Cinq des candidats à l’élection fédérale se sont affrontés lors du débat présenté par le Cégep de Shawinigan, mardi midi. Il s’agit de Stéphanie Dufresne (Parti vert), Nicole Morin (Bloc québécois), François-Philippe Champagne (Parti libéral), Bruno-Pier Courchesne (Parti conservateur) et Barthélémy Boisguérin (Nouveau Parti démocratique).

Combien d’arbres les libéraux planteront-ils en un jour?

SHAWINIGAN — L’environnement s’impose définitivement dans les enjeux de la campagne électorale fédérale dans Saint-Maurice - Champlain, au point où les engagements de chaque parti dans ce thème sont de plus en plus décortiqués. Les quelque 140 participants au débat organisé par des étudiants en sciences humaines du Cégep de Shawinigan ont pu le constater mardi midi, notamment lorsque le représentant conservateur, Bruno-Pier Courchesne, a voulu savoir comment les libéraux s’y prendraient pour remplir leur promesse de planter deux milliards d’arbres afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Disant vouloir contribuer à briser le cynisme de la population envers les politiciens, le jeune homme de 27 ans s’est attardé à cet engagement formulé par le premier ministre Justin Trudeau, le 27 septembre. Sur quatre ans, calcule-t-il, cela signifierait que 1,5 million d’arbres seraient plantés chaque jour, ou 125 000 à l’heure sur des journées de douze heures.

En fait, le chef libéral étale cet objectif sur dix ans et non durant le prochain mandat. Néanmoins, cet engagement impliquerait l’apparition de près de 548 000 arbres par jour, donc un peu plus de 45 000 à l’heure sur des journées de 12 heures.

«L’ambition est importante», rétorque le député sortant, François-Philippe Champagne, visiblement un peu déstabilisé par la question.«Les jeunes qui sont devant nous s’attendent d’avoir une vision.»

«Votre parti prône plutôt l’insouciance climatique que l’urgence climatique», contre-attaque le représentant libéral à son adversaire conservateur. «À chaque fois que nous avons proposé des mesures, dans le budget, pour aider l’environnement, vous avez voté contre.»

M. Champagne a dû défendre la fibre environnementale des libéraux, principalement après l’acquisition d’un oléoduc dans l’ouest du pays au coût de 4,5 milliards $. Le néodémocrate Barthélémy Boisguérin aurait aimé entendre le candidat libéral sur la durée de ces travaux, qui repousseront d’autant les réinvestissements promis dans les énergies vertes. M. Champagne s’est plutôt étendu sur une longue réponse lors de laquelle il s’est dit particulièrement heureux de croiser M. Boisguérin sur la tribune d’un débat pour la première fois.

M. Courchesne a aussi dû ramer pour convaincre les jeunes que l’environnement occupait une place importante au Parti conservateur. Après avoir énuméré des mesures comme l’aide aux entreprises pour adopter des technologies plus vertes ou la protection des cours d’eau, il y est allé d’un aveu un peu surprenant.

«Je n’aurais pas choisi le Parti conservateur s’il n’avait pas de plan environnemental», confie-t-il. «Je ne me serais jamais présenté pour eux.»

Pourtant, réplique M. Champagne, le Parti conservateur a voté contre la motion pour déclarer l’urgence climatique, au printemps dernier. Le candidat conservateur a également été invité à détailler le corridor énergétique prôné par son chef, assurant qu’il ne serait jamais imposé contre la volonté d’une communauté. M. Boisguérin ne semblait pas trop y croire.

M. Courchesne s’est senti au centre de tirs groupés sur cet enjeu, ce qui a inspiré un commentaire de son adversaire libéral.

«Si vous ne voulez pas être la cible des attaques, changez de parti, ça va vous aider!», suggère M. Champagne.

Autres enjeux

Les candidats ont débattu pendant environ 90 minutes. Après s’être présentés à tour de rôle et avoir échangé sur les enjeux environnementaux, ils ont dû répondre à des enjeux d’identité, avant de conclure et de répondre à quelques questions des étudiants.

Les candidats ont trempé leurs orteils dans le débat sur l’adoption de la loi sur la laïcité. Nicole Morin, candidate du Bloc québécois, en a profité pour souligner le problème de représentativité de la province à Ottawa, puisque 68 des 78 députés sur la Colline parlementaire s’opposent à cette loi.

«Seuls les dix députés du Bloc québécois ont manifesté leur appui», mentionne-t-elle. «Tous les chefs de partis, sauf Yves-François Blanchet, sont contre la laïcité de l’état au Québec.»

M. Courchesne a rapidement défié la candidate bloquiste après son intervention.

«Si un gouvernement décidait d’aller en Cour suprême pour contester la loi 21, qu’est-ce que le Bloc pourrait faire pour les Québécois?», questionne-t-il. Mme Morin a esquivé la question, ce qui n’a guère étonné le représentant conservateur.

«Même si le Québec faisait élire 78 députés du Bloc québécois, si un gouvernement décide d’aller en Cour suprême, le Bloc québécois ne pourrait rien faire.»

La candidate du Parti vert du Canada, Stéphanie Dufresne, est restée fidèle à elle-même durant ce débat, en positionnant clairement l’urgence climatique comme l’élément central qui influence tout son programme politique. Elle a réitéré son opposition au projet de Gazoduq - GNL Québec, qui passerait notamment au nord de La Tuque.

«Un pouvoir politique qui ne ferait pas de la sauvegarde du monde son absolue priorité n’a aucune crédibilité», tonne-t-elle. «Des beaux discours, des mesurettes, du greenwashing, ça ne suffit plus.»

Qu’en ont retenu les étudiants? Plus du tiers des participants ont voté au terme de l’exercice. Le Parti libéral a recueilli 21 votes, le NPD 17, le Parti vert 9, le Bloc québécois 5 et le Parti conservateur, 2.