Chronique

La CAQ s’inquiète-t-elle trop tôt?

CHRONIQUE / La Coalition avenir Québec mène dans tous les sondages depuis tellement longtemps que la question est de savoir si elle formera un gouvernement minoritaire ou majoritaire. Oui, l’avance de la CAQ est passée de 8,2 % à 1,7 % sur le BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018 avant de remonter vendredi matin à 2,9 %. À l’intérieur d’une marge trop étroite pour être très significative, mais ce sont quand même des données revues tous les jours. De telles variations sont tout à fait normales et peut-être doit-il y avoir une nuance entre un suivi minutieux et une inquiétude qui changerait les plans de la formation de François Legault?

Chez les francophones, avec 34,4 % d’intention de vote chez les décidés et enclins contre 22,9 % pour les péquistes et 21,5 % pour le Parti libéral, la CAQ jouit d’une avance imposante. C’est cette avance qui lui assurerait le pouvoir et reléguerait le Parti québécois à une peut-être maigre seconde opposition. Les projections de Qc125 placent d’ailleurs, encore et durablement la CAQ en territoire légèrement majoritaire.

Il est donc normal dans ces conditions que la CAQ soit la cible d’attaques virulentes de ses adversaires. Comme tout parti, elle a des points plus faibles, des positions qui ont évolué au fil du temps et des progrès dans les sondages d’opinion publique. On voulait élargir le «marché électoral» d’un parti allant probablement gouverner pour une première fois. Ces lacunes sont exploitées, donc. Faut-il y voir une raison de s’inquiéter parmi les troupes de François Legault? La meilleure approche ne reste-t-elle pas de faire sa campagne, s’en tenir au plan de match et profiter de l’attention médiatique que procure la position dominante?

C’est dans ce contexte qu’on peut se questionner sur trois sorties récentes de François Legault. D’abord, en réponse à un journaliste alors que tel n’était pas le thème de l’annonce à laquelle il procédait, le chef de la Coalition avenir Québec non seulement réaffirmait sa position quant à la réduction de 50 000 à 40 000 du nombre d’immigrants que le Québec accueillerait dès la première année d’un gouvernement de la CAQ, mais il précisait que cette coupe de 20 % allait être appliquée à tous les types d’immigration, y inclus ceux qui exigeront alors une négociation avec Ottawa. On relançait alors le débat identitaire avec la touche nationaliste d’une possible confrontation avec Ottawa. Les stratèges de la CAQ s’inquiètent-ils d’une amorce de remontée du Parti québécois? Ce matin encore, on revenait sur le test imposé à ces mêmes immigrants moins nombreux…

Par la suite, François Legault y allait d’une affirmation étonnante : le français risque de plus ou moins disparaître au Québec en deux générations. Que le français soit menacé est l’objet d’un consensus chez tous les partis outre le PLQ, qui admet toutefois la nécessité de le soutenir. Qui craint réellement qu’une telle menace soit à ce point importante et imminente? Encore ici, on lorgne les électeurs péquistes.

Enfin, dans le but de battre les libéraux de Philippe Couillard, le chef caquiste en appelle — déjà — au vote stratégique. Étrange notion en vertu de laquelle au lieu de voter pour ce qu’on veut, on vote pour autre chose pour disposer ce dont on ne veut pas… L’appel au soi-disant vote stratégique apparaît dans à peu près chaque campagne électorale, mais rarement si tôt, et rarement d’un parti qui est aux commandes de la campagne. De nouveau, c’est une sollicitation adressée à ses «amis péquistes» que lance François Legault.

Les tacticiens qui entourent le chef de la CAQ, dans plusieurs cas, connaissent bien le Parti québécois pour y avoir été actifs jusqu’à tout récemment. Monsieur Legault lui-même y a été un souverainiste impatient. Que lisent-ils dans la situation et dans le BAROMÈTRE qui justifie une telle stratégie à ce moment-ci?

Quelle que soit leur analyse, on pourra tenter d’en discerner l’effet auprès de l’électorat au cours des prochains jours en jetant un coup d’œil quotidien au BAROMÈTRE. Il reste beaucoup de politique à déployer entre maintenant et le 1er octobre et la campagne, en effet, se resserre entre les trois principaux partis en plus d’être colorée par les aspirations davantage nationales de Québec solidaire.

Chronique

Trop positive, la campagne?

CHRONIQUE / Le Parti québécois peine à retrouver le plancher symbolique des 20 % d’intentions de vote dans le BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018. Les observateurs s’entendent pour dire que la «zone payante» commence à peu près là. Il y a un an, les premières déceptions du Parti québécois sous ces 20 % faisaient figure de catastrophe qu’on espérait momentanée. Aujourd’hui, toucher ce cap est devenu «payant», comme s’il s’agissait de gains pour une formation qui avait pourtant une trentaine d’élus au moment de la dissolution de la Chambre.

