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Des nouvelles du front
COVID-19
Des nouvelles du front
Dès le début de la pandémie, en mars, nos six médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante sont allés à la rencontre de travailleurs et travailleuses restés au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités. Sept mois plus tard, nous avons retrouvé ces héros du quotidien pour faire le point avec ceux qui ont tenu le fort dans nos vies chamboulées.
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Georges Tadi : «On peut voir les sourires dans les yeux des gens»

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Georges Tadi : «On peut voir les sourires dans les yeux des gens»

Mario Boulianne
Mario Boulianne
Le Droit
Le dépanneur de quartier, c’est le commerce de proximité par excellence. On y vient pour un litre de lait, quelques litres d’essence ou, parfois, juste pour piquer une jasette avec le proprio au gré d’une marche dans les rues du quartier.

Georges Tadi est ce genre de commerçant. Ce grand gaillard imposant, derrière son comptoir, vit au quotidien les aléas de la pandémie.

«Au début de la crise, les affaires ont presque cessé, confie-t-il lorsqu’interrogé par Le Droit. On a dû réduire le nombre d’employés, mais on ne voulait surtout pas réduire les heures d’ouverture. Pour notre quartier, le dépanneur est un service essentiel.»

Avec l’arrivée du printemps, les affaires ont repris au dépanneur Bonisoir du boulevard La Gappe à Gatineau.

«Au début de la crise, notre chiffre d’affaires était au plus bas, presque 40 % moins de vente qu’à l’habitude, dit-il. On avait une baisse de 1000 $ par jour juste en essence. Mais aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre. Et pour ce qui est de l’essence, on est revenu au niveau d’avant la pandémie, soit environ 12 000 litres par jour.»

L’autre constat fait par l’homme d’affaires concerne les ressources humaines. Il a de la difficulté à retenir son personnel et du coup, il peine à recruter de nouveaux employés. «La PCU de M. Trudeau n’a pas vraiment aidé les petites entreprises comme la mienne à retenir ses employés, explique-t-il. Ici, plusieurs commis sont à temps partiel ou ils sont encore aux études. La PCU était bien plus alléchante pour eux, et je les comprends. Maintenant, on doit travailler plus fort pour trouver des employés et surtout pour les garder.»

Et pour ce qui est de sa clientèle, Georges Tadi se compte chanceux de pouvoir compter sur une telle fidélité de la part de ses clients.

«C’est quand même beau de voir à quel point les gens sont solidaires et respectueux des consignes mises en place, ajoute-t-il. Malgré les masques, on peut voir les sourires dans les yeux des gens. On va finir par s’en sortir.»

Yves Morin: plus de mesures pour le camionnage 

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Yves Morin: plus de mesures pour le camionnage 

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Différentes mesures sanitaires se sont ajoutées au fil des derniers mois dans le monde du camionnage et au moins une d’entre elles devrait survivre à la pandémie de COVID-19, croit Yves Morin.

Le camionneur de 52 ans, qui compte environ 20 ans d’expérience dans le domaine, ne manque pas d’ouvrage malgré le coronavirus. Quelque huit mois après le début de la pandémie, ce citoyen de Notre-Dame-du-Mont-Carmel constate que les mesures de sécurité ont pris de l’ampleur un peu partout en Amérique du Nord, lui qui se rend fréquemment aux États-Unis.

«Quand on traverse les frontières, de plus en plus de douaniers américains et canadiens portent le masque, alors qu’ils étaient sans masque au mois de mars. En Ontario, peu importe la halte routière, tu as une zone de désinfection des mains obligatoire. Et depuis la fin du mois de mars, bien des places prennent la température frontale aux États-Unis, car les cas de COVID aux États-Unis, ça ne lâche pas. Et je ne sais pas si ça a rapport avec les élections, mais le contrôle est plus serré dans des entreprises du New Jersey, alors que dans les parties plus républicaines, c’est un peu moins strict. Mais en général, les gens portent un masque», confie M. Morin en soulignant que les camionneurs s’habituent à ces nouvelles consignes.

