui ne me couvrait plus complètement? Ou encore la jungle de Bolivie, ses oiseaux aux allures préhistoriques, son tapir domestique et ses singes hurleurs qu’on entend plus qu’on ne les voit? Cette Amazonie nous aspire, nous oblige à reconsidérer le respect pour cette nature imposante.

En dix ans, j’ai appris le lâcher-prise devant l’immensité d’un périple de six mois qu’il était impossible de planifier sans se tromper. Au pied d’un glacier de Nouvelle-Zélande, j’ai mis ma confiance dans le moment présent et j’ai avancé. 

Avancé vers mon premier choc culturel dans une Chine grouillante de vie, de bruit, de surstimulation. Je devenais pour la première fois une minorité visible. L’anglais ne me suffisait plus à me faire comprendre. Je me suis adapté. Pas le choix. 

Comme en Inde, où le train, le bus local, le taxi conduit à trop grande vitesse m’ont donné des sueurs froides et offert d’inoubliables rencontres. Quand on a peur un peu, on s’accroche à celui qui nous sourit. Là aussi, on s’en remet à la bonté d’étrangers pour retrouver notre route et arriver à bon port. 

Le bourlingueur

À tous ceux qui veulent changer le monde

CHRONIQUE / À quand remonte la dernière fois que vous avez changé le monde? Hier ou aujourd’hui probablement. Ou jamais, diront les plus pessimistes. Si vous ne savez pas, c’est probablement juste parce qu’on ne vous l’a pas dit. On est tous le battement d’aile d’un papillon qui provoque des ouragans, plus ou moins heureux, à l’autre bout de la planète.

On est tous un ouragan qui renverse des inconnus, autant que nous nous noyons dans l’écume des vagues que d’autres provoquent du moindre sourire. Quand on met sa vie dans un sac à dos, sur les roulettes d’une valise souvent aussi lourde que notre cœur angoissé de partir, on change le monde comme si on écrivait notre nom dans l’écorce d’un grand arbre. Au canif ou au couteau suisse. Avec ou sans le cœur autour, c’est selon.

Le Bourlingueur

Cologne, acte 2

Cologne, c’est bien plus que sa grande cathédrale inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est des quartiers bien diversifiés qui donnent l’impression qu’on a agglutiné plusieurs petits villages pour en faire une grande communauté. C’est aussi l’efficacité du transport en commun et de la mobilité durable.

Juste avant que Montréal accueille ses premières trottinettes électriques, j’ai expérimenté celles de Cologne, en Allemagne. Sont pareilles ici et là. Sauf qu’on peut les utiliser sur des pistes cyclables très clairement marquées dont les corridors sont souvent peints en rouge ou en vert. Ceux qui se sentent moins équilibristes peuvent opter pour le vélo en libre partage.

Dans une ville à la topographie aussi planche, avoir deux roues est beaucoup plus rapide que d’utiliser ses deux jambes. Même une promenade a été aménagée le long du Rhin. Mais côté rapidité, rien ne battra le métro ou le tram, qui permettent aussi de sillonner de bonnes portions du territoire. 

Mon grand coup de cœur aura été le quartier d’Ehrenfeld, qui a déterré le gamin hipster profondément enfoui dans le fond de mes talons. Les petits cafés l’air de rien, minimalistes dans le mobilier, côtoient les épiceries en vrac et les librairies où on peut aussi se boire une tasse. L’art de rue y est omniprésent, qu’il témoigne des horreurs et de l’héroïsme de la guerre, qu’il envoie des messages socialement engagés ou qu’il transforme le mot « fuck » en « lucky » grâce à deux petites altérations.

Je m’y suis plu parce que je n’ai pas senti de prétention, parce qu’on est loin des ruelles commerciales du centre, aussi, en termes d’atmosphère. Là, dans un café, une maman en train de siroter une infusion avec une amie m’a tendu son poupon pour que je le surveille le temps qu’elle règle une petite urgence biologique. On a tous des amis inconnus sans le savoir, semble-t-il.

Et malgré mes yeux grands comme des oranges et mes efforts pour scruter toutes les ruelles et tous les murs colorés qui méritaient mon attention, j’ai réussi à manquer la plus grande mosquée de Cologne, bâtiment à l’architecture moderne contenant une pincée d’excentricité. 

