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Ça va les journalistes?
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Ça va les journalistes?
Crise de confiance envers les médias, intimidation, mélange des genres, industrie en pleine transformation de modèle : le journalisme vit de tempête en tempête. Petit bilan de santé avec quelques pistes de solution.
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Crise de confiance ou amplification d’une minorité?

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Crise de confiance ou amplification d’une minorité?

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Journalistes malmenés dans des manifestations, insultes sur les réseaux sociaux, menaces de mort... Rarement a-t-on vu la profession de journaliste être aussi prise à partie que depuis les derniers mois. Ces agissements témoignent-ils d’une réelle crise de confiance envers les médias et les journalistes? Les avis divergent.

Pour le professeur en journalisme de l’UQAM, Patrick White, non seulement la crise de confiance envers les médias est réelle, mais elle atteint une ampleur inégalée. «J’ai été journaliste parlementaire de 1990 à 2002 et jamais un citoyen ne m’a insulté durant une conférence de presse comme les journalistes parlementaires ont pu être insultés ce printemps, au plus fort de la crise de la COVID», cite en exemple M. White.

Pour lui, il existe une déconnexion viscérale entre le citoyen et les médias traditionnels qui toucherait environ le quart de la population québécoise, une constatation qui est inquiétante selon lui et qui mérite qu’on agisse rapidement, tant par l’éducation civique aux médias très tôt dans les écoles que par la tenue d’États généraux sur le journalisme.

LA faute à Trump

Ce constat de déconnexion n’est toutefois pas partagé par la secrétaire générale du Conseil de presse du Québec, Caroline Locher. Citant une étude de 2019 menée par l’Université Laval et qui révèle que 83 % des répondants disent avoir très ou assez confiance en les médias (ce pourcentage était de 95 % en ce qui concerne Le Nouvelliste), Caroline Locher croit qu’il faut faire la distinction entre le public qui fait généralement confiance aux médias et quelques groupes minoritaires qui parlent très fort par l’entremise des réseaux sociaux pour s’en prendre aux médias.

«Ces personnes sont alimentées par ce qui se passe aux États-Unis, avec un président qui s’en prend lamentablement et lâchement aux journalistes comme étant les ennemis du peuple pour lui-même diffuser des mensonges à la population. À mon avis, ça ne reflète absolument pas la majorité et ces actes doivent être poursuivis en justice. Il faut continuer de dénoncer le dénigrement de la presse», croit-elle.

Entre 2000 et 2019, le nombre de plaintes adressées au Conseil de presse du Québec a plus que doublé, passant de 90 en 2000 à 111 en 2010, à 213 en 2019. «Ce qu’on peut voir là-dedans, c’est un intérêt toujours plus fort du public envers ses médias. Et, à mon avis, l’engagement constant des journalistes et des médias dans ce processus contribue aussi à une déontologie journalistique qui est rassurante», croit Caroline Locher, qui considère que la présence d’un Conseil de presse fort dans une société comme le Québec est un plus.

pour un virage

Pour Patrick White, cette cassure entre les médias et une partie de la population poussera forcément les médias à devoir se regarder dans le miroir et revoir leurs façons de faire de l’information. «C’est le moment idéal pour faire un virage à 180 degrés, pour favoriser la qualité plutôt que la quantité. Je suis d’avis que les médias traditionnels devraient commencer à délaisser les conférences de presse et les faits divers pour laisser ça aux agences de presse qui le font déjà très bien. Les médias traditionnels devront peut-être se tourner davantage vers les dossiers, les reportages, les entrevues de fond, les enquêtes, le journalisme de solution», mentionne celui qui croit par ailleurs que le virage vers le contenu payant en ligne est devenu incontournable.

«Les journalistes au Québec font un travail honnête, professionnel et encadré par un code d’éthique. Mais il y a tout de même une introspection à faire rapidement, parce qu’on aura bientôt perdu une génération», ajoute celui qui croit que les médias devront aussi impérativement se rapprocher des jeunes, tant par les sujets traités que les façons de diffuser l’information.

Pourquoi croire les médias?

