Il y avait toujours eu un certain tiraillement entre la Ville et les autorités portuaires sur le sort, et la propriété éventuelle, du hangar numéro 1.

Un port à faire rêver

Si le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, s’adonne à passer par Trois-Rivières au cours des prochaines semaines, il aurait intérêt à s’y arrêter. Car il y a plusieurs personnes qui auraient des choses de grande importance à lui dire et qui relèvent de son ministère.

Dans les faits, si l’on fait abstraction du dossier de la pyrrhotite, à Trois-Rivières, les trois grands dossiers qui sont en attente de réponses favorables de la part du gouvernement fédéral dépendent tous du ministère des Transports.

S’il faut noliser une navette pour l’amener ici, il ne fait pas de doute qu’il sera facile de trouver des contributeurs pour en assumer les coûts.

Depuis plusieurs mois, c’est le mutisme complet de la part du ministre sur le projet fortement réclamé d’un train à grande fréquence entre Québec et Montréal qui ferait halte tous les jours à Trois-Rivières.

C’est un dossier majeur pour le développement de la région. À l’exception d’un «on y travaille» répondu par le ministre au député Robert Aubin qui s’enquérait en Chambre de l’avancement du dossier, c’est le silence radio le plus complet.

À la Ville et à IDE Trois-Rivières, on attend aussi une réponse du ministre au projet de construction d’une nouvelle aérogare, avec certification LEED, et d’améliorations de certains services qui permettraient d’accueillir des transporteurs à bas coûts à l’aéroport.

Mais cette semaine, c’est le port de Trois-Rivières qui a mené une grande offensive, en profitant de la tribune de la Chambre de commerce et d’industries pour demander au gouvernement fédéral d’approuver, et le plus rapidement possible, le grand plan de Cap sur 2030 qui devrait générer des investissements de plus de 235 millions $.

Là encore, l’appui du milieu économique est acquis. Mais il y a eu une petite différence, car aux côtés du directeur général du port, Gaétan Boivin, il y avait Jean Lamarche, le maire de Trois-Rivières qui appuie sans réserve sa vision de Cap sur 2030.

Il y avait toujours eu un certain tiraillement entre la Ville et les autorités portuaires sur le sort, et la propriété éventuelle, du hangar numéro 1. L’ancien maire Yves Lévesque souhaitait que l’Administration portuaire de Trois-Rivières le cède à la Ville pour la somme nominale de 1 $ alors qu’elle était peu disposée à une telle cession. On en demandait même 10 millions $, de quoi éteindre toutes les prétentions de la Ville sur le bâtiment, que Lévesque avait fini par qualifier de «verrue» à Trois-Rivières sur Saint-Laurent.

S’il persistait des nuages entre le Port et la Ville, ils sont dissipés et le lien riverain qui pourrait se faire entre le parc portuaire et TRSSL pourrait être spectaculaire.

Non seulement le bâtiment est de grande taille, mais tout en lui conservant son architecture patrimoniale, on veut lui donner une allure hautement moderne.

L’ancien hangar à rouleaux de papier pourra accueillir une foule d’activités commerciales, administratives, récréatives.

Ce n’est qu’un aspect des projets que contient Cap sur 2030. Outre les investissements projetés dans la partie portuaire de la Zone industrialo-portuaire, pour en accroître les capacités, tant en termes de quaiage que d’entreposage, c’est la création d’un véritable «waterfront» que propose le port, selon l’expression de son PDG, Gaétan Boivin.

C’est un port urbain, collé sur le centre-ville et le Trois-Rivières historique et, on l’a vu ces dernières années, le port s’est développé en témoignant d’un grand souci à cet égard.

Mais là, avec Cap sur 2030, le visage urbain du port, soit la partie qui s’étend du hangar no 1 à l’immeuble de l’APTR, serait grandement transformé puisqu’on y prévoit même l’érection de tours d’habitation, tout cela en harmonie avec ce qui existe déjà.

Le parc portuaire est déjà une réussite. En y ajoutant des activités récréatives (on a déjà pensé à installer un carrousel), résidentielles et commerciales, il deviendrait un incroyable pôle d’attraction qui ferait sensation.

On retrouve des vocations portuaires semblables dans plusieurs villes à travers le monde.

Il y a déjà un bon bout de temps que le Port a demandé à Ottawa de modifier les règles régissant les administrations portuaires canadiennes afin de permettre d’y développer de telles activités et de générer des sources de revenus autres que celles provenant des frais de quaiage, de manutention et d’entreposage de marchandises.

Ce serait une première certes, mais qui ouvrirait des potentiels aux autres administrations portuaires canadiennes, comme on le fait avec bonheur ailleurs dans le monde.

Il faut dire que le port de Trois-Rivières a les moyens de ses ambitions. Le projet de Cap sur 2020, qui a modernisé et réorganisé les installations portuaires à leur niveau actuel, a été mené avec grands succès et complété trois ans avant le temps.

Au cours de la dernière année, le port a enregistré un trafic record de marchandises et de vrac liquide. Il lui a même fallu vers la fin de l’année refuser des cargos, car son niveau maximal de capacités était atteint.

On comprend qu’en parallèle avec le développement socioéconomique et récréatif de la partie urbaine, on veuille ajouter de nouveaux terminaux vers l’ouest comprenant l’ajout de quais et de facilités d’entreposage.

Le port génère un millier d’emplois directs, mais le double en emplois indirects et induits. C’est l’un des gros moteurs économiques de Trois-Rivières et il pourra l’être tout autant et même davantage dans les années qui viennent si on lui en concède les moyens. Il a quand même fait ses preuves.

Coup de coeur: Une bonne fête nationale à toutes et à tous... puisqu’on le mérite.