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L’économie et l’avenir

Les 8 et 9 juin, l’attention se tournera vers Charlevoix à l’occasion du Sommet réunissant les chefs d’État des sept pays industrialisés formant le G7. Les quelque 30000 citoyens répartis dans les 13 municipalités de Charlevoix se préparent depuis des mois en vue de cet événement mondial. Dans cette série, le Groupe Capitales Médias aborde les grands thèmes de ce sommet tel que vus et vécus par les Charlevoisiens.

Longtemps fragilisée par l’isolement, l’économie de Charlevoix a connu sa part d’ombre et de lumière. Aujourd’hui, malgré un vieillissement de la population supérieur au reste du Québec et une pénurie de main-d’œuvre préoccupante, la région se taille une place enviable au soleil. Une chose est sûre, la santé de son économie passe par la synergie d’acteurs de première ligne qui, ensemble, mettent l’épaule à la roue pour faire rayonner Charlevoix.

Un brin d’histoire 
Longtemps, l’économie de Charlevoix tira profit de la foresterie et du cabotage. Dans les premières décennies du 20e siècle, la construction de routes et celle du chemin de fer reliant Québec à Charlevoix viendront sortir la région de son isolement et contribuer à son essor économique. L’industrie touristique se met alors en place. C’est dans le secteur Pointe-au-Pic, berceau de la villégiature de Charlevoix, que tout commence avec l’arrivée des premiers villégiateurs, de riches Américains naviguant sur les bateaux de Canada Steamship Lines. Dès le milieu du 20e siècle, le tourisme s’impose comme une activité économique majeure. 

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Main-d’œuvre, relève et entrepreneuriat

La pénurie de main-d’œuvre et le besoin de relève figurent en tête de liste des préoccupations actuelles. «Pour dix personnes qui partent à la retraite, on en a que cinq pour les remplacer», affirme Claudette Simard, préfet de la MRC de Charlevoix. Les entre­prises devront faire preuve d’ingéniosité pour renverser la vapeur, retenir la main-d’œuvre locale et inciter d’autres travailleurs à s’établir dans la région. «Mais pour attirer la main-d’œuvre, il faut aussi de l’hébergement accessible pour les employés et les familles qui viendront s’installer ici. C’est un autre défi», poursuit la préfet et mairesse de Saint-Urbain.

Des programmes de recru­tement conjoints se mettent en place. La SÉPAQ et le Massif travaillent ensemble à un projet pilote afin de permettre à leurs employés respectifs de travailler 10 à 11 mois par an. «Il faut désor­mais développer une vision commune à 360 degrés», affirme Frédéric Sujobert, v.-p. opérations du Groupe Le Massif. En parallèle, le gouvernement du Québec a récemment mis sur pied un groupe tactique d’intervention économique, le GTIE. «Il s’agit d’une stra­tégie d’attractivité et de rétention de la population qui s’ajoute
aux efforts de VISE Char­levoix», mentionne Claudette Simard. 

De plus en plus, on met en place des formations spécialisées correspondant aux besoins réels de Charlevoix. Au Centre d’études collégiales en Charlevoix, la Coop de l’Arbre – coopérative de solidarité ultra dynamique – a notamment monté un programme de 210 heures sur les métiers de la foresterie : une première au Québec.

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Rayonnement régional et opportunités

La présence de grands em­ployeurs est essentielle au rayonnement de Charlevoix. «Ces dernières années, du côté de Charlevoix-Ouest, Le Massif, les Entreprises Jacques Dufour et Fils, Groupe Océan, Simard Suspension et la Microbrasserie Charlevoix ont beaucoup investi pour accroître leurs activités, stimuler la création d’emplois et promouvoir le rayonnement ré­gional », affirme Claudette Simard.