Le quartier belge est plus branché. Il regorge de restaurants, de terrasses, de bars de toutes sortes. Dans les grandes villes, on peut boire un verre dans un bar petit comme ça avec des dizaines d’autres noctambules. Ou se retrouver dans un endroit complètement éclaté comme le café-bar Die Wohngemeinschaft.

L’endroit, aussi un hôtel, accueille les touristes dans ses chambres toutes plus disjonctées les unes que les autres. Les lits peuvent avoir la forme d’une fusée ou être installés dans une grande chaloupe. D’autres chambres sont munies d’un mobilier contemporain ou sont rehaussées d’une murale kitsch d’un couple qu’on dirait sorti d’un roman Harlequin. 

Le côté bar, lui, ouvert à toute la population, prend les airs d’un appartement moyen avec différentes pièces thématiques où se poser avec son verre. Près de l’entrée, un lit vieillot est installé dans une fausse chambre ornée de tapisserie fleurie. On s’y échoue si la journée a été longue. Les plus hippies prendront place sur la banquette d’un Westfalia, stationné dans la pièce d’à côté. 

De jour, on préférera peut-être les randonnées le long du Rhin, à vélo si on souhaite atteindre des plages relativement désertes un peu au nord, ou à pied pour profiter de la verdure du Rheinpark. De là, on change de rive en empruntant le pont… ou en montant dans un téléphérique. 

Le bourlingueur

Cologne sait se raconter

CHRONIQUE / «Ce n’est pas une ville où il y a beaucoup de choses à visiter pour quelqu’un comme toi… » Ça, c’est mon ami Chris qui m’accueillait chez lui, à Cologne en Allemagne, avec la plus faible confiance du monde dans sa ville pourtant tellement jolie. Ça, c’est encore mon ami Chris, qui sous-estime grandement ma capacité à m’émerveiller.

Le copain allemand s’imaginait que l’Europe avait bien peu à offrir quand on s’était promené sur des continents un peu plus loin de nos origines de Caucasiens. Pourtant, déjà, j’étais impressionné par le train régional qui m’avait attendu à l’aéroport de Francfort et qui, comme un métro doté d’écrans pour suivre le nom des stations, m’avait conduit à Cologne en une heure coupée en deux.

Le Bourlingueur

Sur la route avec Alexandre

CHRONIQUE / Demandez-moi où nous nous sommes rencontrés, Alexandre et moi. C’est qu’il y a de ces noms de ville qu’on ne prononce jamais et qui se placent comme si de rien n’était, dans une conversation, avec l’assurance de vous tatouer des points d’interrogation au fond des yeux.

J’ai serré la pince d’Alexandre Paquin, Louperivois de dix ans mon cadet, pour la première fois à mon arrivée à Cluj-Napoca, une ville universitaire un tantinet branchée de l’ouest de la Roumanie. En vérité, le hasard était le fruit d’une préméditation nonchalante.

Le jeune gaillard, barbu par la force du voyage, rêvait de tour du monde. Il avait le rêve tenace, comme sa préparation qui l’avait amené à lire tout ce qui s’écrit sur la blogosphère en matière de bourlingue. Dans son sac à dos, il avait emmagasiné les trucs des globe-trotters expérimentés, du choix de tissu de ses t-shirts aux médicaments qu’il trimballait par précaution.

Les poules mouillées comme moi ne se trempent que l’ongle du gros orteil lors d’une première incursion à l’étranger. J’avais choisi la France, l’Espagne, où le choc culturel se résumait à chercher la différence entre l’espagnol et le catalan. Alexandre, lui, avait plongé. Avec des amis, il s’est enlisé dans les dunes de la Namibie, a parcouru l’Afrique du Sud. L’appel de l’Europe de l’Ouest n’avait pas fait entendre sa sonnerie. Même pas fait sentir sa vibration.

Il a poursuivi en solo en Hongrie, où il a noté sur les médias sociaux que je me prenais pour Dracula vers Bucarest, dans l’État voisin. Cluj-Napoca traçait une médiane entre nos deux ancrages. Je me dirigeais vers l’ouest. Sa flexibilité l’a convaincu de sauter la frontière. Nous avons pris le risque de nous saluer, d’échanger avec l’accent québécois à l’autre bout de l’Europe.

