Une étude de 2019 menée par l’Université Laval révèle que 83 % des répondants disent avoir très ou assez confiance en les médias.
Une étude de 2019 menée par l’Université Laval révèle que 83 % des répondants disent avoir très ou assez confiance en les médias.

Pourquoi croire les médias?

Guillaume Mazoyer
Guillaume Mazoyer
Le Soleil
À l’heure des «faits alternatifs», difficile comme lecteur de savoir faire la part des choses sur Internet ou les réseaux sociaux. Ajoutez à cela une pandémie mondiale, et le chaos informationnel s’installe.

En ces temps troubles, la vérification des faits est primordiale. Avec sa chronique «vérification faite», qui analyse des affirmations comme «la preuve que la COVID-19 était planifiée» ou «le vaccin contre la COVID-19 peut changer notre ADN», le journaliste et blogueur-sciences du Soleil Jean-François Cliche enfile son manteau de vérificateur et vient apporter des éléments concrets de réponse aux questions des lecteurs. Entretien sur les dessous de sa méthode de travail et sa vision du journalisme.

Q Comment procédez-vous à la vérification d’une information?

R Je commence par remonter d’abord et avant tout à la source première pour voir si c’est bien ce qu’elle a dit, ou voulait dire, parce que ce n’est pas toujours le cas. J’essaie ensuite de trouver d’autres sources autour du sujet à analyser, deux à trois idéalement. Je divise aussi en plusieurs ­sous-questions qui permettent de valider ou non des parties de l’information initiale.

Si la source première a réellement dit ce qui est à vérifier, je cherche des sources externes, crédibles, indépendantes, pour valider ou non l’information. Je fais aussi des recherches de données qui peuvent mettre en contexte et aider à valider certains éléments de l’information.

Un exemple, j’ai vérifié dernièrement l’affirmation «la grippe affecte sept millions de Canadiens par année». La source première était la Dre Angel Chu, une spécialiste des maladies infectieuses de l’Université de Calgary, et elle l’avait effectivement dit.

À partir de là, j’ai fait une entrevue et j’ai essayé de trouver aussi d’autres points de données pour voir si le nombre de sept millions est cohérent avec les autres estimés. Selon ce que l’on comptait, si c’était juste les symptomatiques, sept millions c’était trop, mais en comptant les asymptomatiques, là, le nombre était cohérent. Ça permet d’avoir une vision plus réaliste de cette information.

Ce que j’aime le plus dans mon travail, c’est que dans la réalité, c’est rarement tout blanc ou tout noir. Il y a une part de vérité. Il faut départager le morceau qui est vrai et celui qui est faux, et comprendre pourquoi.

Le journaliste et blogueur sciences du Soleil Jean-François Cliche

Q Quand on est lecteur, comment savoir qu’une information est vraie?

R Du point de vue du lecteur il y a deux choix : le premier, c’est de faire la job soi-même. Ça, ça peut être très long, et c’est un travail à temps plein en soi. Il faut apprendre à naviguer parmi des experts et des pseudo-experts, entre autres. Moi je nage là-dedans à longueur de semaine, donc je finis par les connaître et savoir sur qui je peux me fier ou non, en fonction de la question. Mais sinon, il faut aller sur un moteur de recherche et faire le travail, source par source, ensuite évaluer la crédibilité de chacune. Ça, monsieur et madame tout le monde d’habitude n’a pas le temps de le faire ou l’envie de passer plusieurs heures le samedi après-midi à s’en occuper entre la cinquième brassée de lavage et la préparation de la sauce à spaghetti. Ce n’est pas compliqué, mais c’est un travail de moine.

Le deuxième choix est donc de se fier aux médias d’information pour qu’eux le fassent.

Q Qui vérifie ceux qui vérifient?

R C’est un problème vieux comme le monde.

Remarque, on surveille quand même ceux qui surveillent, car je suis amené à vérifier des informations que l’on trouve dans les médias, donc je ne me trouve pas seulement à démystifier des théories conspirationnistes. Quelquefois, effectivement, il y a des faussetés qui se retrouvent dans les médias, ou des demi-vérités.

Quand on choisit bien ses sources — et c’est tout l’art du journalisme —, qu’on en a plusieurs de solides et appuyées sur des faits, le résultat donne un contenu en béton. Ramène-moi n’importe qui pour surveiller mon travail, ça ne me fait pas peur.

Q La vérification des faits est-elle la solution pour consolider la confiance envers les médias de masse?

R C’est une partie de la solution. Je pense que le problème est ailleurs. S’il y a des journalistes maintenant qui font de la vérification des faits, c’est qu’il y en avait trop qui ne le faisaient pas avant. Qu’on le veuille ou non, les médias ont, à des degrés différents, des penchants sensationnalistes qui leur font faire des choix. On a souvent tous les mêmes angles morts.

Il y a des gens qui sont des vrais experts des sujets dont on parle, qui voient ces réflexes communs qu’on a et on les perd. C’est ce que je pense qui est arrivé dans les dernières décennies. C’est un métier qui a déjà joui d’un très grand prestige, mais ce n’est plus le cas maintenant.

Pourtant, il y a encore du grand journalisme qui se fait.

Pour rétablir la confiance du public, il va falloir faire un journalisme qui dans l’ensemble va être plus sérieux, beaucoup plus établi, beaucoup plus vérifié, tout le temps, pas juste dans certaines chroniques ni pour certains journalistes d’enquête qui prennent plus de temps pour faire leur travail.