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Survivre à la mort de son enfant
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Survivre à la mort de son enfant
«Dans le deuil, il faut que tu continues à vivre»: Martin Provencher et d'autres parents qui ont vécu la mort tragique de leur enfant racontent comment ils ont surmonté cette épreuve.
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Martin Provencher, papa de Cédrika: continuer malgré l’absence [VIDÉO]

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Martin Provencher, papa de Cédrika: continuer malgré l’absence [VIDÉO]

TROIS-RIVIÈRES — Bien en évidence sur le mur du salon de la maison de son père, le large sourire et les yeux rieurs de Cédrika Provencher prennent toute la place dans ce cadre qui trône au cœur de la pièce. Chez Martin Provencher, ça se voit, Cédrika continue de vivre, d’être présente, même si elle n’occupe pas tout l’espace. Elle a sa place, tout simplement.

«Elle fait partie de ma vie. Il ne faut pas que ça devienne une obsession, et à l’inverse il ne faut surtout pas la tasser complètement. Elle est là et fait partie de ma vie», confie Martin Provencher.

Genny Harvey, maman de Vixy et Alexandre: accepter de ne jamais s’en remettre

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Genny Harvey, maman de Vixy et Alexandre: accepter de ne jamais s’en remettre

SHAWINIGAN — Perdre un enfant est tellement contre nature que même la langue française n’a pas pu penser à un mot pour le nommer. «On peut être veuf quand on perd un conjoint. On peut être orphelin quand on perd nos parents. Mais quand on perd nos enfants, on est quoi? Moi, depuis 18 ans, je dis que je suis désenfantée».

Genny Harvey n’a pas souvent donné d’entrevues depuis la mort de Vixy et Alexandre, le 29 décembre 2002. La sexologue et psychothérapeute de Shawinigan se sera prononcée maintes fois dans les médias dans le cadre de son travail. Mais comme maman, très peu. Pourtant, elle accepte l’invitation que Le Nouvelliste vient de lui faire, au lendemain de la mort de Norah et Romy Carpentier. Pourquoi?

« Ça ne cicatrise jamais »

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« Ça ne cicatrise jamais »

Un énorme trou. Un trou qui ne se remplit plus jamais. C’est avec cette image que Marlaine Dallaire, dont le fils Maxime a été tué il y a neuf ans, explique comment se sent un parent qui perd un enfant. « Il faut s’accrocher aux belles choses. Mais ça reste un film d’horreur. »

Maxime Dallaire-Gobeil avait 27 ans lorsqu’il a été tué par arme blanche au Motel Richelieu de Jonquière. C’était le 25 octobre 2011. Une transaction de drogue qui s’est terminée en drame. Personne n’a été reconnu coupable de ce meurtre.

Donner un sens à l’absence

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Donner un sens à l’absence

Ce samedi matin là, Justin Lefebvre était très excité : le garçon qui venait lui-même de célébrer son huitième anniversaire était invité à aller fêter celui de son copain Elliot. Justin avait tellement hâte de participer à la fête!

« C’est Benoit, son papa, qui allait le reconduire. Juste avant qu’il parte, j’ai mis de la crème solaire à mon garçon. J’ai pu toucher sa peau... Justin était tellement content d’aller à la fête qu’il m’a fait un gros câlin en me souhaitant bonne journée, puis il est parti… » se souvient Marie-Pier Savaria.

Arrivé chez son ami Elliot, Justin a aussitôt été invité à enfiler son maillot et à filer dans la piscine où le fêté et des amis se trouvaient déjà, nageant et s’amusant sous la surveillance d’un adulte. Benoit Lefebvre est parti après avoir salué son fils pour la toute dernière fois.

« Je m’en souviens, je m’en allais faire une commission. En chemin, j’ai croisé une ambulance. Je parlais au téléphone avec mon frère et j’ai vu que le père d’Elliot me téléphonait. Je me suis dit que j’allais le rappeler dans quelques minutes. Mais il a rappelé une deuxième fois. Puis une troisième fois. Là j’ai répondu. Il était en panique. J’ai fait demi-tour et je suis retourné chez eux », se souvient Benoit Lefebvre.

À son retour, Benoit Lefebvre a découvert son fils inconscient, en arrêt cardiaque, couché sur le patio. Autour de lui, plein de personnes s’activaient. Les manœuvres de réanimation avaient été commencées dans les secondes suivant la découverte de l’enfant inconscient dans la piscine. Le papa d’Elliot et deux autres personnes présentes à la fête étaient médecins.

