Bière

Virée en Gaspésie (2e partie)

Pendant l’été, Philippe vous propose un carnet de bord au gré de ses rencontres et découvertes sur les routes du Québec, mais également d’Europe. « Sur la Route avec Philippe » est une chronique estivale qui donne le goût de voyager pour la bière. Le voici en Gaspésie pour cette chronique en deux parties.

À la vôtre

Bio depuis 400 ans

CHRONIQUE / La famille Amoreau tient les rênes du Château

Le Puy depuis 1610, sans jamais avoir succombé aux diktats de performance de l’industrie (lire l’usage de produits chimiques). À l’avant-garde depuis 408 ans, la famille s’inscrit comme une précurseure du mouvement sans soufre et de la culture dite bio et biodynamie à Bordeaux.

Récemment de passage à Montréal, Jean Pierre Amoreau, vigneron de 13e génération, et sa famille présentaient 20 ans de leur cuvée Barthélemy (1994-2014), vin issu de la parcelle « les Rocs » — terroir faisant l’objet d’une demande d’appellation monopole auprès de l’INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité). Avant même de déguster les vins, ça détonne. Le discours du vigneron est méditatif, empreint d’émotion, déstabilisant. Déstabilisant parce qu’il n’est pas commercial, mais humain, tendre et poétique. L’amour pour la nature et la vigne est palpable. Il ne s’agit pas de faire du vin pour du vin, mais de faire symbiose avec la nature afin de lui emprunter son énergie dans son expression la plus pure. Le respect pour le consommateur est tout aussi tangible. « Il s’agit de créer du bonheur, tout simplement », lance Jean Pierre, sincère.

Depuis les années 50, le domaine entretient un écosystème où il fait bon vivre pour la vigne. Situé sur le même plateau calcaire que Saint-Émilion, le terroir « Le Puy », historiquement appelé « le coteau des merveilles », est riche d’une diversité biologique composée de forêts, d’étangs, de champs et de vergers. Sur tout le domaine, aucun produit chimique n’a touché les vignes en 400 ans. Pas d’engrais chimique, d’herbicide ou d’insecticide de synthèse, nenni. Des pulvérisations de presle, d’ortie et d’osier, plutôt. Ah, et le hangar à tracteurs a été troqué pour une écurie.

Le vigneron-poète parle du raisin et de la vigne comme de la matérialisation de l’énergie (soleil, terre, eau, etc.) « Le vin ensuite transformé par les levures deviendra à son tour énergie. Si on utilise des levures de synthèse, il y a une déviation de l’expression », explique Jean Pierre.

Au chai, la fermentation par infusion (comme du thé) est donc menée par les levures indigènes. L’absence de remontages diminue l’apport d’oxygène et confère aux tannins un caractère très particulier. Au terme de l’élevage, les vins ne sont ni filtrés, ni collés, ni sulfités. Des vins véganes de facto, donc.

Le nom du cru Barthélemy n’est pas anodin. Il rend hommage à l’arrière-arrière-grand-père de Jean Pierre, celui-là même qui a découvert comment faire un vin sans ajout de soufre en 1868. La cuvée prend forme sur la parcelle « les Rocs », terroir dont la famille Amoreau souhaite faire reconnaître l’unicité. Une telle reconnaissance pourrait leur valoir leur propre appellation, « Le Puy », comme l’ont déjà obtenu d’autres propriétaires de terroirs exceptionnels déjà compris dans une appellation d’origine existante, comme château grillet (auparavant condrieu).

À la dégustation, Barthélemy (SAQ : 13 670 097 — 170,25 $)* tranche avec le style auquel nous a habitué Bordeaux. D’abord, cette absence de produits de synthèse qui se traduit par une minéralité accrue dans le vin, puis cet équilibre impeccable, ce bois subtil parfaitement intégré et le dépaysement total qui s’ensuit. De 2014 à 1994, les arômes de cuir, balsamique et fines herbes se suivent et se succèdent tandis que la fraîcheur persiste et signe.

Le Bourlingueur

Le ramadan un jour de sabbat

CHRONIQUE / Le train n’entrait pas en gare à l’aéroport Ben-Gourion. Les bus ne transportaient pas les touristes vers Tel-Aviv non plus. Samedi matin, un peu avant le dîner, mon avion s’était posé en Israël. Samedi, jour du sabbat.