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Pourquoi croire les médias?

Guillaume Mazoyer
Guillaume Mazoyer
Le Soleil
À l’heure des «faits alternatifs», difficile comme lecteur de savoir faire la part des choses sur Internet ou les réseaux sociaux. Ajoutez à cela une pandémie mondiale, et le chaos informationnel s’installe.

En ces temps troubles, la vérification des faits est primordiale. Avec sa chronique «vérification faite», qui analyse des affirmations comme «la preuve que la COVID-19 était planifiée» ou «le vaccin contre la COVID-19 peut changer notre ADN», le journaliste et blogueur-sciences du Soleil Jean-François Cliche enfile son manteau de vérificateur et vient apporter des éléments concrets de réponse aux questions des lecteurs. Entretien sur les dessous de sa méthode de travail et sa vision du journalisme.

Q Comment procédez-vous à la vérification d’une information?

R Je commence par remonter d’abord et avant tout à la source première pour voir si c’est bien ce qu’elle a dit, ou voulait dire, parce que ce n’est pas toujours le cas. J’essaie ensuite de trouver d’autres sources autour du sujet à analyser, deux à trois idéalement. Je divise aussi en plusieurs ­sous-questions qui permettent de valider ou non des parties de l’information initiale.

Si la source première a réellement dit ce qui est à vérifier, je cherche des sources externes, crédibles, indépendantes, pour valider ou non l’information. Je fais aussi des recherches de données qui peuvent mettre en contexte et aider à valider certains éléments de l’information.

Un exemple, j’ai vérifié dernièrement l’affirmation «la grippe affecte sept millions de Canadiens par année». La source première était la Dre Angel Chu, une spécialiste des maladies infectieuses de l’Université de Calgary, et elle l’avait effectivement dit.

À partir de là, j’ai fait une entrevue et j’ai essayé de trouver aussi d’autres points de données pour voir si le nombre de sept millions est cohérent avec les autres estimés. Selon ce que l’on comptait, si c’était juste les symptomatiques, sept millions c’était trop, mais en comptant les asymptomatiques, là, le nombre était cohérent. Ça permet d’avoir une vision plus réaliste de cette information.

Ce que j’aime le plus dans mon travail, c’est que dans la réalité, c’est rarement tout blanc ou tout noir. Il y a une part de vérité. Il faut départager le morceau qui est vrai et celui qui est faux, et comprendre pourquoi.

Le journaliste et blogueur sciences du Soleil Jean-François Cliche

Q Quand on est lecteur, comment savoir qu’une information est vraie?

R Du point de vue du lecteur il y a deux choix : le premier, c’est de faire la job soi-même. Ça, ça peut être très long, et c’est un travail à temps plein en soi. Il faut apprendre à naviguer parmi des experts et des pseudo-experts, entre autres. Moi je nage là-dedans à longueur de semaine, donc je finis par les connaître et savoir sur qui je peux me fier ou non, en fonction de la question. Mais sinon, il faut aller sur un moteur de recherche et faire le travail, source par source, ensuite évaluer la crédibilité de chacune. Ça, monsieur et madame tout le monde d’habitude n’a pas le temps de le faire ou l’envie de passer plusieurs heures le samedi après-midi à s’en occuper entre la cinquième brassée de lavage et la préparation de la sauce à spaghetti. Ce n’est pas compliqué, mais c’est un travail de moine.

Le deuxième choix est donc de se fier aux médias d’information pour qu’eux le fassent.

Q Qui vérifie ceux qui vérifient?

R C’est un problème vieux comme le monde.

Remarque, on surveille quand même ceux qui surveillent, car je suis amené à vérifier des informations que l’on trouve dans les médias, donc je ne me trouve pas seulement à démystifier des théories conspirationnistes. Quelquefois, effectivement, il y a des faussetés qui se retrouvent dans les médias, ou des demi-vérités.

Quand on choisit bien ses sources — et c’est tout l’art du journalisme —, qu’on en a plusieurs de solides et appuyées sur des faits, le résultat donne un contenu en béton. Ramène-moi n’importe qui pour surveiller mon travail, ça ne me fait pas peur.

