Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Yves Lévesque
Yves Lévesque

Yves Lévesque reluquerait la mairie?

CHRONIQUE / Si cela devait se concrétiser, ça serait comme de la dynamite émotive qui exploserait dans l’air trifluvien.

Avancer qu’Yves Lévesque serait de nouveau candidat aux prochaines élections fédérales qui pourraient être déclenchées à l’automne n’étonnerait pas grand monde.

Mais, même si Erin O’Toole, le candidat qu’il appuie à la direction du Parti conservateur, l’emportait, ce n’est pas en prévision des élections fédérales qu’une candidature d’Yves Lévesque est évoquée.

Mais bien… au municipal.

Un mouvement formé de gens issus des milieux d’affaires, mais pas uniquement d’affaires, a pris forme à Trois-Rivières pour convaincre l’ex-maire d’effectuer un retour en politique municipale. Un mouvement que ce dernier est loin de chercher à atténuer. Bien au contraire. On peut même suggérer qu’il le stimule un peu.

Même s’il avait assez bien fait aux dernières élections fédérales et que le Parti conservateur soit dirigé par O’Toole, ses chances de remporter la circonscription de Trois-Rivières resteraient extrêmement faibles.

Tous les récents sondages pointent dans le même sens. Le Parti conservateur est marginalisé au Québec alors que le Bloc québécois, avec l’étonnante solide performance de son chef Yves-François Blanchet, occupe nettement les devants dans les intentions de vote des francophones, bien en avant des libéraux de Justin Trudeau. Comme le PC, le NPD ne semble plus de la partie au Québec.

De nature superactif, pour ne pas dire survolté, l’homme commencerait à s’ennuyer à écouler le temps à garder ses petits-enfants et à regarder les eaux dormantes du lac à la Tortue où il s’est temporairement installé.

Il serait parfaitement remis de la mystérieuse maladie qui l’avait terrassé, lui et peut-être aussi son épouse, à l’automne 2017.

Or, s’il s’ennuie, il se trouve qu’il compte beaucoup, mais vraiment beaucoup de nostalgiques qui rêvent de le voir réapparaître à la tête de la ville ou qui sont déçus de la tournure qu’a prise la gestion municipale à Trois-Rivières.

En même temps, s’il fallait que dans les mois qui viennent, il confirme son intérêt pour la mairie de Trois-Rivières, on ne peut même pas douter qu’on assisterait à un déchaînement de colère et d’indignation sur la place publique, car il a au moins autant d’opposants, peut-être même plus, que d’irréductibles alliés.

Cette perspective impliquerait qu’Yves Lévesque accepte d’affronter celui qui lui a succédé à la mairie de Trois-Rivières, Jean Lamarche.

Ce qui pourrait en surprendre plusieurs qui n’ont pas oublié qu’Yves Lévesque est venu lui lever la main le soir de la victoire.

Dans les faits, Lévesque n’avait pas vraiment jusque-là appuyé ouvertement Lamarche. Mais c’est tout naturellement que ses organisateurs et ses sympathisants s’étaient rangés derrière ce dernier, car il leur était inconcevable de voter pour Jean-François Aubin, trop aligné avec des conseillers municipaux qui avaient fait faire de l’urticaire à Lévesque, et pas davantage pour Éric Lord, qui avait déjà failli être candidat à la mairie à l’élection précédente.

Il est évident qu’avec Lévesque sur les rangs, Lamarche perdrait une partie du soutien qu’il avait obtenu au printemps 2018. Par contre, il pourrait en avoir gagné du côté des anciens opposants de Lévesque.

C’est justement parce qu’il est apparu, aux yeux de certains, beaucoup trop proche des conseillers partisans de la reformulée Vision zéro qu’il a commencé à être très critiqué. Pour certains, le fait que le maire fasse d’apparence bon ménage avec ces conseillers et qu’ils participent activement à l’application de leur vision des choses, comme toutes ces rues qu’on modifie en faveur de la pratique du vélo, par exemple, a été perçu comme une trahison de leur part.

On s’attendait à ce que Lamarche reprenne les gants de boxe de Lévesque, que la chicane garde son ampleur à l’hôtel de ville, alors qu’il est plutôt apparu comme conciliant. Il n’avait en réalité guère le choix à de telles ouvertures, si on ne voulait pas d’un conseil municipal bloqué sur tout.

Il suffit de consulter les commentaires qui émanent du groupe Trifluviens contre Vision zéro pour prendre la mesure d’une certaine contestation citoyenne. Ce groupe devrait d’ailleurs avoir suscité d’éventuelles candidatures à des postes de conseiller, à commencer par celle de son leader.

Non seulement on s’applique à persuader Lévesque de sa pertinence et de ses chances de succès, mais c’est à la tête d’un parti politique qu’on le verrait entreprendre sa nouvelle marche vers la mairie de Trois-Rivières.

Il faudrait alors voir les conséquences sur toutes les autres candidatures potentielles.

Le conseiller municipal de Pointe-du-Lac, François Bélisle avait bien failli se laisser tenter par l’aventure en 2017. Même s’il a été défait à deux reprises, l’ex-conseiller municipal Jean-François Aubin n’a jamais vraiment quitté la scène municipale en multipliant ses opinions sur l’état des choses. La tentation restera forte.

Certains ne détesteraient pas voir sur les rangs l’ex-ministre Julie Boulet, qui habite maintenant Trois-Rivières et qui n’a jamais dit formellement non à une éventuelle aventure municipale. Mais contre Lévesque, elle serait plus qu’hésitante.

L’ex-député néo-démocrate Robert Aubin fait aussi partie de la liste des candidats d’intérêt. L’élection partielle à la mairie de Trois-Rivières était juste arrivée un peu trop tôt pour qu’il pousse plus loin sa réflexion.

L’issue serait assez difficile pour Yves Lévesque dans un duel Lamarche-Lévesque. Dans un affrontement à trois ou quatre, avec des noms connus, ça serait différent, car il jouirait d’un noyau d’appuis très solide.

Avant que certains exultent et que d’autres se déchaînent, attendons la conclusion des pressions qui se font sur Lévesque.

Celui-ci devra quand même se décider assez rapidement. Car pour être éligible comme candidat le 7 novembre 2021, il devra avoir été résident de Trois-Rivières depuis au moins douze mois.