Nous avons trouvé la poutine d’un restaurant canadien de Cluj, joué au mini-golf dans une mine reconvertie de Turda, fait un tour de chaloupe en pagayant comme des débutants en dérive au fond de la même mine et faussé compagnie à des voyageurs fêtards pour dénicher un gâteau au fromage dans un restaurant qui s’apprêtait à fermer.

Réunis par la même passion de ne pas être chez nous, de déjouer le quotidien dans une langue que nous ne comprenons pas, nous nous sommes rapidement posés sur la même longueur d’onde. Il avait planifié un an sans domicile fixe; je lui racontais mes six mois à découvrir le monde. Il se disait fasciné par l’Éthiopie, entre autres, mais prévoyait s’enligner davantage vers l’Asie. Et il était toujours prêt à chasser le dessert pour combler sa dent sucrée.

Nous étions faits du même moule et avons convenu de traverser le nord du pays en voiture de location. L’épopée ayant mal tourné, nous nous sommes plutôt envolés vers Iasi, d’où il reprendrait l’exploration solo vers la Moldavie, l’Ukraine et la Turquie. Il ne suivait déjà plus son itinéraire de départ.

Il a entendu les combats de Syrie, à Mardin, une ville du sud de la Turquie délaissée par les touristes. Alors qu’il avait oublié son passeport, les autorités lui ont demandé s’il revenait de faire le djihad. 

Il a pris goût aux zones moins explorées, a succombé pour le Liban, qui me faisait de l’œil, alors que j’optais finalement pour l’Éthiopie, berceau de l’humanité dont nous avions tant parlé. 

Notre rencontre remontait à trois mois, quatre au plus.

Il a pourtant repris le crayon à dessiner pour gruger encore plus dans son crédit de flexibilité. Il a traversé l’Égypte et Djibouti pour arriver en même temps que moi à Bahir Dar, en Éthiopie.

Encore des inconnus en début d’année, nous nous entendions rapidement sur les décisions qui nous feraient voir des monastères traditionnels, des lieux de pèlerinage, des églises monolithiques et des chapelles perchées à 2000 m d’altitude. Voyager avec Alexandre, c’était comme parcourir le monde avec mon double, qui confirme ou infirme mes instincts, mais qui tombe dans les mêmes panneaux que moi quand mes talents de négociateur font défaut. Même à deux, nous n’avions pas la patience longue avec les arnaqueurs.

Le bourlingueur

Les yeux grands pour la ville de Luxembourg

CHRONIQUE / Naviguer la ville de Luxembourg en voiture paraît facile et compliqué à la fois. Pour une capitale, elle se fait discrète, assurément calme, tellement qu’elle se présente sans s’imposer. On réalise qu’on l’a rencontrée alors qu’on a presque déjà atteint son cœur.

Luxembourg-Ville avait presque vidé ses rues pour mon arrivée, ce qui ne rendait pas nécessairement le pilotage plus facile en raison des nombreux sens uniques et de la présence d’un tramway. À première vue, c’était un peu comme être dans une grande ville suisse qui se serait découvert une personnalité flamboyante.

Mine de rien, en contournant la Ville-Haute, je me suis retrouvé sur le boulevard Victor Thorn au moment où le soleil se dégourdissait les derniers rayons avant de les mettre au lit pour de bon. Les fenêtres de l’horizon s’illuminaient comme des dizaines de petits lampions. Le boulevard, comme une corniche au bord d’une falaise, offre un panorama saisissant où la ligne d’horizon fait une chute vertigineuse vers les quartiers de la basse ville.

On dit que c’est beau, Luxembourg-Ville, mais personne n’avait jamais mis en mots la beauté qui s’offrait à mes yeux. Le paysage me surprenait comme un baiser en pleine gueule qu’on n’attendait pas. Je venais de recevoir un gros « french » d’une capitale dont le vieux quartier est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Probablement que la première impression ne peut être meilleure qu’à la tombée de la nuit, quand la moitié des gens animant la ville pendant la journée quittent Luxembourg-Ville pour rentrer chez eux. Les airs mystiques de la Ville-Haute, mais surtout du Grund, ne sont nullement troublés par les citoyens ou touristes faisant la fête. 

