Il faut reconnaître que l’élection de Valérie Plante à la mairie de la métropole a apporté quelque chose de très rafraîchissant dans le paysage politique québécois.

Valérie Plante: oui mais... attention

Elle incarne peut-être la victoire de ce qu’on appelle les «progressistes» de Montréal, façon de désigner les «plateauistes» et tout l’esprit gauchisant qui les inspire, mais il faut reconnaître que l’élection de Valérie Plante à la mairie de la métropole a apporté quelque chose de très rafraîchissant dans le paysage politique québécois.

On pourrait même ajouter de rassurant en raison de l’étonnante simplicité, ajoutée à son perpétuel sourire, qui semble l’habiter tout naturellement. Elle a été jusqu’ici d’une grande sobriété dans tout et dans toutes ses apparitions en public.

Dans la jeune quarantaine, dégageant sincérité, honnêteté et détermination, on peut penser que les Montréalais, en dépit de l’extraordinaire travail accompli en un seul mandat par Denis Coderre, ont exercé un choix judicieux en faisant de Valérie Plante la première mairesse de leur ville. L’ex-maire n’avait assurément pas prévu que les Montréalais se réservaient comme apothéose des célébrations de leur 375e, une telle élection.
Comme à Montréal, le reste du Québec a applaudi cette nouvelle arrivée et cette semaine à son discours d’assermentation parce qu’elle entend placer le citoyen au cœur des priorités de sa ville.

Du coup, on se prend à souhaiter que ce vent «citoyen» qui caresse maintenant Montréal se propage au reste du Québec. C’est peut-être ce qui est en partie arrivé le 5 novembre, même si c’est en apparence moins fulgurant, dans plusieurs villes du Québec. À Trois-Rivières, avec l’élection de cinq nouveaux conseillers, on pressent déjà qu’une réflexion nouvelle va prendre place à la direction de la ville.

Après la gloire de la ville avec ses projets de grandeur, cela annonce que maintenant, ce sera la gloire du citoyen.

La «contamination» montréalaise, si l’on peut s’exprimer ainsi, devra cependant s’arrêter là.

Car pour mener à bien ses promesses, la nouvelle mairesse de Montréal n’aura pas le choix d’être extrêmement gourmande auprès des gouvernements de Québec et d’Ottawa. Tous ses prédécesseurs l’ont été. À cette différence qu’en raison de sa popularité, de son aura et de sa grande virginité politique, elle disposera dans les prochaines années d’un poids politique qui risque d’être démesuré.

On a vu avec quel empressement le ministre Martin Coiteux s’est retrouvé sur le même trottoir que Valérie Plante le lendemain de son élection. Avec des élections générales à venir au Québec dans moins d’un an et au fédéral l’année suivante, dans un contexte où il n’y a plus de véritables acquis pour les gouvernements sortants, on ne reculera devant aucune courbette pour paraître dans les bonnes grâces de sa nouvelle majesté. On voudra éviter de l’indisposer, car ce serait électoralement très périlleux.

Et la façon de rendre hommage et son tribut à un ou une élue politique, c’est d’acquiescer à ses demandes.

Pour réaliser ou mettre en marche ses engagements, Valérie Plante va devoir quémander des milliards de Québec et d’Ottawa… qui viendront en concurrence avec les attentes des autres villes et régions du Québec. Les ressources gouvernementales ne sont pas élastiques à ce point.

On ne retiendra que cette première grande promesse d’améliorer considérablement la mobilité des piétons, des cyclistes, des automobilistes, des transporteurs dans l’île de Montréal. Il faudra tout l’argent public disponible en infrastructures pour simplement s’en rapprocher.

Si Québec et Ottawa disaient oui à tout ce que veut Montréal, il ne resterait plus grand-chose pour le reste du Québec.
Déjà que l’investissement de ces deux gouvernements dans le Réseau électrique de Montréal (REM) a probablement été ce qui a repoussé le Train à grande fréquence de Via Rail devant relier Québec à Montréal en passant par Trois-Rivières.

Il y avait concurrence sur les disponibilités financières. Mais pour désengorger Montréal, pour parvenir à la meilleure mobilité promise, cela passera en plus par le prolongement de la ligne Bleu du métro et par la construction de la nouvelle ligne Rose, très chère mais si chère à la nouvelle mairesse.
Ces deux projets, c’est plusieurs milliards $ et il ne faudra pas qu’ils viennent écraser un projet comme le TGF, important pour le développement du Québec central et qui contribuerait aussi à la mobilité montréalaise.

La seule promesse qu’a faite Yves Lévesque au cours de la campagne électorale c’est de tout faire pour que le TGF se réalise. C’est un projet qui n’est pourtant pas du ressort municipal. Mais qui reste politique.

Que le maire de Trois-Rivières réclame le rétablissement d’un train de passagers entre Québec et Montréal, parce qu’il passerait dans sa ville, cela ne fait pas grand poids. Il lui faut élargir ses appuis politiques.

Cela explique probablement, en partie bien sûr, son désir de réintégrer l’Union des municipalités du Québec. Le nouveau président de l’UMQ, Alexandre Cusson, maire de Drummondville, l’en a convaincu, autour d’un café et de quelques toasts. Lévesque lui avait pourtant résisté dans cette tentative après avoir tourné le dos intempestivement à l’UMQ il y a deux ans.

Mais après avoir réclamé qu’il passe par Drummondville plutôt que par Trois-Rivières, Cusson appuie maintenant publiquement un TGF qui emprunterait la rive nord. Une concession plutôt facile à faire puisque la cause était déjà entendue chez Via Rail. En contrepartie, Trois-Rivières appuie Drummondville qui veut devenir une plaque tournante en transport ferroviaire sur la rive sud.

C’est une alliance qui peut faire sourire, en regard de la concurrence larvée que se livrent depuis longtemps les deux villes et des propos aigres-doux qu’ont souvent échangés leurs différents maires.

On peut penser qu’Alexandre Cusson n’a pas répété à Lévesque qu’il considérait Trois-Rivières comme faisant partie de la banlieue de Drummondville, comme il l’avait déjà dit en 2015. Que ce n’était qu’une question de temps pour que sa ville coiffe Trois-Rivières sur le plan démographique, cette «ville en déclin dans une région en déclin».

Il n’a pas dû lui rappeler non plus qu’il avait souhaité s’accaparer des fonds compensatoires restants de Gentilly-2 réservés à Trois-Rivières et à Bécancour.

La concurrence demeurera vive entre les deux villes à bien des égards. Il reste que c’est une bonne chose que puisse se constituer une influence politique forte en dehors de Montréal et de Québec et que cela émerge de la Mauricie et du Centre-du-Québec, qui ont déjà, avec un certain bonheur, formé une seule région.

Coup de cœur: C’est un nouveau-né, mais auquel on va souhaiter la longue vie qui lui est promise et qu’il mérite: le Festival international du film, le TR-IFF, Trois-Rivières, Images, Fêtes et Films, qui se déroule ce week-end.  

Coup de griffe: Pierre-David Tremblay, le nouveau maire de La Tuque est rempli d’idées et de bonnes intentions. Mais il aurait intérêt à faire une bonne tournée des commerces de sa ville. La Tuque n’est pas venue au monde le 5 novembre dernier.