Le fait qu’au moins un conseiller, un des plus ardents défenseurs de Vision zéro, ait précisé que l’histoire du 40 km/h n’était pas coulée dans le ciment force à se demander si les deux rencontres ont encore leur pertinence.

Vision zéro ou Zéro vision?

C’est aujourd’hui que se tiendra la première de deux rencontres citoyennes dites d’information… et de consultation, sur ce projet très émotivement controversé que veut implanter dans la ville une majorité au conseil municipal de Trois-Rivières.

Il sera intéressant de voir si à l’issue de ces deux séances publiques se dégage une véritable convergence dans la population… et laquelle.

Ce qui est déjà acquis, c’est que, bien que personne ne puisse s’opposer à l’idée d’améliorer la sécurité de tout le monde dans les rues de la ville, la proposition est déjà bien amochée.

Le débat public n’a pas attendu les consultations qu’on s’est peut-être résigné à devoir tenir dans l’espoir de faire baisser la pression et de faire accepter l’idée plus largement. Car le débat fait rage depuis plusieurs mois et il est loin de s’adoucir. Il a même atteint à certains moments des intensités inquiétantes entre les différents opposants ou partisans du projet. Si on n’en est pas venu aux coups physiques, le sujet a donné lieu à de forts coups de gueule dans les réseaux sociaux. Il y a eu abondance d’insultes et de grossièretés qui ont été souvent échangées, mais constatons-le, qui ont aussi chaque fois été accompagnées de part et d’autre d’appels au calme et au respect des opinions exprimées.

Plus d’un millier d’opposants ont adhéré au mouvement Trifluviens contre Vision zéro et quelques centaines à Trifluviens pour la sécurité routière et Vision zéro.

Le premier groupe a été de loin le plus actif. On a fait un sondage, carrément bidon puisqu’il a été mené essentiellement auprès des «membres». On a aussi voulu donner une visibilité au mouvement en invitant les citoyens qui partagent ce point de vue à arborer un triangle jaune, à défaut de gilets jaunes. À l’œil, il n’y a pas dû y avoir de pénurie de tissu jaune.

Par contre, on a fait signer une pétition contre Vision zéro qui dépasse maintenant les 4000 signatures. C’est quand même une indication que le projet a une grosse côte à remonter s’il veut gagner la bataille de l’opinion publique.

D’ailleurs, il suffit de prendre connaissance des positions sur Vision zéro des trois candidats à la mairie pour constater qu’on commente l’affaire en faisant beaucoup de sémantique, en étant en partie pour et en partie contre. C’est la grosse pelure de banane de début de campagne.

Même Jean-François Aubin, qui compte des alliés parmi les conseillers municipaux qui soutiennent Vision zéro, a compris l’intérêt pour lui d’atténuer son appui.

À la veille de la première séance d’information et de consultation, il a fait une sortie publique pour demander au conseil municipal d’abandonner l’idée de limiter la vitesse à 40 km/h dans les quartiers résidentiels et les rues collectrices.

C’était là la mesure la plus visible, la plus connue, la mesure-phare du projet, la plus contestée aussi, mais la plus facile d’application dans l’arsenal des interventions que contient Vision zéro.

On a aussitôt crié à l’opportunisme politique. On comprend que l’homme n’a pas eu besoin d’attendre l’issue des deux rencontres citoyennes sur le projet pour se faire une idée sur l’état de l’opinion générale des Trifluviens sur cet aspect de la question.

«L’acceptabilité sociale n’est pas là», a-t-il admis. Dans son incontournable distribution de poignées de main, l’humeur citoyenne lui a sauté en pleine face.

Le fait qu’au moins un conseiller, un des plus ardents défenseurs de Vision zéro, au moins sur les réseaux sociaux, soit aussitôt venu à sa rescousse en précisant que l’histoire du 40 km/h n’était pas coulée dans le ciment force à se demander si les deux rencontres ont encore leur pertinence. On n’est pas loin de l’aveu d’inutilité.

L’exercice avait en principe pour but de prendre le pouls de la population mais il devait aussi avoir un côté pédagogique en expliquant aux gens ce que l’on présumait qu’ils n’avaient pas encore compris de l’affaire.

Il faut bien admettre que le pouls est déjà pris et que la pédagogie s’est faite sur le tas.

Bref, que la cause est entendue et qu’on ne peut plus vraiment attendre de grand renversement d’opinion à partir de ces deux séances d’information et de discussion.

Il faudra voir l’ampleur de la participation. Il y avait un peu plus de 150 personnes inscrites aux tables rondes de discussion. Il pourrait y en avoir davantage à la partie information.

On pourrait cependant parier, compte tenu de la vigueur de leur mobilisation, que le gros des participants viendra des Trifluviens contre Vision zéro et que bon nombre d’entre eux auront épinglé leur triangle jaune. Autrement dit, on aura beau prêcher ce que l’on veut, on risque fort de s’adresser à des déjà convaincus du contraire.

Si on en est arrivé à une telle division trifluvienne, c’est qu’il y avait, bien au-delà de Vision zéro, une rupture au conseil municipal opposant l’ex-maire Yves Lévesque à une majorité de conseillers.

Les clans du pour et du contre VZ se sont pour beaucoup formés en fonction de ces allégeances. Lévesque n’est plus là, mais la rancœur persiste.

D’ailleurs, on retrouvera beaucoup, parmi ceux qui ont critiqué cette semaine la prime de départ et de transition qui pourrait être versée à Yves Lévesque des partisans de VZ et dans ceux qui leur répliquaient, des supporteurs notoires de l’ex-maire.

Lévesque ou pas, on veut en découdre, de part et d’autre. Vision zéro ou Zéro vision?

Coup de griffe: On pourrait oublier le 40 km/h de Vision zéro pour le remplacer par des déversements abondants de sel et de sable sur les trottoirs. Là, il y aurait consensus trifluvien.

Coup de cœur: Pas de coup de cœur. Il y en a eu assez cette semaine avec la Saint-Valentin.

La cour est pleine… de neige aussi!