Les ambulanciers paramédicaux et les premiers répondants sont rapidement venus prêter main-forte. Justin a donc reçu très rapidement les meilleurs soins qu’il est possible d’espérer dans de pareilles circonstances; il avait toutes ses chances de s’en sortir.

Mais c’était pourtant là que devait s’arrêter le chemin de Justin malgré tous les efforts déployés pour le ramener à la vie. Le jeune garçon aux cheveux roux et aux yeux bleus si vifs, qui vivait sans perdre une minute, qui aimait tant « travailler » plutôt que jouer, allait être déclaré en état de mort cérébrale le lendemain après-midi aux soins intensifs pédiatriques de l’Hôpital Fleurimont.

L’enfant s’amusait tout bonnement à s’hyperventiler pour rester sous l’eau le plus longtemps possible, comme le font tellement d’enfants. Or cette pratique peut faire perdre connaissance subitement, et, pour des raisons qui ne sont pas bien comprises, provoque un taux important d’échec de la réanimation cardiorespiratoire.

« Pour nous, c’était le week-end de la fête des Pères, on avait un souper prévu dans ma famille le soir à Saint-Hyacinthe, on avait une belle vie bien remplie, tout allait bien... Rien ne nous préparait à ce que notre vie bascule comme ça », lance doucement Marie-Pier Savaria. 

C’était le 17 juin 2017. Il y a tout juste trois ans maintenant que Justin a été arraché aux bras bienveillants de ses parents et de ses deux petits frères.

Mais c’est aujourd’hui un message d’espoir que le couple, ce « bon team » comme ils se décrivent, souhaite livrer aux parents qui ont perdu ce qu’ils ont de plus précieux.

« Il y a de l’espoir, même après une grosse tempête », assure Marie-Pier Savaria.

L’espoir malgré la tempête

Ébranlés, secoués, Marie-Pier Savaria et Benoit Lefebvre ont réussi à poursuivre leur route transformée ensemble, main dans la main, en compagnie d’Émile et Victor, leurs deux fils plus jeunes qui ont aujourd’hui 8 ans et 5 ans, sans jamais oublier un seul instant leur beau et grand Justin.

Le chemin de leur restauration est parsemé de moments difficiles, de beaux moments aussi, de journées et même de périodes qui vont moins bien, de nouveaux projets aussi, dans une recherche pour redonner un sens à un événement qui n’en a pourtant aucun.

Parmi les choses qui ont pu aider le couple à assumer le choc : le don d’organes. « Justin a pu faire don de ses organes à sa mort. On sait que les quatre enfants qui ont reçu ses organes vont toujours bien aujourd’hui grâce au don de Justin », raconte sa maman sans cacher toute sa fierté pour son jeune héros.

« Cette année, notre fils Émile, qui a 8 ans, devait faire une présentation orale sur son héros préféré. Il a choisi son frère parce qu’il a donné ses organes et sauvé des vies! C’était tellement beau », souligne Mme Savaria.

Les parents ont voulu aller plus loin encore. La première étincelle de ce projet est venue d’Elliot, l’inséparable copain de Justin. « Aux funérailles, Elliot est venu me voir en me disant : « Benoit, il faut que je te parle de quelque chose… » Il avait eu l’idée qu’on fasse une fondation au nom de Justin pour qu’on se souvienne de lui. C’est incroyable qu’il ait pensé à ça à 8 ans », se rappelle Benoit Lefebvre, soulignant que le couple est toujours proche d’Elliot et de ses parents.

C’est ainsi qu’est née la Fondation Justin-Lefebvre, moins de six mois après sa mort, avec une double mission : promouvoir le don d’organes et remettre de l’équipement sportif aux enfants de milieux défavorisés qui n’auraient pas les moyens de faire du sport autrement.

« Justin vit encore grâce à la fondation. Ça nous fait chaud au cœur. Récemment, nous avons pu fournir 40 000 $ pour la construction d’un terrain de soccer synthétique à l’école primaire Jean-XXIII de Sherbrooke, où il y a beaucoup d’enfants immigrants pour qui c’est le soccer qui est leur passion », relate Benoit Lefebvre avec beaucoup de fierté dans les yeux.

Du temps, c’est ce qu’il faut pour se rétablir tout en portant le deuil de son enfant. « Il faut s’entourer, il faut s’outiller, il faut se soutenir. Et ça devient de plus en plus facile avec le temps même si le deuil est toujours là… » résume doucement Mme Savaria.

