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Justice et faits divers
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«Pourquoi il t’a fait ça?»: des voisins d'une victime sous le choc

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«Pourquoi il t’a fait ça?»: des voisins d'une victime sous le choc

Jean-François Néron
Jean-François Néron
Le Soleil
Une scène d’horreur s’est déroulée sous les yeux des proches et des voisins de Suzanne Clermont, 61 ans, tuée le soir de l’Halloween sur la rue des Remparts pendant la cavale meurtrière d’un homme armé d’un sabre dans les rues du Vieux-Québec. La journée de dimanche a servi à commémorer la mémoire d’une femme visiblement appréciée de son entourage.

«Je vais le tuer. Je vais le tuer (…) Pourquoi il t’a fait ça. On menait une belle vie.» Les paroles sont du conjoint de Mme Clermont, Jacques «coco» Fortin, animateur de radio très connu dans les années 70 et 80. Elles ont été prononcées sous un choc intense. C’est lui qui a retrouvé le corps inanimé de son amoureuse samedi vers 22h26, assassiné sur le trottoir tout juste devant la résidence du couple. 

Lors d’un passage du Soleil en journée, des voisins et amis tenaient déjà à rendre hommage à la victime qui réside à cet endroit depuis plus de 20 ans. «Elle était très généreuse, joviale au bout. Une femme extraordinaire qui avait toujours le sourire et en train d’écouter les autres», lance Roland, un voisin visiblement troublé par les événements (on le serait à moins).


« Pourquoi il t’a fait ça? On menait une belle vie »
Le conjoint d'une dame assassinée

Selon lui, elle avait l’habitude de sortir fumer une cigarette à l’extérieur. «Je venais souvent l’accompagner pendant qu’elle fumait sa dernière cigarette avant de se coucher. Là, on jasait. Hier, je n’y étais pas.»

Pas plus tard que mercredi, elle lui avait fait un «plat de nouilles», souligne-t-il, pour montrer sa générosité. Il l’a décrit comme la présidente du comité social des résidents de la rue des Remparts. Souvent, ils se réunissaient pour des 5 à 7 ou autres activités extérieures. «On n’a pas de cour ici. Donc, on se voyait dans la rue», ajoute un second voisin, tout aussi ébranlé. Il souligne que son «entregent» tient du fait qu’elle travaille au public. Elle était coiffeuse dans un salon de la rue Saint-Jean.

Des voisins et amis tenaient à rendre hommage à Suzanne Clermont qui réside sur la rue des Remparts depuis plus de 20 ans. La dame dans la soixantaine a été froidement assassinée samedi par le tueur du Vieux-Québec.

Bertrand Morin s’est recueilli quelques minutes devant la résidence en fin d’après-midi avec un groupe de voisins, devenus amis. Ils ont apporté avec eux un bac rempli de fleurs à la mémoire de Mme Clermont. 

«On se connaît tous. On se voyait tout le temps. Avec la pandémie, on pouvait prendre un verre dans la rue. On en profitait pour se rencontrer. On a même fait une épluchette de blé d’Inde cet été», lance-t-il, visiblement troublé. «Monsieur, retenez que le tueur a pris la meilleure d’entre nous», ajoute une dame», qui accompagnait M. Morin.

Un rassemblement devant le domicile de Suzanne Clermont sur la rue des Remparts dimanche après-midi

Sur sa page Facebook, Klody Tremblay, proche de la victime, écrit : «Je pleure sans fin, mon amie est décédée pour rien, juste parce qu’elle était là quand ce fou déguisé est passé.» C’est bien décrire la situation qui crée un trou béant dans cette communauté tissée serrée. 

Au bout du fil, Mme Tremblay ne tarit pas d’éloges pour la disparue. «C’était une toute petite femme très souriante, joyeuse, dynamique, empressée d’aider. Dans un groupe, sa présence était importante. On est dévasté. Les petites mains de Suzanne qui nous jouaient dans les cheveux… elle faisait des petits miracles.» Ses proches avaient d’ailleurs témoigné de leur attachement à l’occasion d’une fête-surprise pour son 60e anniversaire.

Une soirée de partage à la chandelle est organisée devant chez elle à 19h ce lundi, rue des Remparts. Les gens sont conviés à apporter fleurs et chandelles.  

Moment de peur

Maïté habite à quelques portes de la victime. À 22h26, elle est sortie avec sa chienne Rubis avant d’aller au lit.

Maïté habite à quelques portes de la victime. À 22h26, elle est sortie avec sa chienne Rubis avant d’aller au lit. Elle est demeurée figée devant la porte de sa résidence lorsqu’elle a entendu des gémissements. 

