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Les Hells Angels plus discrets, mais toujours bien présents
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Opération policière à Montréal en avril 2018.
Opération policière à Montréal en avril 2018.

Les Hells toujours en contrôle

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Les Hells Angels n’ont pas mis beaucoup de temps à se relever des grandes opérations policières qui ont visé à démanteler cette organisation qui contrôle, aujourd’hui, le commerce des stupéfiants sur pas moins de 95% du territoire québécois, avec 85 membres en règle répartis dans cinq chapitres.

Globalement, le club de motards, qui s’est hissé dans le peloton de tête des grandes organisations criminelles dans le monde, aura mis moins de cinq ans à se remettre de la grande opération SharQC qui visait à les éradiquer du territoire québécois, en réponse à une guerre sanglante qui a fait pas moins de 160 victimes dans les années 2000. Selon un policier de la Sûreté du Québec spécialisé dans les gangs de motards et dont nous devons taire l’identité, la nouvelle structure repose aujourd’hui sur 200 supporteurs regroupés dans plus ou moins 50 clubs de motards affiliés.

Les Hells Angels ont été dans l’obligation de fermer certains chapitres, dont Québec City et Sherbrooke, après l’opération SharQc, puisque 40 membres en règle se retrouvaient derrière les barreaux. Aujourd’hui, les cinq chapitres sont de nouveau actifs et assurent ainsi la présence des motards dans toutes les régions du Québec.

Le repaire des Hells de Charny, dans le secteur de Québec.

L’ouverture du nouveau chapitre des Nomads, composé en partie de motards provenant du club de Quebec City et de l’Ontario, ajoute aux activités du groupe au Québec et au Nouveau-Brunswick.

Selon la Sûreté du Québec, il faut aussi garder à l’esprit que les 86 motards du Québec affiliés aux cinq chapitres font partie d’une organisation qui en compte 46 pour tout le Canada, pour un total de 400 membres, et lorsque l’on déborde, les Hells Angels ont aujourd’hui un réseau de 467 chapitres dans le monde et 5000 membres.

Ces informations ont été obtenues quelques jours avant la frappe qui a touché le chapitre des Hells Angels de Quebec City, le 8 décembre dernier. Les policiers ont arrêté 18 individus reliés à un réseau de distribution de stupéfiants relié aux motards qui sévissait dans la région de Chaudière-Appalaches, un événement qui ne change rien au contenu de ce reportage.

Clubs affiliés

La multiplication des clubs affiliés sur le territoire québécois fait partie de la nouvelle stratégie des Hells Angels pour créer un mur coupe-feu entre les opérations dans la rue et le contrôle des différents territoires. Ces clubs sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux qu’avant l’opération SharQc de 2009. Leur présence est encore plus significative dans les zones où la concurrence pour le marché des stupéfiants est plus féroce.

C’est ainsi que les Demons Choice, Red Devils et Demos Crew, ainsi que différents chapitres des Devil Ghost et Brotherhood, ont fait leur apparition dans les dernières années un peu partout au Québec avec une présence plus importante dans la grande région de Montréal. La Sûreté du Québec a de plus été en mesure de constater que les nouveaux membres recrutés pour faire le saut dans le grand club provenaient de ces différents clubs affiliés.

L’infrastructure des clubs affiliés des Hells Angels, qui leur a permis de conquérir le territoire québécois jusqu’en 2009, a été construite depuis leur retour aux affaires au terme des sentences de l’opération SharQc et de l’arrêt des procédures. Ils ont de plus des relations avec les autres organisations criminelles comme les gangs de rue de la grande région de Montréal ainsi que la mafia italienne également concentrée à Montréal.

Le doyen des Hells Angels du Québec, Michel «Sky» Langlois, a été arrêté en 2018, à 72 ans, dans le cadre du projet Objection et condamné à une peine de 58 mois pour différentes affaires reliées au trafic de stupéfiants.

Les spécialistes des motards au sein des corps policiers constatent aujourd’hui de nouvelles façons de faire. Avec le contrôle des territoires, les motards sont en mesure de déterminer qui a le droit de vendre des stupéfiants en plus d’en fixer les conditions. Certains optent pour la location pure et simple d’une zone géographique délimitée avec un prix mensuel. D’autres fixent un loyer pour le territoire en plus d’une cote sur les quantités de drogue écoulées et dans certains cas, les vendeurs doivent aussi s’approvisionner auprès du détenteur du territoire.

Malgré le changement dans les opérations sur le territoire, les Hells Angels n’ont pas modifié significativement les différentes sources de revenus des activités qu’ils supervisent. Les services de renseignement considèrent que les motards criminalisés occupent surtout le lucratif marché des stupéfiants et de façon moindre, celui de la prostitution. Ce qui est considéré par les policiers comme une criminalité assez traditionnelle.

De vieilles façons de faire

En fait, les Hells Angels du Québec sont considérés comme des «motards âgés» qui se tiennent loin de la nouvelle criminalité. Ils évitent de plus les activités comme la fraude internationale et préfèrent demeurer en terrain connu. Ils ont en moyenne 55 à 60 ans. Le doyen des Hells Angels du Québec, Michel «Sky» Langlois, a été arrêté en 2018, à 72 ans, dans le cadre du projet Objection et condamné à une peine de 58 mois pour différentes affaires reliées au trafic de stupéfiants.

Les séjours des motards derrière les barreaux ne mettent pas un terme à leur contrôle sur le territoire. Ce sont d’autres motards qui prennent temporairement la relève et supervisent les opérations sur le territoire.

Depuis la fin des procédures dans SharQc et surtout l’arrêt Jordan, les forces de l’ordre ont changé de stratégie pour affronter les motards criminalisés. Les grandes opérations policières font maintenant place à des enquêtes plus restreintes (Nocif, Oursin etc.). Ces enquêtes visent en général une poignée d’individus qui contrôlent de plus petits territoires.

La Sûreté du Québec maintient toujours la pression sur les motards criminalisés et leur réseau. Elle intervient principalement avec les Escouades nationales de répression du crime organisé de Québec et Montréal qui compte sur le Service du renseignement et d’intervention du crime organisé avec deux équipes dont le rôle est de faire sentir la présence policière dès que les motards s’affichent publiquement.