« Si j’ai pu survivre, elle le peut et elle le doit »

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« Si j’ai pu survivre, elle le peut et elle le doit »

« Je comprends très bien la mère pour avoir aussi perdu deux filles. C’est tout un vol. Elle s’est fait voler ses filles, sa vie, ses rêves. C’est terrible », a témoigné Pierre-Hugues Boisvenu en pensant à Amélie Lemieux, la mère de Romy et Norah Carpentier.

Celui qui a perdu son aînée, Julie, assassinée par un récidiviste en 2002, et sa fille cadette, Isabelle, décédée dans un accident de voiture en 2005, tentera de rencontrer la mère de Romy et Norah la semaine prochaine. « Je serai à Québec alors si j’ai la chance de la rencontrer, je le ferai. J’aimerais lui exprimer toute la sympathie et la compréhension que j’ai pour elle. Si je peux prendre un peu de sa douleur sur mes épaules, je le ferai », souligne le sénateur.

« Ce drame est insensé. Et le grand défi d’un deuil, et ça vaut pour tout le monde, est de donner un sens à la perte d’un proche. Pour ne pas mourir avec nos enfants qui partent aussi subitement, aussi dramatiquement, on doit recréer sa vie, ses rêves. Tout est à rebâtir. J’espère qu’elle sera bien entourée pour ce long pèlerinage qu’elle entame en elle-même. »

M. Boisvenu a été touché, lundi, par le message qu’Amélie Lemieux a livré devant les caméras. Un hommage à ses filles prononcé dans la douleur. Et des remerciements aux équipes de recherche et à la population. 

«Il faut comprendre et l’entourer d’amour»

« On ne doit pas juger le geste qu’elle a posé. Il correspondait à ses émotions et à son chagrin. Il faut comprendre et surtout l’entourer de beaucoup d’amour. Nous, on a eu la chance, lors de la mort de nos filles, d’être entourés de toute la collectivité sherbrookoise. Ça nous a beaucoup aidés à préparer notre deuil. Tout Sherbrooke avait kidnappé notre douleur pour tenter de la dissiper. La peine que j’ai pour la mère de Romy et Norah, c’est qu’elle vivra cette douleur pendant la pandémie. Et qui dit pandémie, dit absence de rapprochement. Ça va être difficile », note M. Boisvenu, espérant que les messages de compassions virtuels réussiront à réconforter, autant que faire se peut, la mère endeuillée. 

« À cause de la pandémie, elle devra penser à la manière dont aura lieu le service de ses filles. Nous on n’a pas eu à penser à ça. »

Il y a plusieurs façons de perdre un enfant. Un crime, un accident, une maladie. « Quand Julie a été assassinée, j’étais rempli de rage pour le récidiviste. Quand Isabelle est décédée, cette rage a été dirigée vers Dieu, car je me disais que j’avais donné une fille à ma cause, à la mission que la vie m’a donnée. Mais deux, c’était incompréhensible. La dame aussi doit être remplie de questions. Pourquoi elle? Pourquoi ses deux enfants? Pourquoi l’ex-conjoint a-t-il agi de la sorte? »

Quinze ans après la mort d’Isabelle et dix-huit ans après celle de Julie, est-ce que la douleur demeure? « La douleur se dissipe avec le temps, mais la peine, jamais. La peine demeurera. Perdre deux enfants, c’est comme être paraplégique de la vie. Mais on peut faire des miracles même avec ce handicap. » 

« La violence familiale, un fléau »

« Si mon cheminement peut être une lumière au bout du tunnel pour elle, tant mieux », ajoute M. Boisvenu rappelant que, malheureusement, il y a beaucoup de familles qui ont vécu ce que Mme Lemieux vit. 

« L’Association de personne assassinée compte beaucoup de familles. Elle n’est pas seule. Si j’ai pu survivre, elle le peut. Et elle le doit. Pour elle. Pour sa famille. Et ce sera plus facile avec l’aide de gens qui sont passés par le même drame qu’elle. »

Le fondateur de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues souligne que la violence familiale est un fléau. « Je travaille présentement avec un groupe de 72 femmes dont la majorité sont victimes de violence conjugale et de tentative de meurtre. Il faut donner à ses femmes le moyen de se protéger et de protéger leurs enfants. »

« On ne peut pas vivre au Québec chaque année avec l’équivalent (d’une tuerie) de la Polytechnique et se croiser les bras. » 