Le sabbat, dans le judaïsme, constitue la journée du repos. Il s’amorce le vendredi soir et prend fin en début de soirée le samedi. Pendant cette période, les juifs pratiquants s’abstiendront de travailler, d’utiliser un véhicule motorisé, d’allumer ou éteindre un feu ou de cuisiner. Arriver dans le pays le jour du sabbat signifie donc qu’il faut se tourner vers les taxis ou la location de voiture pour s’éloigner de l’aéroport.

Selon la ville qu’on visite, peu ou très peu de restaurants ouvriront le vendredi soir. Idem pour les magasins le lendemain. Mais il y a fort à parier que les touristes réussiront à trouver de quoi se mettre sous la dent. Plusieurs attractions sont aussi fermées dans la journée du samedi.

J’ai commencé à prendre conscience de la nécessité de m’organiser pour composer avec le sabbat environ une semaine avant le départ. J’ai par contre réalisé que j’arriverais en Israël aussi pendant le ramadan alors que j’avais déjà deux ou trois falafels derrière la cravate. Ça expliquait les activités au ralenti, en journée, dans les quartiers musulmans.

La table était donc mise pour un vendredi bien plus que particulier à Jérusalem, où il faut absolument, semble-t-il, expérimenter le sabbat.
Un bon vendredi, peinard, j’ai échafaudé un plan au fur et à mesure que je me tirais du sommeil. Je me fondrais à la foule en préparation du sabbat avant de traverser la vieille ville vers le mont des Oliviers, ponctué de lieux religieux, d’un immense cimetière, et d’une vue imprenable sur la vieille ville.

Le crochet initial m’a fait passer par Mea She’arim, le plus vieux quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem. Avec leurs habits noirs et leur chapeau noir, ou dans quelques cas, leur schtreimel, un chapeau de fourrure, les hommes déambulent à la recherche de provisions avant le début du sabbat. Les marchés sont bondés de même que les pâtisseries.

À l’approche de la vieille ville, la rue du Sultan Suleiman, près de la porte de Damascus, avait été bloquée. Des autobus y étaient entassés comme des petits pois dans une boîte de conserve. Tous vides. À première vue, j’ai cru que c’était pour le sabbat, puisque plusieurs routes sont effectivement fermées du vendredi au samedi.

En traversant la porte de Damascus, qui perce les fortifications de la vieille ville, j’ai entendu l’appel à la prière. Des hommes couraient pour semer le retard qui les empêchait encore de se recueillir. Sans ce retard à mes trousses, j’ai arpenté les rues étroites en mode contemplation, surtout qu’elles étaient étonnamment calmes si ce n’était la présence de dizaines de policiers aux coins des rues.

Erreur.

Ces autobus qui formaient un train immobile avaient déversé un flot de dizaines de milliers de pèlerins dans l’enceinte de la vieille ville. Pour midi, ils s’étaient dirigés à la mosquée al-Aqsa du mont du Temple, où se trouve aussi le dôme du Rocher, un des sites les plus photographiés au monde, mais surtout, un des sites les plus importants de l’islam. La prière terminée, tous se sont élancés vers les sorties de l’enceinte dans un mouvement de foule aussi fort qu’une marée.

Bourlingueur

Les détonations du Golan

CHRONIQUE / «Vous êtes certaine qu’il n’y a pas de problème à ce que je conduise vers le nord », que j’ai demandé à Riki, la sympathique propriétaire du Safed Inn, un hôtel/bed and breakfast de la petite ville de Safed, aussi appelée Zafed ou Tsfat, dans le nord-est d’Israël.

« Nous écouterons la radio demain matin, mais il n’y a pas eu d’alerte depuis deux semaines », qu’elle me répond.

Rassurant!

C’était en mai. Un peu moins de deux semaines après les dernières alertes au tir de roquette sur le Golan. Plus tôt dans le mois, on annonçait des échanges de tir entre l’Iran, depuis le nord de la Syrie, et la partie du Golan occupée par Israël. On évoquait donc des dangers pour les voyageurs, surtout à l’est de la route 98.

On décrit pourtant le Golan comme le paradis des randonneurs. On y trouve des montagnes magnifiques qu’on recommande d’explorer prudemment. « Si tu vois un signe qui dit danger, c’est parce qu’il y a vraiment un danger. Il y a encore des mines antipersonnel un peu partout », prévient Riki.