Q La vérification des faits est-elle la solution pour consolider la confiance envers les médias de masse?

R C’est une partie de la solution. Je pense que le problème est ailleurs. S’il y a des journalistes maintenant qui font de la vérification des faits, c’est qu’il y en avait trop qui ne le faisaient pas avant. Qu’on le veuille ou non, les médias ont, à des degrés différents, des penchants sensationnalistes qui leur font faire des choix. On a souvent tous les mêmes angles morts.

Il y a des gens qui sont des vrais experts des sujets dont on parle, qui voient ces réflexes communs qu’on a et on les perd. C’est ce que je pense qui est arrivé dans les dernières décennies. C’est un métier qui a déjà joui d’un très grand prestige, mais ce n’est plus le cas maintenant.

Pourtant, il y a encore du grand journalisme qui se fait.

Pour rétablir la confiance du public, il va falloir faire un journalisme qui dans l’ensemble va être plus sérieux, beaucoup plus établi, beaucoup plus vérifié, tout le temps, pas juste dans certaines chroniques ni pour certains journalistes d’enquête qui prennent plus de temps pour faire leur travail.

Du journalisme télé à la médecine

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Du journalisme télé à la médecine

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
« C’est un sale temps pour être journaliste. »

Pour l’ancien journaliste estrien qui complète sa formation comme médecin spécialiste en gastro-entérologie à l’Université de Sherbrooke, Maxime Delisle, le contexte économique difficile des médias et les critiques virulentes sur les médias sociaux sont deux facteurs qui complexifient le métier qu’il a pratiqué il y a plus d’une décennie.

« Le contexte économique ne semblait pas facile avant la COVID. Je m’imagine ce que ça doit être aujourd’hui. Les équipes dans les médias sont de plus en plus petites et la tâche de plus en plus lourde », analyse Maxime Delisle.

L’avènement des médias sociaux et les critiques virulentes non par sur des opinions, mais sur des faits viennent, selon lui, complexifier davantage le travail de ses anciens collègues.  

« Je trouve triste cette perte de confiance. Un journaliste rapporte des faits vérifiés pour informer le public. Ils vont chercher de l’information auprès de sources crédibles, la vérifient et la rapportent à visage découvert. C’est un gage de la qualité de l’information diffusée. Tout le contraire des fake news sur les médias sociaux où l’on ne sait pas qui en est l’auteur ou qui sont les sources », signale Maxime Delisle.

Il croit que le métier de journaliste n’a jamais été aussi essentiel en cette période où les fausses nouvelles sont omniprésentes sur les réseaux sociaux.

Ce dernier soutient qu’il continue à lire des journaux tous les jours et à s’informer à la radio parlée.

« Même si les journalistes n’ont pas d’ordre professionnel, ils font un travail rigoureux et sont soumis à des normes et pratiques journalistiques. Il y a du journalisme de qualité qui se pratique au Québec », soutient Maxime Delisle.

Il déplore le climat de suspicion alimenté par certains citoyens ou certains groupes relativement au travail des journalistes. Il estime que comme citoyen, la société sort gagnante à pouvoir compter sur une presse forte, indépendante et à l’abri des pressions financières. 

« Du temps où j’étais journaliste, personne n’est venu me mettre de la pression pour passer tel ou tel message et c’est la même chose pour mes anciens collègues. Mes patrons ne sont jamais venus me dire non plus ce qu’il fallait dire ou ne pas dire », signale Maxime Delisle.

Il croit qu’autant en médecine qu’en journalisme, une tranche de la population gardera toutefois ses croyances, peu importe les preuves et arguments présentés.

« Il ne faut pas blâmer les gens qui ont une autre vision. C’est un défi de communication. Il faut travailler à informer les gens le mieux possible, mais il est parfois difficile de convaincre certaines personnes malgré les faits qui leur sont présentés. Autant en médecine qu’en journalisme, l’objectif est de faire le travail le mieux possible et d’être fier de ce que tu fais pour les autres », estime celui qui complètera ses derniers examens comme médecin spécialiste en octobre avant d’entreprendre une surspécialité à Calgary.