Les solutions passent par le Code criminel, croit le sénateur. « Le code est très timide sur la violence familiale. Je préconise un chapitre complet qui traitera des hommes qui ne respectent pas leur ordonnance de cour, des hommes qui sont des récidivistes. On a des moyens techniques pour les contrôler. Je pense au bracelet électronique. Un récidiviste ne se soigne pas tout seul. On doit l’obliger à suivre une thérapie de la même manière qu’on oblige des gens qui ont des problèmes d’alcool au volant. Et s’ils ne suivent pas les thérapies, on doit imposer des sentences graves, longues. Ces hommes-là doivent être devant des choix qui les mèneront à aller chercher de l’aide. Et non penser que parce qu’on fait des publicités à la télévision, ces gens-là changeront de comportement », estime M. Boisvenu.

Perdre un enfant : « Un deuil contre nature »

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Perdre un enfant : « Un deuil contre nature »

Les parents qui perdent un enfant en porteront le deuil pour le reste de leur vie. Ils pourront retrouver la joie, la lumière, des projets, mais « ce sera rarement une vie comme avant », estime la psychologue Anne Brault-Labbé, spécialiste du deuil périnatal. « La plupart du temps, c’est une blessure dont la douleur finira par être moins vive, mais elle laissera des marques importantes. »

Le deuil porté par Jeanne Béland en est une bonne illustration. Par un beau matin d’avril, sa petite Antoinette s’est fait opérer après s’être fracturé la jambe. Ça devait être une opération simple, rien de très compliqué. La fillette de huit ans est pourtant décédée plus tard dans la journée à la suite de complications chirurgicales. C’était en 1958.

« Je me rappelle que je suis rentrée chez nous à pied sans comprendre ce qui m’arrivait. J’avais de la misère à marcher. Je marchais croche, comme si j’avais trop bu. J’avais mes huit autres enfants. J’ai fait le souper, mais je n’étais comme pas là. Rien n’a plus jamais été pareil », se rappelle Jeanne Béland, 90 ans aujourd’hui.

Ça fait aujourd’hui 62 ans qu’Antoinette est partie sans avertissement ni un dernier au revoir pour sa maman.

[MATIÈRE À RÉFLEXION] Les hommes, des chênes rigides... jusqu’à la cassure 

LE MAG

[MATIÈRE À RÉFLEXION] Les hommes, des chênes rigides... jusqu’à la cassure 

L’alerte Amber déclenchée la semaine dernière et la chasse à l’homme qui a suivi pour retrouver Martin Carpentier ont retenu l’attention partout au Québec, et même en dehors des frontières de la province. Formé à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) en sciences sociales, Sébastien Ouellet, directeur général du Centre de ressources pour hommes Optimum et président du Regroupement intersectoriel sur les réalités masculines du Saguenay–Lac-Saint-Jean (RIRM SLSJ), se prononce sur la situation des hommes en détresse.

Q: On entend souvent dire que les hommes hésitent avant de demander de l’aide. Est-ce réellement le cas ? Pourquoi ?

R: Oui, c’est le cas. De nombreux chercheurs ont essayé de comprendre ce qui décourageait les hommes de demander de l’aide. Il n’y a pas tant de différences fondamentales, entre les hommes et les femmes, mais c’est plutôt la manière dont nous sommes éduqués qui nous amène à être et à agir différemment. C’est ce qu’on appelle les stéréotypes de genre. On s’attend généralement d’un jeune homme qu’il règle ses problèmes par lui-même, avec force, confiance, persévérance et détermination. Pour le dire simplement, les hommes tendent à voir la demande d’aide comme un échec et préfèrent se débrouiller seuls... « comme un vrai gars est censé faire ». Ils ne demandent de l’aide qu’en dernier recours, après avoir épuisé leurs outils personnels. Alors que le bambou résiste au vent en étant souple, les hommes ont tendance à incarner un chêne rigide qui résiste au vent... jusqu’à son point de cassure. À ce moment-là, ils ne viennent pas pour un seul problème, mais pour un « cocktail » composé du problème d’origine et de toutes sortes de difficultés s’étant ajoutées. Les gars nous disent qu’ils ont la mèche courte alors qu’en réalité, ils l’ont laissée brûler trop longtemps avant de réagir. Le choc des réalités devient brutal ; leur situation, plus difficile à accepter, à régler. Ils peuvent avoir l’impression que la montagne est insurmontable, avec des résultats tragiques.