École polyvalente Lavigne

La culture chez les jeunes

L’école à saveur culturelle

Est-ce qu’une chorégraphie de danse peut lancer une discussion entre jeunes sur la discrimination à l’école? Est-ce qu’un projet photo peut nouer une amitié entre un ado tout juste arrivé au Québec et une Montréalaise de 50 ans son aînée? Absolument! La culture nous rassemble et élargit nos horizons, et ce, dès l’enfance. C’est pourquoi des profs de partout au Québec lui accordent une place de choix en classe. Coup d’œil sur deux projets coup de cœur, lauréats 2019 des prix reconnaissance Essor remis par le gouvernement du Québec.

Le goût de la culture chez les jeunes, ça se cultive. À la maison, à la bibliothèque municipale, au musée, au théâtre, mais aussi à l’école… Saviez-vous que des enseignants passionnés y proposent à leurs élèves des expériences culturelles uniques? Et leurs retombées dépassent souvent l’ampleur des activités elles-mêmes.  

Entrer dans la danse 

Anouk Michaud, enseignante en danse à la polyvalente Lavigne à Lachute, en sait quelque chose. Au début de l’année, elle a proposé à ses étudiants en option Danse de réaliser une chorégraphie avec Matthieu, un élève d’une classe spécialisée vivant avec une déficience intellectuelle moyenne. 

Bien que les élèves d’Anouk Michaud et Matthieu se côtoyaient chaque jour, ils n’avaient presque jamais interagi auparavant. Puis, pendant des mois, ils ont discuté, créé et répété ensemble. «Les frontières se sont brisées, observe Mme Michaud. Les jugements et les peurs des élèves du régulier se sont volatilisés! »

En juin, le groupe a présenté sa chorégraphie devant une foule de près de 1 000 spectateurs. La performance, poignante à souhait, leur est allée droit au cœur.

École polyvalente Lavigne

«La réaction du public a été grande et immédiate, raconte l’enseignante. Le message sur l’importance et les bénéfices d’inclure les jeunes atteints de déficience intellectuelle a touché et ému.» Pas mal pour une aventure qui a commencé par «un petit projet», de l’avis de son instigatrice. C’est une preuve que «l’art est un génial outil d’intégration», s’exclame-t-elle. 

L’enseignante a une autre raison de se réjouir: le 22 novembre dernier, son projet a remporté un prix de reconnaissance Essor lors d’un gala organisé par le gouvernement du Québec pour souligner l’originalité et l’excellence de projets culturels réalisés en milieu scolaire aux quatre coins du Québec.  

Deux générations, deux mondes, mille apprentissages

Autre école, autre initiative culturelle aux grands bienfaits pour les jeunes. À Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont, une démarche mariant art dramatique, art plastique et français a permis aux jeunes immigrants d’une classe d’accueil de mieux s’ancrer dans leur nouveau milieu. En plus de leur faire rencontrer des… «grands-parents d’adoption»!

École Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont

Le concept est né dans la tête de l’enseignante en art dramatique Mélissa Lefebvre: créer des rencontres entre des ados nouvellement arrivés – et souvent séparés de leurs grands-parents – et des aînés du quartier. Le nom de ce projet original, aussi lauréat d’un prix Essor, est Racines croisées

«À travers des ateliers d’art dramatique, d’écriture et de photographie, les élèves et les aînés ont été amenés à parler de leurs souvenirs, de leurs rêves, de leur présent. Ensuite, en équipe, ils ont créé une photo où ils se mettaient en scène pour qu’elle soit le reflet d’eux et de leur rencontre», explique l'enseignante.

Impossible de ne pas sourire devant les photos réalisées. Ici, Laurelyn, Lucille et Hien jouent les bibliothécaires dans un décor tout droit sorti des années 40. Là, Charlotte, Jacques et Arman se prennent pour des vedettes de rock – costumes dignes du groupe Kiss inclus! – sur une scène de spectacle.

École Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont

Une exposition ouverte au public a été montée avec l’ensemble des œuvres. Un court métrage a même vu le jour pour documenter l’initiative.

«Je souhaite que lorsque l’on regarde notre photo, on comprenne que peu importe d’où on vient, où on va et avec qui on est, nous allons rencontrer une partie de nous-mêmes», expliquait l’un des jeunes participants. Les voilà, ces fameuses racines qui se croisent.

Pour Mélissa Lefebvre, le projet est un succès sur toute la ligne. Les élèves en sont ressortis grandis. Selon elle, Racines croisées leur a permis de «prendre place concrètement » au sein de leur nouvelle terre d’accueil. «Il leur a donné une voix personnelle et artistique.»

C’est sans compter les amitiés intergénérationnelles qui sont nées des ateliers, ainsi que les réflexions qui ont émergé – tant chez les élèves, les aînés que le public de l’exposition – à propos de l’immigration et des personnes âgées.

Rassembler, donner une voix, stimuler l’imagination, inviter à la réflexion: les bienfaits de la culture à l’école s’additionnent. Ce n’est pas pour rien que, chaque jour, des profs comme Anouk Michaud et Mélissa Lefebvre en font un ingrédient essentiel au développement de leurs élèves. 

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