Du journalisme à la médecine

Si passer du journalisme à la médecine peut sembler extrême pour certains, il en est tout autrement pour celui qui a travaillé comme reporter télé à TQS-Estrie et Radio-Canada Estrie.

« Ce sont des métiers basés sur les relations interpersonnelles. Autant en journalisme qu’en médecine, ce sont deux humains qui se parlent. Le travail de communication se ressemble beaucoup. En médecine, les examens physiques viennent compléter l’entrevue qui est faite avec la personne. Le challenge intellectuel est vraiment intéressant. Il y a aussi le travail d’équipe dans les deux domaines », compare Maxime Delisle.

Ce dernier signale qu’il a toujours affirmé qu’il serait soit médecin soit journaliste. 

« La fermeture de la station régionale de TQS en 2008 m’a convaincu de faire ce changement de carrière. J’avais accompli ce que je souhaitais en journalisme et je voyais déjà la crise des médias qui se dessinait. J’ai fait ce changement de carrière alors que la vie me le permettait. Je n’avais pas encore d’engagement, de maison ou d’enfant, alors je suis retourné au cégep en sciences naturelles avant d’être admis en médecine », se remémore Maxime Delisle.

Être journaliste, un métier pour les passionnés

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Être journaliste, un métier pour les passionnés

Laura Lévesque
Laura Lévesque
Le Quotidien
Saguenay — Des robots journalistes. La montée des blogueurs. La fin du professionnel de l’information. La crise financière des médias.

Malgré des manchettes catastrophes qui touchent le monde médiatique, les inscriptions dans les formations en journalisme demeurent stables. Mais ce nombre reste limité, si on compare aux autres métiers de la communication, dont relationniste. Sur quelques centaines d’étudiants inscrits au baccalauréat en communication publique de l’Université Laval, une trentaine finissent avec une concentration en journalisme.

« C’est une tendance qui se maintient depuis plusieurs années. Ça demeure un métier de passion, car il y a moins d’élus qu’avant. Il n’y a pas d’embauche massive dans des organisations de presse. Donc, les gens qui se lancent dans cette voie sont véritablement passionnés et ça doit le rester », estime Thierry Watine, de l’Université Laval, professeur et auteur d’ouvrage sur le journalisme.

Seul établissement collégial du Québec à former des journalistes, le Cégep de Jonquière, avec son programme Art et technologie des médias (ATM), continue de diplômer entre 25 et 40 professionnels de l’information par année. « On le sait que c’est difficile, la crise des médias. Mais on ne le sent pas chez nos étudiants, cette crainte. Quand ils arrivent ici, ils sont super motivés et ils veulent apprendre », constate Isabelle Labrie, ex-journaliste et enseignante depuis près de 10 ans au Cégep de Jonquière.

Le Cégep de Jonquière est le seul collège au Québec qui forme des journalistes.

Des offres d’emploi

Et des emplois, malgré la croyance populaire, il y en a, insiste son collègue et coordonnateur du département ATM, Blaise Gagnon. « C’est surprenant, mais toutes les semaines, on a des offres d’emploi. De Baie-Comeau à Granby. C’est principalement dans les régions qu’on voit cette demande », remarque l’ancien journaliste.

Mais les bouleversements des dernières années, dont l’avènement des réseaux sociaux, ont cependant forcé les établissements d’enseignement à modifier leurs cours et à former des journalistes plus polyvalents.

« L’enseignement en 2011 et aujourd’hui, c’est le jour et la nuit. On est encore plus dans la pratique. Il y a 10 ans, on commençait à peine à mettre des textes sur le Web. Maintenant, les journalistes doivent alimenter les sites Web, filmer. On a d’ailleurs ajouté un nouveau cours, l’an dernier, sur les réseaux sociaux. Les professeurs ont dû aller se perfectionner à ce sujet », rapporte Isabelle Labrie, rappelant que les finissants sont prêts à faire du terrain dès la fin de leurs cours.