Dans la nuit naissante, je suis parti à pied du quartier de Clausen pour remonter sur le boulevard Victor Thorn, marcher un peu sur le chemin de la Corniche et descendre vers le Grund, où les terrasses, à la différence du personnel des restaurants, sont accueillantes. J’ai marché tout ça avant de découvrir qu’un ascenseur permet de ménager les mollets fatigués entre la haute et la basse ville. 

Après les vues imprenables du haut des fortifications, c’est l’aperçu en contre-plongée à partir de la rue Münster, qui traverse l’Alzette, qui m’a coupé le souffle. Décidément!

Mais ne vous en faites pas, on s’habitue à aimer la ville de Luxembourg, où je vivrais bien, même si le coût de la vie y est, semble-t-il, très élevé. On s’en doute en recevant l’addition au restaurant. 

Parlant de l’Alzette, la rivière est bordée de sentiers magnifiques idéaux pour de longues promenades. L’église Saint-Jean-du-Grund, jolie sous tous ses angles, en est l’un des attraits phares, surtout pour sa silhouette. Le monastère Neumünster, attenant, a été transformé en centre d’arts qu’on visite gratuitement sans grands débordements de contemplation. Mais on trouvera aussi quelques curiosités le long de la promenade, comme cette statue moderne de la sirène Mélusine, qui rappelle un des mythes fondateurs de Luxembourg-Ville.

Elle est fascinante, cette ville remplie d’histoire, entre autres grâce à ses fortifications et à ses casemates. Le guide pour une de mes visites n’hésitait d’ailleurs pas à qualifier la ville de « Gibraltar du Nord », en raison de la presque impossibilité de la faire tomber lors d’attaques militaires. Luxembourg-Ville a d’ailleurs été l’une des plus grandes forteresses de l’Europe moderne. 

Le même guide raconte que certains murs des fortifications n’ont jamais été démantelés, par chance, parce qu’ils permettent littéralement à la Ville-Haute de tenir debout.

Le bourlingueur

La partie de balle maya

CHRONIQUE/ Le Festival de las Animas battait son plein à Mérida, dans la péninsule du Yucatan. Comme partout au Mexique, les activités du jour des Morts se succédaient jour après jour, soir après soir. Mais en ce qui me concerne, ne le répétez surtout à personne, c’est la partie de balle maya présentée chaque vendredi qui nourrissait mon impatience.

Le concept avait toujours été un peu flou dans mon esprit depuis que j’avais vu ces deux grands anneaux de pierre accrochés dans une arène d’un autre temps, dans le site archéologique de Chichén Itzá. Le juego de pelota, comme ils le désignent en espagnol, ou pok ta pok, consistait pour deux équipes à faire voler une balle de caoutchouc, en la frappant avec les hanches, avec l’objectif de la faire passer dans un anneau surélevé.

Le bourlingueur

Magique jour des Morts

CHRONIQUE / La foule se dirige en essaim vers l’entrée du cimetière général, marquée par une énorme barrière de fer. Le cortège ralentit et s’immobilise par manque d’espace. Déjà, le long de la rue 66, qui s’enfonce dans le Cementerio General de Mérida, au Mexique, curieux et festivaliers s’entassent en attendant la procession des âmes, le Paseo de las Animas.

Le 31 octobre en soirée, en pleines célébrations du jour des Morts, la procession anime toute la ville. Au cimetière, à la lueur des chandelles, la fébrile magie s’empare d’un cortège qui entraînera à sa suite des centaines de touristes ou citoyens rassemblés à la mémoire de disparus. Déjà, quantité d’entre eux arborent un maquillage squelettique, le visage blanchâtre, les yeux et le nez nimbés de noir.

Le bourlingueur

De château en château au Luxembourg

CHRONIQUE / La nuit était partie sur la pointe des pieds, mais avait tout de même réveillé les oiseaux d’Asselborn, dans le nord du Luxembourg. Ils piaillaient à travers le bruit du ruisseau qui grondait sous la fenêtre du vieux moulin où j’avais passé la nuit.