Côté est, le Fairmont Manoir Richelieu continue de figurer parmi les principaux acteurs économiques tandis que l’entreprise Fibrotek de Clermont – qui embauche déjà une centaine de travailleurs – est un bel exemple d’une nouvelle économie qui se met en place au niveau des matériaux composites et de l’usinage, notamment dans le domaine de l’automobile et de l’aéronautique. À la fin 2017, Produits forestiers Résolu a investi 20 millions pour devenir propriétaire à 100% de Donohue Malbaie qui détient et exploite une usine à papier à Clermont. Selon Michel Couturier, maire de La Malbaie, «l’économie reprend du service après de lourdes pertes d’emploi dues à la fermeture de Général Câble et la restructuration de Résolu, il y a trois ans».

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Charlevoix demain? Haut la main!

Réflexion sur l’hébergement, les investissements, la diversification de l’offre, les efforts de recrutement et de marketing conjoints des grands joueurs de l’industrie touristique; les défis sont là. Tous les éléments sont en place pour faire rayonner Charlevoix à grande échelle : qu’on pense au Manoir Richelieu (membre du groupe Fairmont), au Groupe Germain (partout au Canada), à la SÉPAQ, aux projets du Groupe Le Massif et aux efforts de Tourisme Charlevoix sur les marchés internationaux.

On attend bien sûr impatiemment la venue du Club Med, un projet évalué à 120 millions de dollars, prévu à la base du Massif dès 2020. «C’est un projet porteur de richesse et de création d’emplois qui constitue une vitrine exceptionnelle pour Charlevoix sur la scène internationale. En plus d’attirer de nouveaux touristes étrangers, il aura un impact direct sur le développement économique régional», affirme Caroline Simard, députée de Charlevoix-Côte‑de‑Beaupré et adjointe parlementaire de la ministre du Tourisme. 

À terme, ce projet vise la création de 325 emplois directs en plus de générer +/- 700 emplois lors de la construction de son hôtel de 300 chambres à Petite-Rivière-Saint-François. La volonté de Xavier Mufraggi, président du Club Med, est d’en faire « un véritable projet 418 ». Un projet non seulement québécois mais inclusif de tout Charlevoix. La volonté est claire: positionner Charlevoix comme destination d’excellence sur l’échiquier mondial.

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Biodiversité et changements climatiques

Les 8 et 9 juin, l’attention se tournera vers Charlevoix à l’occasion du Sommet réunissant les chefs d’État des sept pays industrialisés formant le G7. Les quelque 30000 citoyens répartis dans les 13 municipalités de Charlevoix se préparent depuis des mois en vue de cet événement mondial. Dans cette série, le Groupe Capitales Médias aborde les grands thèmes de ce sommet tel que vus et vécus par les Charlevoisiens.

Charlevoix est une terre d’exception. Reconnue comme Réserve de biosphère par l’Unesco en 1988, l’endroit cherche à protéger sa biodiversité et ses écosystèmes à tout prix. Son microclimat en fait une terre où il fait bon vivre mais où il faut désormais apprendre à composer avec les humeurs d’une planète qui se métamorphose. Ici, on agit et on interagit!

En janvier, le premier ministre du Canada Justin Trudeau l’affirmait devant la Chambre de commerce de Charlevoix. «Il est non seulement possible mais désor­mais nécessaire de trouver un équilibre entre la croissance de l’économie et la protection de notre environnement». Les chefs d’État en débattront longuement au Sommet du G7. Dans Charle­voix, qu’en est-il? Quelles sont les politiques mises de l’avant pour protéger le paysage et sa biodiversité? Comment les changements climatiques vont-ils influencer l’offre touristique? Quels sont les risques et les opportunités? Nous avons posé la question à différents intervenants du milieu.

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Les paysages avant tout

Les paysages et la villégiature arrivent en tête de liste des raisons de venir dans Charlevoix. Pour protéger ceux-ci, les MRC de Charlevoix, Charlevoix-Est et Côte-de-Beaupré ont créé la Table de concertation sur la mise en valeur des paysages, en 2004. «Le projet de développement du Massif avait alors initié une grande réflexion de la part des inter­venants du milieu. Aujourd’hui, cette même Table de concertation s’est élargie à l’ensemble de la Capitale-Nationale», affirme Karine Horvath, directrice générale de la MRC de Charlevoix.