Contrairement aux haltes routières ontariennes, celles du Québec n’imposent pas la désinfection des mains, affirme Yves Morin. Les commerces installés dans les haltes routières placent une bouteille de désinfectant à l’entrée de leur local, mais l’entrée principale d’une halte est souvent sans gel ou liquide désinfectant.

Que la désinfection des mains soit obligatoire ou non dans certains endroits, Yves Morin s’impose cette routine avant de descendre de son camion et tout de suite après y être remonté. Il pense que cette mesure va s’implanter dans les habitudes quotidiennes.

«Bourret, mon employeur, a mis un chapiteau extérieur avec des lavabos (à ses installations de Drummondville). Ils sont en train d’implanter la même chose, mais de façon permanente avec des structures extérieures. Avant même d’aller au contrôle de sécurité, où on passe nos cartes d’employés, il faut passer par la désinfection des mains. J’apprécie de voir ça.»

Harley Lemieux: gravir les échelons de la désinfection

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Harley Lemieux: gravir les échelons de la désinfection

Patricia Rainville
Patricia Rainville
Le Quotidien
Il était le gardien de la désinfection dans un supermarché de Chicoutimi lors de la première vague de COVID-19. Le jeune et dynamique Harley Lemieux, tout sourire, se chargeait de nettoyer chacun des paniers et s’assurait que les clients se lavaient bien les mains en entrant dans le magasin. Pour lui, rester au travail était important.

Rapidement, les mesures sanitaires ont fait partie de son quotidien. Sa mission ? Contrer, du mieux qu’il le pouvait, la propagation du coronavirus.

Sept mois plus tard, Harley Lemieux est toujours aux premières loges de la désinfection. Mais il a gravi les échelons dans le milieu du nettoyage professionnel. Le jeune homme travaille maintenant chez Qualinet.

Au printemps dernier, le sympathique jeune homme faisait le bonheur de bien des clients du supermarché pour lequel il travaillait. « Je me faisais beaucoup féliciter. Les gens ont toujours été gentils, même si nous étions dans une situation difficile. Les plus réguliers me saluaient et me reconnaissaient dans la rue, après la publication de l’article! », confie le jeune homme.


« J’ai décidé de quitter mon emploi pour aller en apprendre davantage dans le milieu du nettoyage professionnel. »
Harley Lemieux

C’est à la fin du mois de juin qu’Harley Lemieux a quitté son poste de commis au supermarché pour un nouveau défi.

« J’ai décidé de quitter mon emploi pour aller en apprendre davantage dans le milieu du nettoyage professionnel », explique Harley.

C’est donc chez Qualinet qu’il a décroché un nouvel emploi.

Au coeur de cette deuxième vague de COVID-19, le jeune homme est dépêché dans des endroits touchés par une éclosion de COVID-19, où la désinfection est nécessaire.

« On offre plusieurs services de nettoyage commercial ou résidentiel. Bien évidemment, avec la COVID-19 qui explose un peu partout, on reçoit beaucoup de contrats, soit pour nettoyer l’intérieur des bâtiments ou pour aller désinfecter des zones d’éclosion de coronavirus », explique celui qui est toujours passionné par son travail.

Comme c’était le cas lors de la première vague, au printemps dernier, Harley Lemieux estime que son travail est très utile par les temps qui courent. Et ce n’est pas l’ouvrage qui lui fait peur.

Jean-François Deshaies : fatigue à la salle d'urgence

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Jean-François Deshaies : fatigue à la salle d'urgence

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Le taux d’activité a repris son niveau habituel dans les salles d’urgence de Sherbrooke. Elles sont de nouveau pleines de patients que l’on est incapable d’hospitaliser dès leur admission dans des chambres adéquates pour leur condition.

Les membres du personnel des urgences étaient déjà fatigués bien avant la pandémie, parce que trop peu nombreux face à des patients qui se succédaient sur des civières toujours pleines; les voilà plus épuisés et inquiets que jamais.