Les robots

À l’Université Laval, les formations évoluent également rapidement et les experts se penchent désormais sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour aider les journalistes dans la cueillette d’information.

« On sort du numérique, mais il y a maintenant tout ce qui touche l’intelligence artificielle, au robot journaliste. Il y a trois ans, lorsque j’ai entendu parler de robot journaliste, un scepticisme m’habitait. Mais il y a en effet un certain nombre de tâches répétitives qu’on pourrait confier à des robots. Par exemple, les informations boursières et sportives. Ces outils technologiques ne viennent pas remplacer les journalistes, mais ça permet de les libérer de ces tâches moins valorisantes et de se concentrer sur les enquêtes, la vérification des faits. On n’est pas dans un scénario catastrophe. On travaille plutôt sur comment cette technologie pourrait s’intégrer dans une salle de nouvelles », exprime Thierry Watine, précisant que le Centre d’études sur les médias (CEM) se penche sur la question.

Le Cégep de Jonquière est le seul collège au Québec qui forme des journalistes.
La COVID-19 menacerait la santé mentale des journalistes

Ça va, les journalistes ?

La COVID-19 menacerait la santé mentale des journalistes

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
Le quotidien des journalistes a changé de façon significative depuis l’arrivée de la COVID-19. Un expert veut prévenir des dangers que peut poser le virus sur la santé mentale des travailleurs de l’information.

Environ 70 % des journalistes sondés par le professeur en Psychiatrie de l’Université de Toronto et neuropsychiatre, le Dr Anthony Feinstein, ont affirmé souffrir de détresse psychologique. 

Ce dernier mène actuellement une étude, en collaboration avec la directrice du Programme de bourses pour les journalistes du Reuteurs Institute for the Study of Journalism Meera Selva, pour déterminer l’impact de la COVID-19 sur la santé mentale des journalistes à travers le monde. 

Ils ont posé une série de questions à 73 journalistes à propos de leur travail, de leur santé mentale et de leurs inquiétudes en juin 2020, lorsque tous les pays du monde étaient affectés, d’une façon ou d’une autre, par la COVID-19.

Cette étude s’appuie sur le travail réalisé par le Dr Feinstein sur la manière dont les journalistes sont affectés lorsqu’ils rendent compte d’événements extrêmes, comme les attentats terroristes du 11 septembre ou la guerre en Irak.


« La pandémie est un événement stressant, et la nature du travail des journalistes a complètement changé. »
Dr Anthony Feinstein

Environ 11 % des journalistes qui ont participé au sondage ont rapporté des symptômes liés au trouble de stress post-traumatique, incluant des «pensées et des souvenirs intrusifs récurrents d’un événement traumatique lié à la COVID-19, un désir d’éviter les souvenirs de l’événement et des sentiments de culpabilité, de peur, de colère, d’horreur et de honte», peut-on lire dans le rapport.

«La pandémie est un événement stressant, et la nature du travail des journalistes a complètement changé, indique le Dr Feinstein, en entrevue téléphonique avec Le Droit. Ils couvrent la pandémie, les temps d’attente à l’urgence, les patients aux soins intensifs, les décès, les cas, les histoires douloureuses… Ces gens ont eux aussi des gens autour d’eux qui contractent la COVID-19 ou qui en meurent.» 

Bien que les résultats de l’étude soient préliminaires, le chercheur indique dans son rapport que les conclusions principales étaient si frappantes qu’il jugeait important de «signaler la pression sous laquelle de nombreux journalistes travaillent afin que les médias d’information et d’autres puissent réfléchir à la manière de répondre aux problèmes identifiés ».

Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Marie-Ève Martel
Les pommes et les oranges

Vu d'même

Les pommes et les oranges

CHRONIQUE / Suis-je journaliste? Suis-je chroniqueuse? En fait, je porte les deux chapeaux. À la fois un privilège et une rareté dans mon domaine. De quoi contribuer au mélange des genres journalistiques qui lui, alimente une certaine confusion, voire une mécompréhension, du rôle des médias.

