Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Mario De Tilly, directeur général de IDE TR.
Mario De Tilly, directeur général de IDE TR.

Vers une ville ultra-verte?

CHRONIQUE / Si on peut légitimement entretenir certains doutes sur la capacité réelle, pour ne pas dire volonté, des pays signataires de la Conférence de Paris de réduire d’ici 2030 aux niveaux promis leurs émissions de gaz à effet de serre, que ces pays soient prévenus que Trois-Rivières pourrait leur donner une leçon.

Trois-Rivières aspire en effet à devenir carbolibérée d’ici dix ans.

Ce n’est pas un engagement issu d’une séance du conseil municipal en cohérence avec sa reconnaissance de «l’urgence climatique» dans laquelle on s’applique à l’enserrer, mais de son bras de développement économique, IDE Trois-Rivières.

C’est peut-être dans l’air du temps d’exprimer des professions de foi en une société verte. Mais cela peut quand même surprendre quand une volonté aussi affirmée de devenir en une décennie une société décarbonisée émane d’un organisme de développement économique.

C’est pourtant ce qui a été affirmé très clairement cette semaine alors qu’IDE Trois-Rivières présentait à la salle Thompson, devant un auditoire de 200 partenaires, sa nouvelle stratégie de développement économique pour les cinq prochaines années.

Il n’y avait pas d’erreurs de frappe, de mots mal utilisés ou d’interprétation de sens erronée qui auraient pu faire dire à IDE TR ce que l’organisme ne voulait pas dire.

Le développement durable a été résolument installé au cœur des priorités de l’organisme et cela guidera l’ensemble de ses interventions. Tant le directeur général, Mario De Tilly que son président, Yves Lacroix, le maire Jean Lamarche ou le ministre Jean Boulet ont endossé cette vision.

Il est tentant de penser qu’on veut simplement emprunter le discours du jour, surfer un peu sur le courant écolo, mousser l’acceptabilité sociale du développement économique, faire belle façon, se rendre sympathique.

C’est peut-être un grand défi qui a été lancé, qui paraît même inatteignable, mais IDE Trois-Rivières n’a pas fait jusqu’ici défaut de résultats.

Les objectifs du premier grand plan quinquennal de l’organisme, adopté en 2016, ont été presque atteints en seulement quatre ans. C’est pourquoi on passe déjà au nouveau plan: innovation et développement durable.

Il y a des chiffres qui parlent. On dépasse pour 2019 les 500 millions $ d’investissements dans l’économie de Trois-Rivières. C’était presque autant l’an passé, l’année d’avant... Le demi-milliard $ d’investissements annuels, c’est presque devenu de la routine.

Cela s’explique parce que l’économie de Trois-Rivières s’est fortement engagée dans un virage technologique qui lui réussit.

Bien sûr, le secteur manufacturier reste important avec des entreprises comme Kruger, Fab 3R, Marmen et bien d’autres. Mais son poids sur l’emploi n’a plus rien de comparable d’avec ce qu’il pesait à la grande époque industrielle, celle des cheminées fumantes.

La désindustrialisation de Trois-Rivières, et on voit un peu la même chose à Shawinigan, est en processus de compensation. Parce qu’on y met beaucoup d’efforts.

IDE TR promet d’appuyer fortement tout projet innovant, en production-transformation comme en technologies nouvelles ou dans l’industrie du savoir. Mais on s’entend que ces projets devront être accompagnés de mesures environnementales et qu’ils s’inscrivent dans la notion de développement durable.

L’organisme est bien argumenté pour agir dans ce sens, car on brandissait mardi les résultats d’un sondage qui confirme l’importance qu’accordent tant la population que les dirigeants d’entreprise à la question environnementale.

Une consultation a été menée auprès de près de 600 citoyens et de plus d’une centaine d’entrepreneurs(es).

Il y a une quasi-unanimité de part et d’autre sur la priorité qui doit être accordée au développement économique. Une majorité de citoyens (67 %) souhaite cependant que cela soit réalisé dans un processus de transition écologique et c’est plus de 50 pour cent des entrepreneurs(es) qui plaident pour des pratiques entrepreneuriales respectueuses de l’environnement.

IDE TR continue d’acquérir des bâtiments industriels vides ou abandonnés pour les rafraîchir et leur redonner un usage. On appelle cela des friches.

Mais ce qui est intéressant avec la nouvelle économie, c’est qu’elle est beaucoup urbanisée. Ça se passe moins dans les parcs industriels. On le découvre de plus en plus et le centre-ville de Trois-Rivières semble bien disposé à devenir une zone entrepreneuriale. IDE TR pousse fort là-dessus.

Il y a l’Espace 445 (ancien Rousseau et frères) qui a été transformé en genre d’incubateur-accélérateur et là, on vient d’inaugurer l’Open, qui donne à tout le centre-ville un statut de district entrepreneurial. On a des programmes de soutien financier ciblés pour stimuler les projets.

Les «pousses», ou start-up pour faire dans un langage d’initiés, on les pousse.

Beaucoup d’entreprises de la nouvelle génération choisissent de s’établir au centre-ville. Cela n’est d’ailleurs pas étranger au bilan record pour les implantations ou maintiens d’entreprises au centre-ville en 2019. Presque la moitié de celles-ci ne sont pas dans la vente de biens ou dans des activités récréatives.

Or, IDE TR dispose d’une aide de 10 millions $, annoncée par le ministre Jean Boulet, pour la réhabilitation de cinq sites au centre-ville. IDE va donc y acquérir de nouveaux immeubles à des fins de développement économique.

Ça tombe bien... La ville doit se rajeunir et les milléniaux aiment bien l’ambiance urbaine, pour s’y divertir, y vivre et y travailler.

Coup de cœur: Pas tellement pour la murale du marchand de fourrures Rocheleau comme pour l’élan patrimonial que sa mise à jour a révélé.

Coup de griffe: La Cour d’appel devrait s’infliger un genre d’arrêt Jordan en libérant enfin les victimes de la pyrrhotite de l’interminable calvaire qu’on leur fait subir.