Le Parti québécois peine à retrouver le plancher symbolique des 20 % d’intentions de vote dans le BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018. Les observateurs s’entendent pour dire que la «zone payante» commence à peu près là. Il y a un an, les premières déceptions du Parti québécois sous ces 20 % faisaient figure de catastrophe qu’on espérait momentanée. Aujourd’hui, toucher ce cap est devenu «payant», comme s’il s’agissait de gains pour une formation qui avait pourtant une trentaine d’élus au moment de la dissolution de la Chambre.

Lucidité et audace, on ne reprochera pas à Jean-François Lisée d’en manquer. Ajoutons un consensus ambiant sur son énergie et sa bonne humeur, pourtant mise à rude épreuve par les Marcotte dans Drummond-­Bois-Francs et Blanc dans Mercier. La magie de l’autobus se prolonge, l’annonce de mesures originales porte, jeunesse et pourtant expérience de l’entourage étonnent. En ce début de campagne, le Parti québécois a soutiré une visibilité démesurée si on la compare à son poids relatif en sondages. Surtout, il reste du temps. Beaucoup de temps. 

Assez de temps en fait pour que cette approche positive voit son effet s’étioler au rythme où l’intensité de la campagne et des enjeux croîtront. Ça ne saurait tarder, et avant même que l’effet de ce démarrage joyeux du PQ ne soit mesurable sur le BAROMÈTRE.

Souhaite-t-on une campagne sombre de «fake news», de «lock her up» et d’injures sur les réseaux sociaux à l’américaine? Certainement pas! On s’étonne quand même de certains scrupules. Par exemple, lorsque François Bonnardel avoue candidement sur les ondes de LCN avoir été informé de l’emprunt d’Éric Caire auprès d’un maire de son comté, le chef en devient responsable. L’institution CAQ savait. En toute connaissance de cause, la CAQ et son chef ont cautionné ce qui sera dénoncé et admis comme une erreur ou un conflit d’intérêts. Pourtant, personne n’en pipe mot.

L’ALENA prend l’avant-scène de la campagne électorale québécoise. À très juste titre. La plupart des autres enjeux abordés à date font pâle figure sous la menace qui plane au-dessus de l’agriculture, de la culture, du bois ou de l’aluminium québécois. Jean-François Lisée a l’idée à la fois pertinente et responsable d’une trêve et de la signature d’une lettre commune enjoignant à Justin Trudeau de ne pas compromettre la gestion de l’offre.

On s’attend alors à une polarisation. D’une part les nationalistes et souverainistes affirmant que seul un Québec siégeant à la table ou franchement indépendant pourrait bien faire valoir ses intérêts commerciaux. En face, on imagine les fédéralistes répéter que le Québec ne ferait pas le poids et le PLQ insister sur le risque et l’incertitude d’un gouvernement de la CAQ en ces temps troubles. Alors que cette polarisation servirait tant le PLQ que le PQ pour prendre la CAQ en sandwich et gruger des votes à ses marges plus fragiles, c’est François Legault qui y va d’un énoncé d’un autre temps: l’Ontario cesserait d’acheter le lait d’un Québec souverain. Bien sûr.

Parce qu’il n’y a que peu ou pas de transfert de vote entre le PLQ et le PQ, les gains que l’un et l’autre font le sont surtout au détriment de l’adversaire commun, la CAQ. La meilleure façon de soutirer ces votes peut ne pas être d’attaquer la CAQ — quoique… —, mais bien de se provoquer entre eux, renvoyant l’attention des médias de l’un vers l’autre, prenant le contrôle du récit et effritant le vote déjà fragile, parce que tout nouveau, de la CAQ. Le PQ et le PLQ doivent récupérer des votes qu’ils ont déjà eus. La CAQ s’approprier des votes qu’elle n’a jamais eus. Présentement, le BAROMÈTRE indique qu’elle y arrive haut la main malgré quelques jours plus difficiles.

La campagne québécoise est-elle trop douce? Entre chèques aux familles qui sont l’équivalent de deux jours au salaire minimum et boîtes à lunch à l’école, on voit mal poindre une vision du Québec. Aux anecdotiques candidatures de vedettes qu’on ne connaissait pas hier se substituent des annonces qui ne changeront pas le monde.  Personne ne veut prêter flanc ou être l’agresseur. Ça ne durera pas. La fête du Travail, c’est lundi. Le coude se portera plus élevé mardi.

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La normalisation des populaires

CHRONIQUE / «Populaires». Le slogan-mot-clic de Québec solidaire fait sourciller. Populiste? Prétentieux? Après tout, si tu es populaire, ne le dis pas toi-même. Quelqu’un d’autre le fera. Pourtant, il y a aussi la notion de populaire comme dans «quartier populaire» ou «soupe populaire», cette racine communautaire, de Montréal aux petites villes égrenées en chapelets sur les routes du Québec, constitue la base militante et votante de ce parti.

Parce que vrai parti il est devenu. Des mouvements qui apparaissent et disparaissent aussitôt, après une flammèche comme parti qu’on ne verra que sous la rubrique «autres» dans les sondages, il y en a eu tout un tas. De la plupart il ne reste que des papiers jaunis dans le tiroir du bas d’un illuminé de bonne foi sans même avoir été formellement abolis. Plus récemment, on a vu se dresser les Debout, déclinaison d’un Bloc québécois alors décimé par l’intransigeance de sa cheffe et dont on ne sait pas s’ils y rejoindront leurs collègues.