En semaine, vous avez l’occasion de lire les offrandes que je signe à titre de journaliste, c’est-à-dire la forme la plus noble de mon métier. Je vous informe en rapportant des faits et le point de vue de différents intervenants concernés ou connaisseurs de la situation dont il est question.

Dans ces textes, je n’existe pas. Je ne suis que témoin et messagère.

Puis, le samedi, j’ai l’immense bonheur de vous entretenir, ici même sous le bandeau «Vu d’même», de sujets qui me font réfléchir et qui, je l’espère, vous laisseront aussi songeurs. Je me permets d’exprimer mon opinion et, parfois, de vous confier des anecdotes sur ma vie personnelle.

Dans ces billets, bien coiffés de la mention «chronique» et de ma grosse fraise, je vous accompagne dans la lecture. Vous sentez ma présence.

Je perçois ma chronique comme une manière plus intime de vous informer, mais une manière de vous informer quand même. J’essaie d’y amener des faits, mais je suis plus libre dans la manière de les présenter.

Je reçois souvent des courriels me félicitant pour «ma belle article» [sic], alors que je sais qu’on me parle de ma chronique.

Entre ces deux types de texte, il y a une importante nuance à faire : l’un est un texte narratif journalistique, et l’autre est un texte d’opinion.

Si vous me lisez régulièrement, vous avez sans doute remarqué que je n’aborde jamais, ou du moins très, très rarement, des sujets dans mes chroniques sur lesquels je pourrais être susceptible d’écrire en tant que journaliste.

Tout ça pour préserver ma neutralité journalistique, que certains appellent indépendance.

Si je me mettais à donner mon opinion sur les affaires municipales de Saint-Césaire ou de Stukely-Sud, je serais bien mal placée par la suite pour en rapporter les grandes lignes de façon neutre.

Et ma crédibilité compterait alors pour des prunes, alors qu’en tant que journaliste professionnelle, c’est tout ce que j’ai.

*****

Ainsi, dans un média d’information, on retrouve plusieurs types de contenus. En sachant les différencier, on devient un consommateur d’information averti et on peut mieux apprécier les nuances.

Parce qu’un journal, qu’il soit imprimé ou numérique, ce n’est pas une pizza.

Je dirais plus qu’il s’agit d’une jolie salade de fruits, bien appétissante et juteuse.

Or, même si on les retrouve dans la même salade de fruits, il faut faire attention de ne pas mélanger les pommes et les oranges.

La base de cette rafraîchissante salade, c’est l’information. Les nouvelles pures et simples. Les articles. Les dossiers. Les reportages plus en longueur. Les portraits, sous forme de texte ou d’entrevue. Bref, le contenu neutre et factuel.

À ne pas confondre avec des textes d’opinion, comme une chronique, une lettre du lecteur ou un éditorial.

L’éditorial est un type de contenu qui se fait de plus en plus rare. C’est un texte d’opinion signé par un éditorialiste qui endosse la position du propriétaire du média.

On l’a souvent vu en période électorale, quand c’était encore de bon goût de vous suggérer quel parti porter au pouvoir.

Je peux vous dire que dans les journaux de la CN2i, vous ne risquez plus de lire un éditorial de sitôt : à quelque 350 propriétaires, difficile de s’entendre unanimement sur une position à adopter!

Et c’est tant mieux.

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Dans notre cas, la question de la propriété peut aussi mener à de drôles d’amalgames. Mon ami Éric-Pierre a été le premier à le dénoncer : quand on est journaliste, on se fait souvent prêter, à tort, les idées de nos patrons. Comme si la pomme ne tombait jamais loin de l’arbre.

Il n’est d’ailleurs pas rare que les journalistes de Québecor se fassent parler du «journal à Péladeau», comme les journalistes de La Presse, et même nous, jusqu’à encore tout récemment, entendions «les journaux à Desmarais», puis «les journaux à Cauchon».

Mais laissez-moi vous dire une chose. Il n’y a pas plus hétérogène en termes d’idéologies et d’opinions qu’une salle de rédaction. Ce faisant, il est faux de prétendre que les journalistes chez Québecor sont tous des péquistes et que les autres sont tous de vaillants libéraux.