Asselborn, c’est la campagne verdoyante, des rues désertes, des sentiers où se perdre en nature. Asselborn, avec ses quelque 400 habitants, c’est un exemple sans artifice de la beauté du Luxembourg, qu’on explore de village en village pour son calme, pour ses panoramas que les touristes n’ont pas encore inondés. Contenons donc notre émerveillement pour éviter qu’il contamine trop de visiteurs à la fois.

Le bourlingueur

Artisanat et Petite Italie au lac Atitlan

CHRONIQUE / Le plan de visiter un chaman à San Pablo La Laguna, sur les rives du lac Atitlan, venait d’échouer. Le village guatémaltèque, aussi touristique que le fond de ma botte, est tellement petit qu’il ne possède pas de quai pour accueillir les lanchas, ces navettes reliant les communes par la voie de l’eau.

J’ai marché une partie de la route vers San Juan La Laguna, le village voisin, avant de constater qu’il me faudrait vraisemblablement héler un tuk-tuk. Pour environ un dollar, il mettrait une dizaine de minutes à contourner les cratères creusés dans le bitume avant de me laisser descendre à destination.

Le Bourlingueur

Le Mexique des Mexicains

CHRONIQUE / Mon dernier passage au Mexique ne s’est pas déroulé comme prévu : peu de visites touristiques. Au lieu de monter dans un bus ou une voiture pour explorer de nouveaux villages ou de nouveaux « pueblos magicos », j’ai tiré la plogue et j’ai regardé la vie passer à Monterrey, au nord, dans l’État du Nuevo León.

Les « pueblos magicos », ce sont des « villes magiques », des villes ou des villages ayant reçu une appellation pour leur importance historique, leur culture, leurs légendes… Attirants non pas pour leur proximité avec une plage, mais pour leur architecture ou leur atmosphère, ils sont considérés comme des incontournables.

À Monterrey, on est loin de la ville magique. Le passé industriel demeure bien présent, entre autres dans le parc Fundidora, où l’ancienne aciérie a été transformée en musée. On est aussi dans la troisième ville en importance dans le pays, avec plus de quatre millions d’habitants dans la zone métropolitaine qui y est rattachée. 

Parce qu’il s’agit d’un pôle commercial où se trouvent de nombreux sièges sociaux, la proximité avec les États-Unis aidant, Monterrey est l’une des villes les plus riches du Mexique. Le Mexique des Mexicains que j’y ai observé n’est donc pas complètement représentatif du reste du pays. Mais m’arrêter aux détails m’a tout de même ouvert les yeux.

Monterrey a beau être riche, elle n’est pas parvenue à développer efficacement son réseau de transport. La congestion routière y saute au pare-brise. À moins de circuler à des heures improbables, les chances d’avoir le nez rivé à la plaque d’immatriculation devant soi sont plus qu’élevées. Et à défaut de prévoir ses déplacements, on arrivera forcément en retard à destination. 

Les routes sont donc omniprésentes et elles sont pour la plupart longées de centres commerciaux où sont regroupés des bureaux de spécialistes, des boutiques et des restaurants. Quantité d’entre eux sont vitrés, sur deux ou trois étages. La circulation se fait sur des espèces de balcons à l’extérieur.

La Ville s’étend d’ailleurs à une vitesse folle. Si les centres commerciaux poussent comme des champignons, les quartiers résidentiels apparaissent aussi aux confins du territoire. Au diable l’étalement urbain. On rase tout et on bâtit des complexes entourés de grands murs. À l’intérieur, toutes les maisons sont collées. Toutes les maisons sont pareilles. Et il faut une carte magnétique pour s’aventurer dans le périmètre. Pour supporter la chaleur, à défaut d’arbres sur des espaces gazonnés inexistants, on installe l’air conditionné à tous les étages.

Vers le centre-ville, les gratte-ciel d’appartements et de bureau se multiplient eux aussi. D’ici quelques années, c’est à Monterrey qu’on devrait trouver le bâtiment le plus haut de toute l’Amérique latine. Il devrait surpasser la Gran Torre, de Santiago au Chili, qui compte une soixantaine d’étages et 300 mètres de hauteur.

Comme bien des villes mexicaines, Monterrey compte un vieux quartier aux allures coloniales. Le dimanche, le marché qui y est déployé attire les foules, autant pour son artisanat que pour ses babioles destinées aux touristes. Quelques institutions branchées, bars ou restaurants, attirent également le regard.