Le Dr Jean-François Deshaies a des appréhensions par rapport à l’hiver qui s’en vient dans les salles d’urgences des deux hôpitaux universitaires où il travaille à Sherbrooke. « Notre système de santé ne fonctionne pas bien depuis des années. Tout n’est pas sous contrôle; il y a des dangers pour les patients en ce moment. C’est ça la réalité », soutient le Dr Deshaies, médecin urgentologue à l’Hôpital Fleurimont et à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke.

Au plus fort de la première vague, les CIUSSS du Québec ont reçu le mot d’ordre de faire du délestage de leurs activités courantes. D’un coup, les chirurgies et les examens non urgents se sont arrêtés. De plus, les patients avaient peur de se présenter dans les hôpitaux même quand leur état de santé le nécessitait. Conséquences : les salles d’urgence se sont tout à coup vidées. On y trouvait des civières libres. On avait le temps de bien soigner les patients qui s’y trouvaient. Une fois stabilisés, ils montaient rapidement aux étages. Le personnel terminait sa journée avec le sentiment du devoir accompli, du travail bien fait. 

Jean-François Deshaies espérait alors que les directions en tireraient des leçons. Qu’on travaillerait à redonner aux salles d’urgence leur pleine capacité à faire ce pour quoi elles existent : donner des soins critiques. Stabiliser les patients, puis les renvoyer à la maison. Ou les stabiliser, puis les hospitaliser dans une chambre appropriée.

Mais les solutions sont difficiles à trouver dans un système « aussi malade depuis plus de 20 ans ». « Je n’en veux pas aux administrateurs; je leur souhaite bonne chance. C’est un défi difficile », assure le médecin urgentologue, qui est aussi professeur à l’Université de Sherbrooke.

Quant au Dr Deshaies, il continuera de soigner ses patients avec la même rigueur et la même inquiétude pour chacun d’entre eux, en tentant de tout mettre en place pour que chacun puisse recevoir les meilleurs soins au meilleur endroit.

Jennie Boutet: Sept mois à «pédaler»

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Jennie Boutet: Sept mois à «pédaler»

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
Jennie Boutet, qui nous avait parlé le 23 mars, est toujours infirmière au département des soins intensifs pédiatriques, au Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL). Elle fait toujours partie de ces «anges gardiens», comme se plaisait à les surnommer le premier ministre, François Legault, au tout début de la pandémie.

À 44 ans et une vingtaine d’années d’expérience, Jennie avait déjà vécu le SRAS et la H1N1 à l’hôpital. Malgré tout, l’infirmière clinicienne ne s’en cache pas: même après plusieurs mois au cœur de la crise, la COVID-19 continue d’effrayer. 

«On a continué à se préparer comme pour la guerre, quand on savait que la deuxième vague s’en venait. On savait que ça allait être plus difficile».

«Pédaler dans le vide»

Quand le nouveau coronavirus a commencé à frapper, la peur et l’angoisse provenaient surtout de l’«inconnu». Ce sentiment de «stress» s’est transformé au fil des semaines, des mois. Mais il n’a pas disparu, au contraire. «Les consignes s’empilent et on est plus brûlés qu’on l’était pendant la première vague», laisse-t-elle tomber.

Vrai qu’il n’y a pas tellement de patients hospitalisés en raison du virus, selon elle. «Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas plus». Et les éclosions dans les hôpitaux n’ont rien de rassurantes, pour le personnel de la santé, estime l’infirmière qui travaille auprès des enfants.


« On a hâte que ça finisse nous aussi. Comme tout le monde, je vis la COVID. Je la vis au travail, à la maison, avec quatre enfants qui sont à l’école, tout le temps »
Jennie Boutet

«On ne peut pas se permettre d’être malades. Dans notre département ultra spécialisé en chirurgie cardiaque et en neurochirurgie, si on tombe malade, tous nos patients qui entrent aux soins intensifs sont à risque.

En voyant les chiffres ces jours-ci, elle craint que ce scénario ne se concrétise. «Le sentiment intérieur qu’on a comme professionnels de la santé, parfois, c’est l’impression d’avoir pédalé dans le vide. Quand on voit la résistance des gens aux règles, on est un peu découragés de voir ce qui se passe».