C’est insultant et réducteur.

*****

Et puis, il reste ce qui nous fait vivre, la publicité. Elles sont souvent faciles à reconnaître, colorées et visuellement très différentes des articles.

Entre la publicité et l’article, il existe le publireportage.

Un texte qui fait penser à un article, mais qui a été commandité par son sujet, qui a donc eu le loisir de le relire et de l’approuver avant sa publication.

Pour éviter que cette pratique ne soit pernicieuse et ne prenne les lecteurs pour des poires, nous devons clairement identifier, tant dans la mise en page que dans la mise en ligne, qu’il s’agit d’un texte commandité. Question d’éthique.

Parlant d’éthique, nous, les journalistes, on ne fait jamais relire nos reportages par les personnes citées avant de les publier. Nous nous devons d’être entièrement indépendants de nos sources ; nous présentons la vérité telle qu’elle est, même si elle déplaît.

Adoucir la réalité pour bien faire paraître un intervenant est une entorse aux règles d’or du métier. Et encore là, si ça se savait, notre réputation en prendrait un coup.

Avec le contexte difficile dans lequel les médias évoluent actuellement, pas besoin de s’auto-pelure-de-bananiser en plus.

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Tout ça peut sembler compliqué, mais je vous garantis qu’en portant plus attention aux petits détails — la signature, la présentation et les mentions particulières— vous goûterez davantage à la richesse du contenu qui vous est proposé chaque jour.

C’est la cerise sur le sundae!

Alors, plongez dans cette appétissante salade de fruits, et savourez-en toutes les saveurs.

15 000 étudiants sensibilisés à la désinformation

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15 000 étudiants sensibilisés à la désinformation

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Depuis 2018, la formation #30secondes avant d’y croire a permis à plus de 15 000 étudiants d’apprendre à détecter les fausses nouvelles. Malgré la pandémie, les formations sont à nouveau offertes cette année, mais en format virtuel pour l’instant.

C’est la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), en collaboration avec l’Agence Science-Presse, qui a créé le programme d’éducation aux médias et de lutte contre la désinformation #30secondes avant d’y croire pour les élèves du 2e cycle du secondaire il y a maintenant près de trois ans.

« On souhaite donner des outils aux jeunes pour qu’ils puissent reconnaître les fausses nouvelles, particulièrement sur les réseaux sociaux », souligne Ève Beaudin, une des journalistes qui a créé la formation et coresponsable du programme.

Ce programme a mobilisé une cinquantaine de journalistes – dont l’auteur de ces lignes –, qui ont offert des formations dans plus de 200 écoles de la province. Cette année, la formation sera adaptée pour intégrer des exemples de désinformation entourant la pandémie. « On souhaite que les étudiants soient mieux armés face à la désinformation, particulièrement sur les enjeux de santé, comme c’est le cas en ce moment, parce que de mauvaises informations peuvent accélérer la propagation du virus », remarque Ève Beaudin.

Étant donné les restrictions de la Santé publique, des formations d’une durée de 30 minutes seront offertes en direct, mais de manière virtuelle. Toutes les écoles du Québec peuvent s’inscrire pour recevoir ces formations sur le site www.30secondes.org.

Depuis l’an dernier, une formation est aussi offerte dans les cégeps, les universités et pour le grand public. Patrimoine Canadien et le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec contribuent financièrement au programme. 

apprendre à détecter les fausses nouvelles

• Apprenez-en plus sur les formations #30secondes avant d’y croire : www.30secondes.org

• Déjouez les fausses nouvelles sur la COVID-19 : https://www.covid-desinfo.ca/fr/

• Faites un test pour connaître vos aptitudes : https://doutez.ca/

• Écrivez à un journaliste pour vérifier les faits : Détecteur de rumeurs à l’Agence Science-Presse (ASP), https://www.sciencepresse.qc.ca/detecteur-rumeurs

• À la télévision : Les Décrypteurs (ici.radio-canada.ca), Anatomie des fausses nouvelles (Savoir.medias)