«Ça s’arrêtait et ça recommençait. Je pensais que c’était comme une poupée d’Halloween, relate-t-elle. Et là, j’ai vu un monsieur habillé en noir avec un masque noir marcher de l’autre côté de la rue. Dans ma tête, je pensais que c’était lui qui criait. J’ai eu très peur. Mon chien jappait. Je l’ai vu et il m’a vu rentrer. J’ai dit à ma mère qu’il y avait un fou dehors et que je ne voulais pas me promener», ajoute Maïté.

C’est plus tard qu’elles ont compris que les gémissements provenaient du conjoint de la victime en proie à un profond désespoir lorsqu’il l’a retrouvée au sol. La nature des blessures infligées ne faisait qu’ajouter à la terreur. Selon les informations obtenues, elle avait des blessures très graves au visage.

La mère et la fille sont ressorties un peu plus tard à la rencontre du père de Maïté qui était allé stationner l’automobile pour la nuit. Lui-même a été témoin d’un événement en revenant à la maison.

L’homme a raconté avoir croisé deux jeunes fuir à la course, dont un était blessé à une jambe. C’est dire que le suspect aurait tenté de sévir à nouveau après avoir commis son second meurtre sur la rue des Remparts.

On sait qu’il se dirigeait alors vers l’Espace 400e où il a finalement été arrêté vers 12h45.

Le Musée national des beaux-arts du Québec secoué par la mort d’un de ses directeurs

Justice et faits divers

Le Musée national des beaux-arts du Québec secoué par la mort d’un de ses directeurs

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) est «sous le choc» après la mort d'un de ses directeurs, François Duchesne, qui a péri dans la tuerie de samedi soir dans le Vieux-Québec.

M. Duchesne, 56 ans, était directeur des communications et du marketing du MNBAQ depuis juin 2019. Il fait partie des victimes de la tuerie, confirme Linda Tremblay, porte-parole du MNBAQ.

«Nous sommes tous sous le choc, dit Mme Tremblay. Toute l’équipe du Musée national des beaux-arts du Québec est de tout cœur avec la famille et les proches de François, à qui nous offrons nos plus sincères sympathies, mais nous compatissons également avec les familles et les proches de toutes les victimes de cette tragédie inexplicable».

François Duchesne, 56 ans, était directeur des communications et du marketing du MNBAQ depuis juin 2019.

La mort de M. Duchesne est «une grande perte pour notre organisation», a ajouté Linda Tremblay. Le directeur général du MNBAQ, Jean-Luc Murray, devrait réagir en début de semaine.

Linda Tremblay décrit son patron, François Duchesne, comme «homme au grand coeur».

Selon elle, M. Duchesne était amoureux de sa ville et adorait marcher dans ses rues. Le Vieux-Québec était «son circuit prédilection», dit-elle.

Offrant ses condoléances aux familles des victimes de la tuerie, la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a ajouté dimanche sur Twitter que «la communauté culturelle est ébranlée» d'apprendre le décès de François Duchesne. 

Dévoué à Nez Rouge

Le fondateur d'Opération Nez rouge, Jean-Marie de Koninck, a été lui aussi bouleversé, dimanche, d'apprendre la mort de François Duchesne. M. Duchesne était membre depuis au moins 10 ans du conseil d'administration de Nez Rouge. 

«C'était une personne très engagée, très agréable, une très belle personnalité», dit M. de Koninck. 

L'opinion de François Duchesne était très écoutée au sein du conseil d'administration de Nez Rouge, selon Jean-Marie de Koninck. «Quand il parlait, on savait qu'il avait quelque chose d'intéressant à dire. Il avait de bonnes valeurs humaines». 

Même quand il se trouvait en dehors de Québec, M. Duchesne, qui a longtemps travaillé en entreprise privée, tenait à ne pas rater les réunions du conseil d'administration de Nez rouge. «Souvent, il devait être à Montréal pour son travail, dit M. de Koninck. Il insistait pour nous rejoindre virtuellement et pour participer aux rencontres». 

Passionné d'art

Le chef de Démocratie Québec et conseiller municipal Jean Rousseau éprouvait «beaucoup de tristesse», dimanche, après avoir appris la mort de François Duchesne, qu'il connaissait depuis plusieurs années. 

«François avait une personnalité agréable, c'était un homme chaleureux qui partageait sa passion pour l'art et pour les expositions. C'est quelqu'un qui va beaucoup me manquer», dit M. Rousseau, dont les pensées vont aux proches de M. Duchesne et des autres victimes de la tuerie. 

Dimanche, la famille de François Duchesne a préféré ne pas réagir publiquement. Un porte-parole d'une des sœurs de M. Duchesne a fait savoir que la famille souhaitait vivre son deuil dans l’intimité. 

Avec Élisabeth Fleury