L’organisme a également mis sur pied un plan de développement de la zone agricole (PDZA). «Il s’agit d’un outil de mise en valeur et de protection du territoire agricole. Il peut aussi être générateur de développement social et économique», mentionne Karine Horvath. «Dans la foulée du PDZA et depuis deux ans, la Banque de terres a permis à de jeunes aspirants agriculteurs l’accessibilité à des terres inexploitées ou en friche en plus de jumelages avec des agriculteurs en quête de relève». Aujourd’hui, la MAPAQ a ouvert le programme – devenu l’Arterre – à l’ensemble de la province.

La MRC a également un rôle majeur dans la gestion de la «forêt habitée du Massif», un territoire public où cohabitent de nombreux usages: du prélèvement forestier à la station de ski, en passant par les sentiers pédestres et les opérations de canyoning. «Nous encadrons suffisamment, et de façon concertée, pour faire en sorte que chaque exploitant soit conscient du besoin d’équi­libre entre le développement social, économique, environnemental et culturel du territoire», poursuit Karine Horvath. 

Protéger le paysage, c’est aussi analyser comment les chan­ge­ments climatiques vont influencer la biodiversité; observer les migra­­tions des espèces envahissantes qui fragilisent celle-ci notamment dans la forêt boréale; voir comment le ré­chauffement des lacs et des rivières aura un impact non seulement sur les espèces qui y vivent mais sur les revenus directs des nombreuses pourvoiries de la région. 

SAVIEZ-VOUS QUE...
Plus de 100000 arbres seront plantés majoritairement dans la Réserve de la biosphère de Charlevoix pour compenser les 15000 tonnes de gaz à effet de serre du G7?

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Direction carbone zéro

Enjeu central et planétaire du 21e siècle, la lutte aux changements climatiques est le sujet de l’heure. Pour contrer ses effets dévastateurs, la Réserve de la biosphère de Charlevoix a mis sur pied un programme de reconnaissance environnementale qui encourage les commerces, les institutions les industries à obtenir la certification Carbone-Paysage. Comment ça fonctionne? «On évalue les gaz à effet de serre produits par une entreprise et on compense ces GES par la plan­tation d’arbres utiles dans des endroits stratégiques», explique Antoine Suzor-Côté, ajoutant que déjà plus de 50 entreprises parti­cipent au programme.

Le Sceau Hubert Reeves
Fondé en 2011, l’Observatoire de la géosphère de Charlevoix (OGC) voit à la valorisation du patrimoine naturel qu’est l’astroblème de Charlevoix, un cratère formé par l’impact d’une météorite. Il contribue également à la vulgarisation et la recherche scientifique dans le secteur des sciences de la Terre. Parmi ses projets en développement, figure notamment la création du Pavillon Hubert-Reeves-en-Charlevoix, un projet de 15 millions $. Son annonce serait imminente. Un projet de géoparc – premier géoparc de l’Unesco au monde à s’établir dans le cratère d’une météorite – est également en incubation.

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Risques et opportunités

Il est clair que les températures moyennes annuelles au Québec se sont accrues d’un à trois degrés selon les régions et de façon plus prononcées durant les mois d’hiver.

L’impact du réchauffement climatique sur l’industrie touristique – étroitement lié à la saisonnalité et aux extrêmes climatiques – est une réalité sur laquelle se penchent actuellement l’ATR de Charlevoix, l’Office du tourisme de Québec, les MRC de la Capitale-Nationale et la SEPAQ qui ont récemment contribué au cofinancement d’une étude menée par Ouranos et le gouvernement du Québec en collaboration avec la Chaire de tourisme Transat de l’UQAM. Le but? Réaliser un diagnostic territorial et cerner les risques et les oppor­­tunités, principalement pour : les activités de plein-air, les sports de glisse, l’agrotourisme, les événements, le golf et le camping.