Voilà qui me rassurait encore davantage. Mais elle m’avait proposé un beau parcours, avec des arrêts au mont Bental, à la forteresse de Nimrod et dans la réserve de Banias. J’ai donc fait confiance à l’absence d’avertissement radiophonique et je me suis mis en route avec ma minuscule voiture de location.

La route pour descendre la montagne où s’est perché le Safed Inn serpente le flanc de la protubérance et offre des vues magnifiques pour les yeux seulement. Pas moyen d’arrêter où que ce soit pour une photo, ou même pour fixer l’horizon plus que trois secondes. Comme conducteur, on s’ancre les yeux à la route qui rétrécit de mètre en mètre. Elle rend périlleuse toute rencontre avec un véhicule circulant dans la direction inverse.

Même si les distances paraissent énormes sur les cartes, on atteint le mont Bental en moins d’une heure. Plus on approche, moins le trafic est dense. Au détour d’une courbe, des hommes casqués portant d’importants équipements de protection s’affairent à déminer une parcelle de terre. On est loin des plages festives de Tel-Aviv.

D’énormes camions blancs arborant les lettres UN (United Nations) en majuscules roulaient vers l’ouest. Les champs, en apparence paisibles, étaient ponctués çà et là de maisons de pierres abandonnées, parfois avec le toit éventré. Moi, je roulais vers l’est.

Sur le coup, je me suis demandé si je m’aventurais réellement en zone de conflit militaire. Si l’activité est réduite dans le secteur, on peut supposer un hasard pour expliquer l’ambiance tendue que je pouvais palper entre mes poings serrés et le volant de ma Renault Clio.

J’ai suivi les indications et j’ai amorcé en voiture l’ascension du mont Bental, qui s’élève à 1165 mètres d’altitude. Au bas de la côte, on annonce la présence du « Coffee Anan », un clin d’œil à l’ex-secrétaire général des Nations unies.

Dans le stationnement, les autobus de touristes remettent les choses en perspective. On ne laisserait pas les visiteurs débarquer en hordes si on pressentait un danger imminent.

Une courte marche nous amène au sommet de la montagne, où des panneaux indiquent les distances avec les principales villes. Ironiquement, Damascus et Washington DC sont situés l’un au-dessous de l’autre.

De vieux bunkers laissés à l’abandon peuvent toujours y être visités. On y descend dans une noirceur relative, on arpente des couloirs étroits avant d’aboutir dans une pièce où une ouverture horizontale permet d’observer l’horizon. Sur ma droite, au loin, j’aperçois de la fumée qui semble se dégager d’une grappe de maisons. Là, c’est la Syrie. Sur ma gauche, des montagnes et des plaines verdoyantes : Israël.

Puis une détonation. Et une autre. Dans le silence du bunker, loin des touristes qui rivalisent d’égoportraits quelques mètres au-dessus de ma tête, j’encaisse. J’ai entendu au moins quatre détonations. Évidemment qu’il est difficile de les associer à une action en particulier. La proximité avec la Syrie me laissait toutefois songeur.

Qu’il s’agisse ou non de frappes dans le pays voisin, je prenais un peu plus la mesure de la réalité syrienne. Pas comme dans comprendre ce que vit la population de ce pays, mais plutôt comme réaliser que le conflit dure toujours. C’est un contact, aussi minime soit-il, avec la guerre, la vraie, qui ne se déroule pas que sur un écran 56 pouces au bulletin de nouvelles.

Je suis remonté à la surface, un peu ébranlé, et j’ai aperçu des groupes de jeunes en train de planifier bruyamment leur prochain égoportrait collectif. Ils sont presque arrivés à couvrir la dernière détonation que j’ai perçue, qu’ils n’ont même pas entendue.

Avant de partir, j’ai pris quelques minutes pour discuter avec les deux observateurs des Nations unies postés au sommet du mont Bental. Dans leur petit observatoire, sans arme, ils scrutent l’horizon pour faire rapport des événements qui surviennent dans la journée. Particulièrement calmes, ils ont dissipé tous les doutes sur le danger qui guette les touristes aventuriers.

À la vôtre

Trois expressions du sauvignon blanc

CHRONIQUE / Lorsqu’une personne affirme ne pas aimer un type de vin, un cépage ou une région viticole, je m’emballe. En fait, je pars carrément en croisade. Loin de moi l’idée de dicter ses goûts à qui que ce soit. Chacun a ses préférences et les goûts sont indiscutables… mais les idées reçues et les généralisations, elles, oui!

