Mariannick Mercure

Vers Trois-Rivières-la-conviviale?

CHRONIQUE / Du coup, certains ont pu se demander si, par hasard, Luc Ferrandez, le maire du Plateau-Mont-Royal, ne serait pas venu distribuer quelques enseignements doctrinaires à quelques membres du conseil municipal de Trois-Rivières. Disons à au moins huit d’entre eux.

L’annonce faite par la conseillère Mariannick Mercure du dépôt prochain d’une politique sur le développement des infrastructures routières et leur usage sécuritaire a déclenché une volée de commentaires, pas tous élégants il faut en convenir, sur les réseaux sociaux.

Il faut dire que cela peut en inquiéter plusieurs d’apprendre que pour atteindre la «Vision zéro», c’est-à-dire zéro accident mortel ou blessé grave dans les rues de Trois-Rivières pour quiconque n’est pas un automobiliste, cela passe par beaucoup de changements.

Le plus facile est la réduction de la vitesse maximale à 40 km/h dans les quartiers résidentiels et sur ce qu’on appelle les rues collectrices.

«On va tous se promener en cars de golf à Trois-Rivières», a vociféré un face-de-booker. «On va mettre une tortue comme emblème de la ville» s’est emporté un autre. Ou encore, «on vas-tu devoir revenir aux charrettes tirées par des chevaux?»

On ne manquait pas de couleur dans les propos.

Il ne faudrait quand même pas partir en peur. On ne va pas multiplier les dos d’âne sur les grands boulevards pour éreinter toutes les suspensions ou désynchroniser les feux de circulation, même si certains prétendent que c’est déjà fait, pour écoeurer tant qu’on peut ces automobilistes qui intoxiquent la planète de leurs rejets de CO2.

Il reste que la politique que propose la conseillère des Forges et qui sera adoptée, il ne faut pas en douter, peut soulever de bonnes interrogations.

C’est l’adoption, par la Ville de Trois-Rivières, de la philosophie qui sous-tend toutes les notions derrière les «Rues conviviales» que propose la conseillère des Forges.

Il est tentant d’en déduire qu’on veut faire la guerre aux automobilistes, à un moment où justement Trois-Rivières subit des bouchons de circulation sur certains grands axes aux heures de pointe.

Dans une ville en croissance sur un territoire très étalé comme l’est Trois-Rivières, l’automobile est précieuse, voir dans bien des cas nécessaire.

Alors, ce à quoi on devrait s’attendre a priori, c’est qu’on ait plutôt le souci d’améliorer la fluidité routière.

C’est justement ce qu’il ne faut pas chercher à faire, prévient la conseillère. C’est une vision totalement à l’opposé qu’elle défend.

Le concept des «rues conviviales» implique que la rue qui est à construire ou celle qui doit être réaménagée, le soit d’abord en fonction de l’utilisateur le plus vulnérable et non plus de l’automobiliste, qui devient presque le dernier pris en compte dans cette nouvelle équation.

Tout le monde doit y avoir accès et de façon sécuritaire. Si un camion ou un autobus doit pouvoir y circuler, les piétons comme les cyclistes tout comme les personnes à mobilité réduite doivent aussi pouvoir s’y déplacer librement, à leur rythme et sans danger.

On aura donc des allées piétonnières, une piste cyclable, beaucoup de verdure, souvent un meilleur éclairage et un ruban d’asphalte.

La rue doit pouvoir être utilisée par tout le monde, en toutes saisons, peu importe son moyen de locomotion.

Dans le cas d’une rue nouvelle, si le concept est admis au départ, cela peut se faire sans trop de difficultés et sans que les coûts explosent. C’est plus compliqué dans l’existant, car le réaménagement de la rue peut impliquer un rétrécissement de la chaussée ou l’abolition d’espaces de stationnement pour élargir les trottoirs, insérer une piste cyclable et planter de la végétation.

Pour rendre la rue plus conviviale, on multiplie aussi les traverses piétonnières et on accorde priorité aux piétons à la hauteur des feux de circulation. Ça aussi, ça ralentit le trafic.

Si on a les moyens ou si on croit fortement dans cette vision, on investira dans des passages aériens ou même sous-terrains pour traverser à pied, en vélo ou autrement, sans danger, les artères achalandées.

La rue n’est plus construite pour l’automobiliste, mais pour tout le monde. On y concède même des avantages pour la santé, car tout le monde, peu importe son état, pourra en principe jouer, marcher, pousser sa marchette, pédaler dehors, dans la rue, même en hiver. On présume dès lors que les trottoirs seront mieux entretenus et plus rapidement dégagés.

Avec cette notion de «rues conviviales», l’automobiliste est évidemment perdant, mais la personne est gagnante.

On peut penser qu’il s’agit d’une vision éthérée ou déconnectée de ce que sera la ville de demain.

Mariannick Mercure explique qu’elle a été inspirée par les pratiques qui sont mises en œuvre dans les pays scandinaves, dont la Suède.

Dans les faits, c’est un courant beaucoup plus large et il est particulièrement en croissance aux États-Unis. Le mouvement est appelé «Complete Street», ce qui décrit bien les usages multiples qu’on réserve à la rue.

Plusieurs grandes villes américaines, Boston n’en étant qu’un exemple parmi d’autres, s’y mettent avec conviction. Au Canada et au Québec, le mouvement ne fait que commencer. Mais la Ville de Québec a déjà réalisé plusieurs projets dans ce sens.

Trois-Rivières ne se singularisera pas forcément avec cette vision du développement, mais elle sera assurément considérée comme une pionnière québécoise en la matière. Tout dépendra de l’ampleur des transformations et des moyens pour y arriver qu’on y consentira… et de leur acceptabilité sociale, une notion qui est aussi à la mode.

Le débat est lancé.

Coup de griffe

Vendredi, c’était plus de pot et plus de vin. La SAQ en grève et la SQDC en rupture de stock. Décidément, on ne peut compter sur l’État pour obtenir de l’ivresse.

Coup de cœur 

Finalement, quand on en fait le bilan, le p’tit gars, celui de Shawinigan, est devenu pas mal grand.