En général, pas de panique! «Il existe des risques mais aussi des opportunités. Quand on le sait d’avance, on peut se préparer et y voir de belles occasions d’affaires», affirme Stéphanie Bleau, coordonnatrice du programme Tourisme d’Ouranos. À titre d’exem­ple, certains éléments se précisent pour le futur. «La saison chaude aura tendance à s’étirer, ce qui pourrait s’avérer bénéfique pour certaines pra­tiques saisonnières telles que l’agrotourisme, le plein air et la tenue d’événements à des moments de l’année jusqu’ici sous-évalués», affirme Mme Bleau. En contrepartie, cette réalité pourra aussi entraîner des défis sur les plans de la gestion et de la planification des aménagements, des opérations et des ressources humaines (personnel étudiant, l’été). 

Charlevoix accueille le monde

La place des femmes

Les 8 et 9 juin, l’attention se tournera vers Charlevoix à l’occasion du Sommet réunissant les chefs d’État des sept pays industrialisés formant le G7. Les quelque 30000 citoyens répartis dans les 13 municipalités de Charlevoix se préparent depuis des mois en vue de cet événement mondial. Dans cette série, le Groupe Capitales Médias aborde les grands thèmes de ce sommet tel que vus et vécus par les Charlevoisiens.

Depuis longtemps, la voix des femmes trouve son écho dans les montagnes de Charlevoix. Artistes, artisanes, politiciennes, enseignantes, syndicalistes et femmes d’affaires puisent ici l’inspiration nécessaire pour continuer d’avancer. Hommage aux femmes-monuments de Charlevoix!

La série Le Temps d’une paix a longtemps contribué à promouvoir la beauté des paysages de Charlevoix. On y a aussi découvert la force de caractère d’une femme de tête qui, au début du 20e siècle, n’avait pas froid aux yeux. Sur les traces de Rose-Anna, et bien avant, plusieurs femmes de Charlevoix se sont illustrées et continuent de le faire aujourd’hui à leur manière, puisant leur inspiration entre mer et montagnes.

Agricultrices dans l’âme
Les Petites-Franciscaines-de-Marie s’installent à Baie-Saint-Paul en 1891 et commen­cent l’exploitation de la ferme Saint-Ambroise qui assurera durant de nombreuses décennies la sub­sistance des pensionnaires de l’Hospice Sainte-Anne et de leur communauté, soit près de 1000 personnes au plus fort de la production. Elles exploiteront à la fois un troupeau de vaches, une laiterie, une porcherie, un poulailler, un rucher et même une centrale électrique. «Ces femmes étaient non seulement des pionnières en soins de santé, c’était aussi des femmes d’affaires averties. Leur ferme était un modèle de rentabilité agricole», avance l’historien Serge Gauthier. «Dans les années 50, on confinait souvent les déficients intellectuels dans des asiles. Les Sœurs faisaient plutôt travailler au jardin les pensionnaires de l’Hospice. C’était leur façon de les valoriser.»

Charlevoix accueille le monde

Femmes engagées

Thérèse Forget Casgrain (1896-1981)
Thérèse Forget Casgrain– fille du financier Rodolphe Forget –est récompensée de son travail acharné quand est enfin accordé aux femmes le droit de vote, en 1940. Sa contribution aux acti­vités politiques, sociales et syndicales de la région est énorme: elle siège au Conseil fédéral du salaire minimum, fait partie du Conseil de la santé au Canada et du Conseil canadien du développement social, milite à titre de candidate libérale indépendante dans Charlevoix-Saguenay et fonde la Fédération des femmes du Québec avant d’être nommée au Sénat du Canada par le premier ministre Pierre Elliott Trudeau en 1970, à l’âge de 74 ans.