Quand j’étais jeune et sobre, nous jouions à un jeu lors des longs trajets en voiture. Il s’agissait d’un jeu de mots où chacun devait rebondir, à tour de rôle, sur le mot de l’autre en disant le plus rapidement possible le premier mot qui venait à l’esprit, par association d’idées. Bref, ça passait le temps et ça révélait efficacement les esprits tordus. Si je dis « sauvignon blanc », il y a fort à parier que vous pensiez à « Nouvelle-Zélande ». Une association tout à fait plausible puisque le pays en a fait son fer de lance.

Le sauvignon blanc néo-zélandais de Marlborough possède une typicité très particulière qui peut parfois diviser — des blancs exubérants aux notes d’agrumes, de buis, d’herbe coupée et d’asperges. Or, ce n’est là qu’une expression du cépage parmi tant d’autres, car l’origine du sauvignon blanc est incontestablement française. Faute de précisions géographiques supplémentaires, les deux principales régions productrices, Le Val de Loire et Bordeaux, en revendiquent la parentalité.

Dans la Loire, il permet de produire certains des plus grands vins blancs au monde sous l’appellation sancerre. En Touraine, il s’éloigne de son expression classique dans les AOC touraine oisly et touraine chenonceaux, deux nouvelles appellations depuis 2011. Une reconnaissance plus que légitime pour ces vignerons rigoureux et visionnaires qui donnent une voix unique au sauvignon blanc. Des cuvées tantôt distinguées et minérales aux notes d’abricots du côté de touraine oisly, tantôt soulignées par d’intenses parfums de fleurs, une grâce inusitée et une rondeur caressante sur chenonceaux.

Comment le sauvignon peut-il adopter des personnalités si diamétralement opposées? À cause du terroir, certes, mais aussi à cause d’une certaine molécule très odorante, la méthoxypyrazine. Également présente dans le cabernet sauvignon et le carménère, elle est la principale responsable des arômes herbacés parfois présents dans le sauvignon blanc. Lorsqu’elle se trouve en forte concentration, elle donne une impression de vin pas mûr. Or, sa teneur dans les raisins tend à diminuer au fur et à mesure que les baies mûrissent. C’est donc dire que la date de la vendange s’avère un facteur déterminant selon le style souhaité par le vigneron, tout autant que les conditions de maturation.

Côté vinif, les thiols, ces composés variétaux présents dans le raisin et précurseurs des arômes de cassis, fruits tropicaux, buis et pamplemousse, ont aussi leur mot à dire.

Tout ça pour dire qu’un sauvignon blanc n’égale pas l’autre. Voici 3 cuvées pour découvrir ou redécouvrir les différentes déclinaisons de ce grand cépage blanc.

Bière

Un pari réussi

En février dernier, le Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ) lançait un concours destiné aux microbrasseries du Québec, « Les bières du Québec, notre fierté nationale ». L’objectif : devenir le brasseur officiel d’une des trois bières qui seront vendues sur les plaines d’Abraham pendant le spectacle de la Fête nationale, le 23 juin. Des dizaines de brasseries ont répondu à l’appel.

Devant plus de 35 bières, un jury composé de gens du MNQ et de professionnels de la bière — dont votre chroniqueur — a présélectionné six finalistes en fonction d’un barème basé sur le dossier de candidature et le type de bière proposé. On cherchait des « bières de soif », complices idéales d’une soirée que le MNQ espérait chaude et sans pluie — qu’il a eue d’ailleurs.

Chroniques

Ces petites bêtes qui nous parasitent

CHRONIQUE SEXOLOGIE / Morpion. Ce seul mot suffira peut-être à conduire votre main direction pubis, histoire de soulager une possible démangeaison psychosomatique. Du moins, à l’image de la mère que je suis, raclant son cuir chevelu de ses ongles au gel en lisant cette lettre maudite précisant la présence de poux dans la classe de mes filles, j’ose croire que oui.

Pourtant, c’est un mal nécessaire d’en discuter. Inutile de vous référer au vaisseau de Jacques Cartier, aux maisons closes de Ville-Marie ou encore aux soldats du Vietnam, les poux de pubis sont une réalité bien présente encore en 2018, le saviez-vous ? De ce fait, puisqu’un homme averti en vaut deux, ou une femme, pour les plus frileux, ce sont les mains dans vos poches que je vous invite à poursuivre votre lancée littéraire avec ce dossier sur les pédiculoses pubiennes !

