Le Bloc veut vivre!

CHRONIQUE / D’abord, une mise au point : il y a bientôt deux ans, j’ai été sollicité pour m’intéresser à la direction du Bloc québécois. J’ai refusé. Je n’ai pas changé d’idée depuis.

Le Bloc québécois n’appartient qu’à ses membres et s’ils doutent encore de l’urgence de se ressaisir, le dernier sondage Mainstreet sonne le réveil. Ou le glas. À quelques jours d’un Conseil général qui déterminera l’avenir du parti des Bouchard, Duceppe, Kotto, St-Hilaire, puis bien d’autres avant les Beaulieu, Fortin, Thériault et Ouellet, le Bloc québécois semble avoir écœuré ses électeurs au point de flirter avec le seuil mortel des 10 %.

Tout le monde sait ce qui se trame en vue de la collision de dimanche. Lorsque plus de 40 organisations de comtés d’un parti dissipé jusqu’à l’éclatement multiplient les rencontres, il suffit de quelques minutes aux journalistes pour en connaître le détail. Ainsi, Mario Beaulieu a d’abord mené puis cédé aux membres et militants la coordination de la fronde. Elle se veut incisive et décisive afin de terminer le déjà longuet passage à temps partiel de Martine Ouellet à la direction du parti. 

Ce sera un moment douloureux au terme de semaines tendues et d’une année irrespirable pour Mario Beaulieu et ses adversaires de l’intérieur. Dévoué à la langue française et l’indépendance, monsieur Beaulieu réservait le sceptre du Bloc à Martine Ouellet avant qu’elle n’y ait songé elle-même. Toutefois, on ne devient pas passionaria et présidente de la République à Ottawa. Martine Ouellet a encore beaucoup à offrir aux idées qu’elle porte, mais elle est allée au mauvais endroit, au mauvais moment : c’est le Parti québécois qu’elle voulait à sa botte. 

Remarquable organisateur, à l’aise dans les officines d’un parti politique comme un siffleux dans ses tunnels, aussi charmant en petit groupe que parfois maladroit devant une caméra ou une foule, Beaulieu a aussi le courage des sacrifices. En 2015, anxieux de sauver l’élection, Mario Beaulieu avait pas mal tordu les règles du parti pour ramener Gilles Duceppe à sa tête. Il doit de nouveau piétiner sa fierté et son cœur pour en expulser sa propre créature. Ceux qui souhaitent le départ de Mario Beaulieu aussi devraient y regarder deux fois. Les épreuves ont façonné un homme d’une maturité différente et salutaire qui, pour l’instant, peine à rallier les jeunes Barsalou-Duval et Gill à sa triste croisade. Nul ne doute que le moment venu, ils s’en remettront à la démocratie militante. Leur loyauté n’est pas un défaut.

Est-ce que la mutinerie hyper organisée — sélection du président, séquestration de l’ordre du jour, séquence de propositions ligotant une cheffe obstinée et peut-être même discipline — aura raison d’une politicienne singulière qui ne craint ni l’humiliation ni l’immolation? Rien n’est moins sûr. Pour l’instant.

C’est peut-être ça, le pari de Martine Ouellet. Chaque jour accrédite la simple et terrible intuition du groupe des sept démissionnaires : le Bloc, c’est fini. Selon eux, Martine Ouellet préférera carboniser le Bloc québécois sur son propre bûcher que de le laisser respirer sans elle. Et au diable l’indépendance! Il se peut donc que Mme Ouellet invoque le règlement pour ne quitter son siège que par un vote de confiance qu’elle perdra lors d’un congrès général en bonne et due forme. Le prochain peut être devancé, exercice laborieux, mais il n’est encore prévu pour juin 2019. Le Bloc sera déjà mort.

Les Sept se sont montrés responsables. Flegmatiques, même. Bien sûr, on y caresse la chimère d’un nouveau parti, mais les Sept sont tout… sauf un bloc. Entre ceux qui veulent livrer le travail parlementaire dont les électeurs leur ont confié le mandat — défendre le Québec et sa souveraineté — et ceux qui espèrent le départ de Martine Ouellet pour courir au chevet de leur parti original, le silence a prévalu. Non sans démangeaisons. Ils auront ainsi évité de passer du statut de victimes à celui d’agresseurs. Ne vous attendez pas à ce qu’ils soient très patients à compter de ce dimanche, mais dans l’intervalle, on a vu de solides interventions à la Chambre des Communes des Rhéal Fortin, Luc Thériault et autre rebelles inquiets. Une collaboration entre les morceaux du Bloc québécois et le Parti québécois sur le tellurique dossier des migrants, et on y aurait presque cru.

Les gagnants…

Ce sont les Conservateurs d’Andrew Scheer. Si on imagine mal davantage d’électeurs souverainistes succomber à la puberté politique du beau Trudeau, on les voit bien renouer avec le parti du Beau risque. Alain Rayes est le véritable meneur des Conservateurs au Québec et il y accomplit un travail très impressionnant.

… et les perdants

Ragaillardis par les Hivon et Aussant, les péquistes de Jean-François Lisée se croyaient en remontée suite à quelques bons coups et une pause de ces gaffes dont il a le secret (la clôture n’en est pas une). Les sondages ne l’ont pas révélée, cette embellie. Parmi les causes, beaucoup n’hésitent pas à mentionner que le Bloc de leur collègue mal-aimée les immobilise comme une ancre. Ils sont plusieurs à souhaiter qu’il coule corps et biens.

Pourtant, les cowboys Conservateurs sont encore confinés à l’est du ranch de la CAQ, le règne de Jagmeet Singh est escompté aux pertes par le NPD qui n’a pas les moyens d’une autre course et Justin Trudeau a presque tout perdu de son éclat et de sa crédibilité, sauf ce mignon petit accent qu’on aime tant. Dans ce contexte, lorsque 40 comtés d’un parti engendré par le PQ parviennent à une stratégie et un message commun, il y a là un espoir que personne n’attendait plus : le Bloc québécois veut encore vivre.