Bourlingueur

Dimanche au marché de Chichicastenango

CHRONIQUE / Au bout de la 6e Avenue, où la foule avait été dense d’un bout à l’autre, les bouffées d’air commençaient à venir plus facilement. Pour descendre la rue construite en grosses pierres, perpendiculaire sur la gauche, la 3e Avenue, il fallait manœuvrer entre les vieilles camionnettes remplies à craquer qui menaçaient de s’ébranler à tout moment.

L’espèce de trottoir largement surélevé, en banquette, servait de siège pour une grande quantité de femmes et d’enfants qui attendaient vraisemblablement qu’on les récupère en même temps que leurs emplettes. Entassées les unes sur les autres, les dames en habits traditionnels tenaient qui un grand panier, qui un poulet qui ne bronchait pas.

Et à l’autre intersection, au bout de la 7e Avenue, les voitures s’avançaient doucement à travers les piétons fourmillant de tous les côtés.

Bienvenue à Chichicastenango, une ville de 150 000 habitants de l’ouest du Guatemala qu’on visite principalement le jeudi ou le dimanche pour son marché public. Celui-ci est considéré comme un des plus impressionnants d’Amérique centrale.

Ce jour-là, c’était dimanche. Au fond du marché, au bout de la dernière rue achalandée, à cette intersection où les femmes patientent et les camionnettes se faufilent dans les passages étroits, la population locale vend ses animaux. Planté sur le coin de la rue, j’observe cette valse qui ne ressemble en rien aux marchés touristiques auxquels je suis habitué. 

Un homme va et vient, avec sur le dos un énorme panier circulaire dans lequel sont accroupis une dizaine de poulets. Une espèce de gros filet fait de cordages le recouvre pour éviter que les volatiles s’enfuient. Les bêtes sont déposées à l’arrière d’un camion, dans des paniers qui s’empilent les uns sur les autres.

De l’autre côté de l’intersection, une femme un peu ventrue tire deux poulets, par les pattes, d’un grand sac de jute blanc. Elle leur secoue les plumes un peu, semble se plaindre de leur état de santé avant de les reposer dans les sacs. Elle en trouvera d’autres ailleurs.

Tout près, en plus des poulets, des canards et des oies se partagent un autre panier. Un petit schnauzer attend lui aussi de trouver preneur. 

Un dindon, debout en bordure de rue, retenu par une corde accrochée à une patte, demeure immobile. Il fait fi des trois chatons d’au plus un mois qui s’emmêlent sous son plumage. « Trois dollars pour ce chaton » annonce une femme avant que sa voisine ne lui fasse concurrence en ne demandant que quatre caribous. Un gros dollar pour un chaton alors qu’on exige trois fois plus pour une poule maigrichonne. 

Je suis reparti vers la Plaza, cette place centrale au cœur du marché public, dans une rue où on grillait de la viande et où les tortillas de maïs jaune ou mauve cuisaient sur une plaque chaude. 

En m’approchant de la chapelle del Calvario, une petite église blanche construite au sommet d’une volée de marches, les marchands habitués aux touristes se font plus nombreux. La sollicitation devient bien présente. On tente de nous refiler des ceintures, des vêtements et des produits de l’artisanat.

Le bourlingueur

Aix-la-Chapelle et les trois frontières

CHRONIQUE / Passer dans quatre pays la même journée, ça se peut. Surtout en Europe, où les frontières sont tellement proches les unes des autres qu’on les traverse presque sans le remarquer.

C’était prévu que je taquine les frontières ouest de l’Allemagne en louant une voiture qui me conduirait du nord au sud du pays. En partant de Cologne, sachant que je décollerais ensuite de Zurich, j’envisageais la tournée du Luxembourg, un crochet vers l’Alsace et une traversée de la Forêt Noire.

Le bourlingueur

Sur la route avec Chrissy

CHRONIQUE / Varkala, sud de l’Inde. La grande plage de la petite ville touristique était bondée d’étrangers. À l’écart, dans un secteur encore boisé, aux derniers jours d’un mois au pays de Gandhi, je regardais le temps passer sur la terrasse de mon auberge de jeunesse tout aussi bondée.

