Marcel Groleau est président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec depuis 2011.

«Maxime Bernier va faire des siennes», déclare le président de l'UPA

«Je pense qu’il y a comme une vendetta de M. Bernier. C’est sûr qu’il en veut énormément à l’UPA et aux producteurs agricoles du Québec, qui lui ont fait perdre sa course au leadership. C’est sûr que Maxime va faire des siennes, mais on va voir.»

Marcel Groleau est président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec depuis 2011. Il a travaillé avec et contre le député fédéral de la circonscription de Beauce. En 2017, l’UPA et ses membres ont fait pencher la balance dans la course à la chefferie du Parti conservateur du Canada en achetant des cartes de membres pour voter contre lui.

Son opposition catégorique au système de gestion de l’offre de production du lait, de la volaille et des œufs lui avait mis les agriculteurs québécois à dos.

«Pas très crédible»

«M. Bernier essaie d’avoir une couleur différente, mais là-dessus [la gestion de l’offre], il n’est pas très crédible, estime M. Groleau. Quand il était avec les conservateurs, on négociait le Partenariat transpacifique. Avant 2015, il était même adjoint du ministre Ed Fast, responsable du commerce international.

«On était ensemble à Atlanta et M. Bernier défendait bec et ongles la gestion de l’offre devant les producteurs agricoles. On était ensemble sur les mêmes tribunes en Beauce, à Sainte-Marie entre autres, où il défendait son gouvernement et la gestion de l’offre. Là, tout à coup, il a voulu se distinguer dans sa campagne au leadership pour aller chercher des votes dans l’Ouest et être un conservateur plus pur que pur. Essentiellement, il a perdu la course au leadership du Parti conservateur à cause de cette question-là qui a fait réagir les producteurs agricoles du Québec», constate M. Groleau.

Ce revers a poussé M. Bernier à quitter le Parti conservateur, en 2018, puis former son propre Parti populaire du Canada. Qui s’affiche haut et fort contre le «cartel» de la gestion de l’offre.

«Tous les autres partis sans exception ne remettent pas en question la gestion de l’offre, poursuit le producteur laitier de Thetford Mines. La démonstration est faite que sans gestion de l’offre, ça coûterait beaucoup plus cher au gouvernement canadien pour soutenir l’agriculture. Il n’y a pas de miracle!

«Pour avoir un revenu qui permet de maintenir la production, dans les autres pays, on subventionne la production laitière. Ici, au lieu de subventionner, on réglemente pour assurer un revenu décent. La démonstration est faite que c’est moins coûteux pour le gouvernement et pas beaucoup plus pour les consommateurs», indique le président général de l’UPA, ajoutant que la gestion de l’offre évite de plus les conséquences environnementales qu’aurait autrement le long transport des produits d’une province à l’autre.

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Un bilan tiède

L’UPA fait sa propre campagne électorale avec une série de cinq demandes (voir tableau) adressées aux politiciens. Le fruit de longues discussions et de compromis entre les membres des 37 groupes affiliés, qui rassemblent 41 000 agriculteurs et agricultrices œuvrant au sein de 29 000 entreprises. La stratégie est de mettre une revendication en lumière lors de chacune des cinq semaines de la campagne.

Quant aux quatre années de pouvoir libéral à Ottawa, M. Groleau dresse «un bilan pas entièrement négatif, mais pas super positif non plus».

«Le Canada a renouvelé trois ententes de commerce international et des compensations ont été annoncées. Et la nomination de Mme [Marie-Claude] Bibeau [comme ministre fédérale de l’Agriculture] n’est pas inintéressante», dit-il à propos de la Sherbrookoise devenue en mars la première femme à diriger le ministère canadien de l’Agriculture et aussi première Québécoise à ce poste en plus de 120 ans.

«Par contre, les libéraux ont décidé de faire des déficits et le budget en agriculture n’a pratiquement pas bougé. L’Agence canadienne d’inspection des aliments est aussi nettement sous-équipée pour contrôler la qualité des importations et faire le suivi sanitaire, ce qui ralentit le travail des abattoirs parce que l’Agence manque de personnel», conclut M. Groleau.

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DEMANDES DE L'UPA

Assurer la compétitivité des outils de gestion de risque

Risques climatiques et risques de marché. «Les producteurs perdent 1 milliard $ cette année à cause de la guerre commerciale avec la Chine», explique le président général de l’UPA, Marcel Groleau. «En 2013, les conservateurs ont coupé dans le programme Agri-Stabilité et les libéraux n’ont pas amélioré la situation. On veut ramener les paramètres d’avant 2013.»

Investir en agroenvironnement

«On subventionne l’achat de voitures électriques. C’est ce qu’on veut introduire en agriculture. Par exemple, remplacer les pesticides par des mouches stériles dans le marché de l’oignon. Les oignons ne se vendent pas plus cher, mais c’est des coûts supplémentaires. Et ce n’est pas les compagnies qui fabriquent des pesticides qui vont faire ces recherches-là.»

Adapter le programme des travailleurs étrangers temporaires

Répondre à la pénurie de main-d’œuvre. «Ouvrir la porte à une immigration plus rapide. Lors de leur deuxième période [de deux ans], pourquoi ne pas permettre de venir avec leur famille? Une façon d’amener de l’immigration dans nos régions. Ça favoriserait une meilleure offre de travailleurs pour nos entreprises et aiderait à maintenir une population.»

Défendre l’agriculture et la foresterie privée dans nos relations commerciales

«On ne remet pas en question l’importance des ententes internationales. Mais on demande une réciprocité des normes. Les producteurs doivent respecter les exigences des marchés où on exporte, tandis qu’on n’exige rien de semblable des produits importés. C’est deux poids, deux mesures.»

Actualiser le régime fiscal des entreprises agricoles et forestières

«Lever les contraintes pour que ce ne soit pas plus compliqué de réaliser une transaction entre apparentés qu’entre non-apparentés. En ce moment, c’est plus pénalisant si je vends à ma famille. On demande d’adapter la fiscalité au milieu de l’agriculture, où on ne fait pratiquement que des transactions entre apparentés.» Olivier Bossé