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«Swing state» Mauricie

CHRONIQUE / La politique est une drogue dure à laquelle la dépendance est durable. Pour plusieurs, c’est après quatre ans et demi d’impatience qu’une campagne électorale québécoise reprend enfin son envol. Voyons à quelle hauteur elle volera en effet parce qu’on a vu la politique fréquenter aussi les taupes au cours de ces derniers 54 mois…

Les autobus plus ou moins extravagants des chefs prennent aujourd’hui la route, suivis de ceux des médias… sans le logo du parti auquel chacun est affecté. Pas d’incident diplomatique avec les journalistes en début de campagne cette fois.

L’autobus de Philippe Couillard et du Parti libéral du Québec se dirigera presque aussitôt vers la Mauricie. La Mauricie? Une région en repli démographique qui a perdu un comté dans la révision de la carte électorale? Étrange choix.

Non en fait. Il existe aux États-Unis des États qui, lors des présidentielles, font largement foi du résultat en changeant d’allégeance d’un scrutin à l’autre. On les appelle les swing states. Dans la plupart des États étasuniens, on sait qui des démocrates ou des républicains emportera le support des Grands électeurs, mais on mentionne souvent la Floride, l’Ohio ou la Pennsylvanie comme des États dont le choix sera déterminant parce que dur à prévoir. On serait tenté de les comparer au circonscriptions dites baromètres au Québec. Sauf qu’au Québec, alors qu’on suppose qu’un tel comté penchera du côté du pouvoir, aux États-Unis, ce sont plutôt les swing states qui déterminent largement le gagnant.

Et si la Mauricie était une swing région?

On peut facilement nommer une trentaine de comtés qui iront sans aucun doute au PLQ, autant à la CAQ, une poignée probablement au Parti québécois et trois au moins à Québec solidaire. Ça ne fait pas pour autant de chacun des quelques dizaines d’autres, des comtés que nous appellerons comtés-charnières. D’abord, on sait où la plupart se retrouveront et il faut que l’imprévisibilité en soit récurrente.

En Mauricie, ça l’est! Sauf vague, on n’est jamais bien certain de comment votera la Mauricie. Le Parti québécois de Pauline Marois pensait bien s’approprier quatre et peut-être cinq des cinq sièges de la région en 2014. Ça ne s’est pas passé comme ça. La CAQ regarde avec convoitise les projections lui accorder l’entièreté de ce qui est devenu une région de quatre comtés. Mais le PLQ qui les détient présentement tous ne compte pas y renoncer ainsi. Le premier ministre vient passer le message jeudi.

De nombreux comtés seront arrachés de haute lutte entre la CAQ et le Parti québécois, mais on peut croire que la CAQ remportera la plupart de ces affrontements. Ce n’est pas un enjeu crucial. Une poignée mettront en scène une course serrée entre QS et le PQ, et quelques autres entre le PQ et le PLQ. Seule la circonscription de Laurier-Dorion risque de donner lieu à un affrontement entre d’abord QS et le PLQ, avec peut-être Maurice-Richard. Ce n’est pas là que la composition du gouvernement sera déterminée. Elle le sera dans les comtés où s’affronteront, loin devant les autres partis, les candidats de la CAQ et du PLQ.

Dans la région de Québec, la CAQ semble s’être donné une avance qui n’exclut pas un balayage. En Mauricie par contre, le PLQ espère encore sauver des sièges. Ces sièges pourraient faire la différence entre un gouvernement de la CAQ majoritaire ou minoritaire, voire du PLQ minoritaire.

Outre sa position de trouble-fête à qui on réserve une cour assidue, la Mauricie est aussi intéressante parce que c’est dans Champlain que la CAQ a demandé à Sonia Lebel de scénariser qu’elle n’y est pas parachutée. C’est aussi dans Champlain que Marmen fait travailler 1000 Mauriciens, dont beaucoup dans l’industrie de l’éolien que la CAQ remet en question. C’est la région où, pour lancer sa carrière politique, le frère de Julie Boulet du PLQ a prêté allégeance à François Legault de la CAQ. On lui a attribué la seigneurie de Trois-Rivières. Enfin, c’est Laviolette devenu Laviolette-St-Maurice qui a vu Julie Boulet exiger d’être désignée candidate par Philippe Couillard avant de se retirer inopinément, laissant la place un candidat de moindre intérêt.

Les sondages de Recherche Mainstreet dont on extrapole le résultat à partir des données du «Reste du Québec» et les projections de Qc125 suggèrent un balayage de la CAQ en Mauricie. Mais, après tout, c’est seulement aujourd’hui que commence la campagne dans une région où la politique n’est jamais ennuyante. L’enjeu n’est pas mince : si la CAQ échappe la Mauricie, il n’est pas du tout certain qu’elle sera au pouvoir le 2 octobre parce que la Mauricie n’est pas que charnière. Elle est aussi, un peu, baromètre.