C’était le genre d’auberge où on avait construit sans tout raser. Outre le bâtiment principal, où des dortoirs avaient été aménagés, de petits bungalows paisibles avaient été érigés entre les arbres.

Le Bourlingueur

Jamais apprivoisé

CHRONIQUE / Jamais! Un mot comme une enclume qui nous cale les pieds dans un sable mouvant, incontestablement, un peu plus vers le fond au fur et à mesure qu’on allonge ses syllabes pourtant si courtes.

Jamais! Un mot comme un animal qui refuserait de se laisser apprivoiser, qui nous enfonce ses crocs dans la peau chaque fois qu’on allonge la main, un tambour qui résonne, lancinant, en écho, pour sonner une finalité, un mur qu’on frappe sans réaliser qu’on peut le contourner. 

Je réfléchissais au mot jamais. À son sens profond. Au deuil des endroits, des gens, des moments qui ne reviendront plus. J’y réfléchissais dans le contexte du voyage et de l’acceptation qui, avec l’âge, la sagesse peut-être, laisse planer une paix un peu plus grande que la fois d’avant, quand je rentre au bercail.

Jamais et la paix qui vient rarement avec, j’avais l’impression de les avoir emprisonnés un brin, au creux de ma main, et de les avoir secoués tellement fort qu’ils avaient commencé à s’entremêler.

Mais voilà que la nouvelle est tombée, par un après-midi de septembre, dans un message accompagnant une photo de deux complices joyeux sur mon fil Facebook. Joao est parti. 

Subitement.

Joao, c’est le gars qui dormait tellement fort, à l’accueil de son auberge de jeunesse de Sao Paulo, qu’il ne m’a pas entendu sonner, à mon arrivée au milieu de la nuit. C’est lui qui ronflait si paisiblement sur le canapé, quand une autre cliente m’a laissé entrer, que je n’ai pas osé le réveiller.

C’est son pote Felipe qui, au moment de prendre le quart du travail de la matinée, m’a accueilli et m’a conduit à ma chambre. L’auberge avait ouvert cinq jours plus tôt : un projet entre deux grands amis qui faisaient tout eux-mêmes, qui avaient décidé de passer plus de temps ensemble.

C’était il y a sept ans. J’avais salué Joao une ou deux fois par jour, sans plus. Mais nous sommes devenus amis sur Facebook. Nous nous sommes suivis, apparemment, à distance, sans jamais échanger un mot de plus. Quelque part, loin, loin dans un horizon trop loin pour qu’on imagine à quoi il pourrait ressembler, planait la promesse que nous nous reverrions peut-être. Que nous parlerions peut-être pour vrai, avec l’impression que nous nous connaissons. Mais il est parti, quelque part dans la trentaine.

Mon petit choc à moi n’a rien à voir avec celui des proches ayant perdu un des leurs. Mais il m’a rappelé que les gens, les lieux, les moments nous sont prêtés. Qu’on finira par croiser des gens de partout qui iront leur chemin et ne reviendront peut-être jamais vers le nôtre. 

Le bourlingueur

Passage éclair à Bâle

CHRONIQUE / Mauvaise idée. C’était l’expression qui me tournait en tête, vers les 21 h, dans le Grand-Bâle, où les rues quasi désertes s’enfonçaient dans une noirceur d’un silence troublant. Bâle, troisième ville la plus peuplée de Suisse, respire le calme à la tombée de la nuit.

« You know… That’s Basel », m’a répondu l’employée de l’hôtel quand je lui ai demandé si j’étais tombé sur une soirée d’exception. Apparemment pas. Mais, recommandait-elle, il fallait traverser le Rhin vers le Petit-Bâle pour profiter de l’animation nocturne.

Le bourlingueur

Les 300 ans du Liechtenstein

CHRONIQUE / Cinq ans! Cinq ans que je cassais les oreilles d’un ami européen avec mon envie de poser les pieds au Liechtenstein. Cinq ans que j’étais fasciné par ce petit pays enclavé entre l’Autriche et la Suisse. Le hasard faisant bien les choses, j’y passerais par le plus grand des hasards le jour où on soulignerait avec force son 300e anniversaire de création.

Non, mais les coïncidences font parfois bien les choses.