Vins

Peut-on se parler de la couleur du rosé?

CHRONIQUE / S’il y a un vin capable de les diviser tous, c’est bien le rosé. Personne ne s’entend sur ce qu’il devrait être. Comme s’il n’existait qu’un seul type de rosé dans un océan de blancs et de rouges.

Envie de semer la bisbille dans un groupe de professionnels du vin? Parlez de rosé — ou, mieux encore, servez-en! Le débat sera furieusement engagé avant même qu’un seul d’entre eux n’ait eu le temps de tremper les lèvres dans sa coupe.

La couleur du rosé a pris une importance disproportionnée. « Pas assez rose », « trop foncé »… Eh oui! De tels propos discriminatoires persistent encore en 2018. Pourtant, on se fiche bien de la robe du blanc et du rouge. Vous avez déjà entendu quelqu’un dire : « Ce blanc est trop foncé » ou « Ce rouge est définitivement trop pâle »?

Le rosé est le seul vin qui est jugé d’après sa teinte. Les vignerons eux-mêmes semblent insister sur la couleur comme facteur déterminant du processus d’achat en embouteillant systématiquement leurs vins dans des contenants transparents. Et pourtant, certains rosés, amplement capables de se bonifier avec le temps, gagneraient à être protégés par du verre coloré.

Or, la teinte ne veut absolument rien dire — surtout avec les techniques de vinification modernes. Si la couleur n’est pas forcément un indicateur de style, elle est encore moins un indice de qualité. Jamais elle ne témoignera du rendement (rapport entre le volume de vin produit sur une surface donnée) ou de la qualité des soins apportés à la vigne.

À l’heure actuelle, la diversité du rosé s’éteint au fur et à mesure que l’hégémonie du style provençal s’impose. Depuis les années 1990, on assiste à une domination mondiale des vins rosés techniques. Obtenus par pressurage direct (raisins pressés rapidement après la récolte pour limiter le contact des peaux avec le jus), ces vins exhibent une robe pâle mousse de saumon et diffusent de délicats arômes de pamplemousses et de fraises. Un style convoité par les vignerons et réclamé par les consommateurs, qui est souvent exécuté sans trop de considération pour l’expression du terroir. Selon Elizabeth Gabay, Master of Wine et autrice du livre Rosé, ils représentent 80 % de l’offre de rosés produits dans le monde.

Dans la Loire, par exemple, ce n’est que depuis tout récemment que les vignerons font référence au terroir en parlant de rosé. C’est carrément un changement de paradigme puisque auparavant, l’idée élémentaire consistait simplement à « faire du rosé ».

Mais, revenons à nos 50 nuances de rose. Une robe pâle n’est pas automatiquement synonyme de légèreté et de délicatesse. L’habit ne fait pas le moine, comme dirait l’autre. Le meilleur exemple serait le terrasses du larzac 2016 du Château La Sauvageonne appartenant à Gérard Bertrand. Parfaitement doré, il ne donne pas du tout l’impression d’être un rosé. En fait, il pourrait aisément se faire passer pour un blanc. Plus pâle que pâle, il se révèle pourtant puissant, structuré et d’une étonnante complexité. Qui plus est, il est le fruit d’un assemblage de cépages blancs et noirs vinifiés en barrique — vermentino, mourvèdre, viognier et grenache.

Je vous imagine froncer des sourcils. Des raisins blancs dans le rosé? En France, il est interdit de mélanger vin blanc et vin rouge pour faire du rosé, exception faite de la Champagne, mais il est tout à fait possible de mélanger raisins blancs et noirs.

Bourlingueur

Le tourisme rural de Vallue

CHRONIQUE / Le nom de Petit-Goâve sonne une cloche. Parce que Dany Laferrière y a passé son enfance, peut-être. La petite ville, magnifique, vibre comme aucun autre endroit que j’ai visité en Haïti.

La ville a ce je-ne-sais-quoi d’hypnotisant, qui prend aux tripes sans qu’on puisse vraiment l’expliquer. Mais à l’abri de la végétation, dans les montagnes auxquelles s’appuie la ville, se trouve probablement un secret encore trop bien gardé. Le village de montagne de Vallue, une commune de Petit-Goâve, abrite une communauté rurale qui s’est prise en main et qui bâtit jour après jour un environnement où il ne faut pas trop insister pour qu’on s’attarde. Mon coup de cœur en Haïti!