Bravo au gouvernement Legault de prendre l’initiative d’emboîter le pas à la mairesse de Montréal en retirant le crucifix du Salon bleu.

Symboles de foi: suis-je le seul?

CHRONIQUE / Le crucifix de l’Assemblée nationale aurait dû être retiré du Salon bleu depuis au moins 10 ans, depuis que la Commission Bouchard-Taylor l’a recommandé. Malheureusement, le gouvernement de Jean Charest, alors sensible à l’opinion publique sur cet aspect des choses, s’y était opposé — comme les autres groupes parlementaires à ce moment-là. Bravo, donc, au gouvernement Legault de prendre l’initiative d’emboîter le pas à la mairesse de Montréal.

Cette décision ajoute un peu de logique au projet de loi sur la laïcité de l’État.

Toute la semaine, François Legault a employé le mot «compromis» pour décrire la proposition législative sur les signes religieux. C’est précisément parce qu’il est la somme de nombreux compromis que ce projet me paraît imparfait. Mais pouvait-il être parfait?

Il faudra donc vivre avec le fait que la loi concernera les directeurs et les enseignants des écoles primaires et secondaires du secteur public, mais pas ceux du réseau privé, même s’il est subventionné.

Ce projet démontre toute la difficulté qu’il y a à légiférer dans ce domaine. En l’état actuel des choses, la proposition de Simon Jolin-Barrette sera parfois difficile à appliquer.

Sur le fond, j’ai toujours été partagé sur la nécessité ou pas d’interdire le port de signes religieux, surtout chez les enseignants. La suspension de droits m’a toujours troublé.

J’ai toujours été étonné de voir autant de personnes avoir des positions bien campées sur ce sujet et de constater que ce n’était pas mon cas. Suis-je le seul dans cette situation?

Malgré tout, j’aurais plutôt tendance à appuyer ce projet de loi à ce stade-ci, à laisser sa chance au coureur. D’abord en raison de la clause de droit acquis prévue par Simon Jolin-Barrette dans sa proposition législative. On est loin de la Charte des valeurs, qui allait bien plus loin.

Grâce à cette clause, le gouvernement Legault ne change pas radicalement les règles du jeu pour les gens déjà en emploi. Il établit un principe pour le futur. Il aurait été inadmissible que qui que ce soit perde son travail.

L’étude en commission parlementaire nous apprendra, j’espère, que le droit acquis ne pourra être perdu par une enseignante du secondaire qui passerait de l’enseignement des sciences à celui des mathématiques.

Si je veux laisser sa chance au coureur, c’est aussi que je ne peux m’empêcher de penser ceci : compte tenu de la pression provenant depuis longtemps d’une assez forte proportion de citoyens, un gouvernement qui resterait les bras croisés sur ces questions pourrait paver la voie à un parti antisystème, qui lui ne ferait pas dans la nuance s’il prenait le pouvoir. Je le crains, en tout cas.

Le recours à la clause dérogatoire n’est pas illégitime. Mais il faut bien voir qu’en y recourant, le ministre Simon Jolin-Barrette admet qu’il ne peut démontrer que les restrictions qu’apportera sa législation sont raisonnables et qu’elles se justifient dans une société libre et démocratique.

Avec ce dossier, on plonge tête première dans la désormais traditionnelle opposition entre la sphère politique et ce que certains décrivent comme le «gouvernement des juges».

Les ressorts de la loi 99

C’est sans surprise que l’Assemblée nationale a adopté jeudi une résolution réaffirmant le droit du Québec à l’autodétermination. Elle a réaffirmé son soutien à la loi 99 votée en 2000 sous le gouvernement de Lucien Bouchard. C’était sa riposte à la loi fédérale sur la «clarté» référendaire.

Les péquistes et les solidaires, ainsi que l’indépendante Catherine Fournier, l’ont fait avec un plaisir évident. Les caquistes n’étaient pas en reste, eux qui aiment se qualifier de nationalistes. Les libéraux ont aussi appuyé la motion, mais avec moins d’enthousiastes que les autres. Ils craignent toujours une instrumentalisation de cette question.

Ce dossier bégaie. En 2013, les élus de l’Assemblée nationale avaient déjà tous voté en faveur d’une résolution du même genre.

La motion de jeudi a été adoptée parce qu’un mémoire du gouvernement fédéral fait valoir qu’un amendement constitutionnel est nécessaire pour que le Québec ait le droit de faire sécession, même après un Oui majoritaire. Ce mémoire a été présenté dans une cause qui traîne en cour depuis une quinzaine d’années. Elle a été lancée par l’obstiné chef du défunt parti Égalité, Keith Henderson.

Ce n’est pas la première fois que les procureurs d’Ottawa expriment cette position, mais elle a fait plus de bruit cette fois. L’actualité a d’étranges ressorts.

Cela étant, des ténors souverainistes étirent l’élastique en établissant un lien entre cet épisode et la Catalogne, dont la déclaration d’indépendance est jugée illégale par Madrid. En Espagne, l’indépendance n’est même pas admise comme possibilité. Au Canada, elle l’est. En Espagne, même la tenue d’un référendum sur la souveraineté est illégale.