MOIS DE L'ARBRE ET DES FORÊTS

La Mauricie, chef de file pour la protection des forêts contre le feu

Article rédigé par la Société d’histoire forestière du Québec (SHFQ) spécifiquement dans le cadre du Mois de l’arbre et des forêts 2018.

Première association de protection contre le feu

Le 2 mars 1912 au matin, un comité de travail de la St Maurice Boom& Log Driving Association s’est rencontré à Montréal afin de jeter les bases d’une nouvelle association pour la protection des forêts contre le feu. Il était composé, entre autres, de Ellwood Wilson, chef du service forestier de la Laurentide Co. de Grand-Mère, aussi propriétaire de la Ellwood Wilson Co. et initiateur du projet. Autour de lui, J. M. Dalton, représentant la Union Bag and Paper et la Great Fall Co. de Trois-Rivières, F. Ritchie de la Wayagamak Paper, R. F. Grant de la St Maurice Lumber Co. et L. Devenyns de la Belgo Canadian Pulp & Paper Co. de Shawinigan. Étaient aussi présents J.-H. Dansereau, W. Power, J.-H. Rousseau, W. Ritchie et H. A. Calvin. 

En après-midi, le ministre des Terres et Forêts, Jules Allard, se joignit au groupe pour l’assurer de son soutien et de celui de ses fonctionnaires. Le 19 mars 1912, la St. Maurice Forest Protective Association reçut officiellement ses lettres patentes. La première association de protection contre le feu venait de naître!

Durant la première année d’activité de l’Association, les gardes éteignirent 97 feux. En plus d’avoir combattu les incendies, les gardes avaient ouvert et aménagé 845 kilomètres de chemins de portage et monté un nombre considérable de lignes téléphoniques en prévision de la construction, au cours de l’hiver 1912-1913, de huit tours d’observation.

La revue officielle de l’Association forestière canadienne, The Canadian Forestry Journal, titra en mars 1913 : « St. Maurice Forest Protective Ass. LA PLUS PRÉCIEUSE MESURE PRISE DEPUIS DE NOMBREUSES ANNÉES AU CANADA. » (traduction libre). L’auteur du texte concluait au succès de l’expérience : « Il était généralement admis [...] que le travail de pionnier de cette première association de protection contre les feux de forêt avait connu tellement de succès et avait produit de telles économies en effort et en argent que cette oeuvre serait bientôt copiée dans tout le Canada. »

La prévention

La St.Maurice Forest Protective  Ass. utilisa des images tournées sur son territoire pour agrémenter ses tournées de prévention.  Dès 1930, l’organisme de protection s’associa à l’abbé Albert Tessier pour favoriser son mouvement de propagande. 

Les images tournées dans la Mauricie étaient diffusées partout dans la province. L’abbé Tessier voulait, par l’oeil de sa caméra, exposer la magnificence de la forêt québécoise, pour que le spectateur se prenne d’amour pour elle. 

Alimentées par ces productions québécoises et par un nombre considérable de productions américaines et canadiennes, les conférences cinématographiques de la St. Maurice Ass. avaient été présentées à 17 965 personnes dans la Mauricie en 1940 et à 103 927 personnes, en 1939, sur l’ensemble du territoire québécois. Le succès était incontestable.

La détection aérienne des incendies

Déjà en 1916, Ellwood Wilson, président de la St. Maurice Forest Protective Association signalait dans le rapport annuel de l’association que l’étape la plus importante dans le processus de réduction des coûts et d’augmentation de l’efficacité des patrouilles consistait à adopter la patrouille par avion. Le 15 novembre 1918 (quatre jours après la signature de l’Armistice), la direction de la St. Maurice Forest Protective Association autorisa Wilson à trouver des hydravions pour la saison suivante.

Le 6 mai 1919, Ellwood Wilson, les dirigeants de la Montreal Branch of the Aerial Leagues of Canada*** et le directeur de l’Association forestière du Canada, Robson Black, se présentèrent devant le ministre des Affaires navales canadiennes, C. C. Ballantyne, pour soumettre une proposition de prêt ou de don de deux «hydroavions » pour exécuter une expérience de détection aérienne des feux de forêt pour le compte de la St. Maurice Forest Protective Association. Le prêt fut immédiatement accordé.

Deux avions, des flying boats de marque Curtiss HS-2L, ont été transférés de Halifax à Grand-Mère, où les opérations de détection allaient être localisées. Le premier hydravion, le A1876, fut baptisé en fonction de sa mission de surveillance : « La Vigilance ». 

Le 23 juin 1919, les deux avions étaient accostés au Lac-à-la-Tortue. Au cours de l’été, l’association a essayé, parallèlement à la détection des feux, la photographie aérienne, la reconnaissance des peuplements et le transport de matériel de combat. Malgré l’utilité incontestable de la Vigilance, l’expérience ne parvint pas à convaincre les membres de l’Association d’investir davantage dans le projet.

La Mauricie aura encore là démontré son leadership et son esprit d’innovation, car cela prendra encore plusieurs années avant que l’avion ne remplace définitivement les tours d’observation, symbole de la protection des forêts pendant des décennies au Québec. 

Source : Feux de forêt, l’histoire d’une guerre de l’historien Patrick Blanchet.