«Un coup à donner»

Au mois de mars, le message de Jennie Boutet était celui-ci. «Respectez les consignes. Peu importe ce que vous en pensez, aidez-nous à vous aider.» 

Plus de sept mois plus tard, il n’a pas beaucoup changé. «On a hâte que ça finisse nous aussi. Comme tout le monde, je vis la COVID. Je la vis au travail, à la maison, avec quatre enfants qui sont à l’école, tout le temps». 

Mais elle ne s’en cache pas, ce mode de vie épuise. Elle s’inquiète d’ailleurs de voir des infirmières «lâcher prise» dans l’avenir. «On est capable de tenir et de faire un bout de chemin, mais quand ça fait plus de six mois qu’on accumule, la charge mentale vient jouer sur notre capacité à soigner.» 

«Et c’est épeurant, on n’a vraiment pas envie de voir un enfant subir les conséquences de la COVID et décéder. Pas du coronavirus, mais de son impact sur le système de santé.»

À LIRE AUSSI: Jennie Boutet, infirmière: «Nous avons l’impression d’aller à la guerre»


Un nouveau rôle pour les paramédics

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Un nouveau rôle pour les paramédics

Karine Blanchard
Karine Blanchard
La Voix de l'Est
Le quotidien des paramédics a été chamboulé depuis le début de la pandémie, il y a sept mois. Le rôle de ces travailleurs de première ligne a évolué au fil du temps. En plus d’être toujours au front, des équipes sont maintenant déployées dans des centres de dépistage de la COVID-19.

«Les paramédics et autres corps de métier dans le milieu de la santé, avec les arrêtés ministériels, ont commencé à changer de rôles, ce qui est très bien», estime Jean-Philippe Guyon, superviseur au sein de l’entreprise ambulancière Dessercom à Granby.

Une soixantaine de paramédics de la compagnie se sont portés volontaires pour travailler dans les centres de dépistage à Granby et à Bromont. Leurs homologues de Sherbrooke ont été les premiers à se diversifier en proposant leur aide dans ces centres dès le début de la pandémie.

C’est maintenant à leur tour de leur emboîter le pas non seulement dans les centres, mais également en s’impliquant dans le dépistage mobile. «Ce type de dépistage sert aux gens qui ne peuvent se déplacer. Il nous permet aussi de nous rendre dans des milieux où il y a une éclosion. On ira directement sur place, explique le paramédic. Certains pensent encore qu’on est des transporteurs. Qu’on ne peut pas faire autre chose, mais ce n’est pas le cas.»

Leur travail a changé à bien des niveaux. Les protocoles d’intervention auprès de patients potentiels infectés au coronavirus, qui pouvaient être modifiés d’heure en heure au début de la pandémie, sont davantage établis. Les patients offrent également une meilleure collaboration. «Ils sont plus ouverts. L’approche avec le patient est plus facile parce qu’il a, lui aussi, été éduqué là-dedans», estime M. Guyon.

Les mesures de protection ont aussi quelque peu été modifiées. «On est partis de nos kits complets à notre masque de procédure, explique le superviseur. On a tout de même toutes les pièces d’équipement de protection à notre disposition.»

Les nouvelles façons de faire en matière de désinfection déployées au début de la pandémie sont sommes toutes demeurées les mêmes. «La désinfection des pièces d’équipement se fait avant et après les quarts de travail, entre les patients. On nettoie la cabine de soins dans l’ambulance après chaque appel. On ne peut courir aucun risque», fait-il savoir.

Au front depuis le jour un de la pandémie, les paramédics persistent et signent : les citoyens doivent suivre les consignes de la santé publique pour traverser cette crise sanitaire sans précédent.

«Il faut continuer de porter le masque, de se laver les mains et de rester à la maison. Il ne faut pas s’exposer inutilement. On est chanceux en Estrie, on est en zone orange. Il n’y a rien de fermé ou presque. On n’a pas le choix, il faut continuer. Les Fêtes arrivent. Si on veut voir un peu de monde, il faut faire attention. Il faut continuer dans la même lignée», conclut M. Guyon.