Entraîneur adjoint des Draveurs de Trois-Rivières, Dannick Lessard a miraculeusement survécu à une tentative de meurtre le 28 octobre 2012.

Survivre à une tentative de meurtre

Dannick Lessard a le bras droit entièrement tatoué. Il n’est pas le premier ni le dernier à marquer sa peau à l’encre indélébile, la question n’est pas là. Si l’homme de 39 ans prend la peine de retrousser la manche de son chandail, c’est parce que son histoire y est gravée.

Dans ce café où on entend tout ce qui se dit à la table d’à côté, l’entraîneur adjoint des Draveurs de Trois-Rivières me parle abondamment de la tentative de meurtre dont il a fait l’objet le 28 octobre 2012. La vue de ses blessures donne froid dans le dos, mais plus encore la description qu’il en fait. Les tatouages parlent d’eux-mêmes.

Le samouraï, c’est son esprit guerrier. Le dragon cracheur de feu, c’est la mort qu’il a frôlée. L’œil perçant, c’est son regard sur sa vie... Il en va ainsi du poignet à l’épaule vers le torse. L’ex-hockeyeur descend le plus possible l’encolure de son gilet pour exhiber d’autres dessins reliés de près ou de loin à l’agression. 

«Tout est là!», soutient Dannick Lessard en portant mon attention sur le cadran imprégné à la hauteur du triceps, le muscle qui fait foi de ses gros bras. Ce n’est pas le fruit du hasard si les aiguilles sont suspendues à 4:06:58. C’est à cette heure très précise que son corps a été criblé de neuf balles, pas une seconde ni un projectile de moins.

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Lorsque Dannick Lessard évoluait dans la Ligue nord-américaine de hockey, il était l’homme fort sur la glace, celui qui n’hésitait jamais à laisser tomber les gants pour défendre ses coéquipiers. Le bagarreur mène aujourd’hui un tout autre genre de combat. Il utilise sa voix pour parler au nom des victimes de l’arrêt Jordan, ce jugement qui entraîne l’abandon du processus judiciaire lorsqu’il s’étire au-delà d’un délai maximal.

C’est comme ça qu’un dénommé Ryan Wolfson, déjà condamné à la prison dans une autre affaire de meurtre et tentatives de meurtre, a pu éviter d’être jugé même s’il a été accusé d’avoir voulu assassiner Dannick Lessard.

Wolfson aurait agi pour le compte de Benjamin Hudon-Barbeau. Son nom vous dit peut-être quelque chose. Il s’est notamment fait connaître en 2013 après s’être évadé de la prison de Saint-Jérôme à bord d’un hélicoptère.

Hudon-Barbeau retient de nouveau l’attention ces jours-ci. Il fait face à la justice pour d’autres crimes que celui perpétré à l’endroit de Dannick Lessard qui, à l’époque, jouait pour les Riverkings de Cornwall. Au moment de l’agression, il venait de terminer son quart de travail à son deuxième boulot en tant que gérant de la sécurité au bar de danseuses Le Garage, à Mirabel.


«Est-ce que je suis vraiment en train de me faire tirer dessus à soir?»
Dannick Lessard

Pourquoi aurait-on voulu s’en prendre à lui? Il n’y a pas eu de procès pour tirer cette affaire au clair, mais Dannick Lessard ne peut s’empêcher de penser que ça a rapport avec ceci...

En octobre 2006, il était portier au bar Upperclub de Montréal, le soir où deux individus ont été assassinés. Le jeune homme a été appelé à témoigner lors du procès de celui qui a été accusé, condamné puis acquitté de ce double meurtre. Il s’agit de Benjamin Hudon-Barbeau qui n’aurait pas apprécié sa version des faits.

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Je me croirais dans un film quand Dannick Lessard me décrit en long et en large comment il a échappé à la mort dans la nuit du 28 octobre 2012. Drôle de hasard, il était à quelques heures de venir affronter l’équipe trifluvienne qui portait le nom du Caron et Guay. Le match a eu lieu sans lui. Plutôt que de batailler sur la patinoire, le hockeyeur luttait pour sa vie sur un lit d’hôpital.

Dannick Lessard a d’abord reçu six balles. «En sept secondes», aime-t-il préciser.

Les trois premières ont atteint son bras droit qu’il a eu le réflexe de lever pour se protéger. Une chance. C’est la tête qui était visée.

Les trois autres projectiles ont touché le thorax avant que celui qui était à quelques semaines de devenir papa s’écroule, estomaqué, en se demandant à lui-même: «Est-ce que je suis vraiment en train de me faire tirer dessus à soir?»

Sous l’effet de l’adrénaline, Dannick Lessard s’est relevé, a foncé sur son agresseur qui, déstabilisé, s’est mis à courir tout en déchargeant son arme sur sa proie. Un septième projectile l’a atteint à la cuisse gauche. Il est tombé à genou en croisant le regard de celui qui devait penser en avoir fini avec lui. Contre toute attente, le portier s’est remis debout en se propulsant sur son bras gauche puisque le droit... pendait. «Il tenait juste par la peau et les nerfs.»

Dannick Lessard se souvient d’avoir voulu se cacher à l’intérieur de l’établissement, mais au moment d’atteindre la porte, Ryan Wolfson est réapparu pour dégainer une deuxième arme dans sa direction. L’épaule, la clavicule et le bas du dos ont été touchés. «Il a essayé de m’achever.» On ne saurait mieux dire.

Au-delà des tatouages, l’homme s’estime marqué à jamais par cette tentative de meurtre dont il garde des séquelles physiques et psychologiques. Deux opérations aux épaules sont prévues avant et après les Fêtes. Une troisième intervention au niveau du triceps aura lieu d’ici un an ou deux. Les traumatismes sont là pour rester.

«La seule chose qui n’est pas brisée, ce sont mes jambes. Je l’accepte en essayant de me dépasser un petit peu chaque jour», affirme celui qui chausse les patins de temps en temps pour diriger ses joueurs.

«Le hockey, c’est mon petit bonheur, ma seule évasion.»

Boucler la boucle avec la tenue d’un procès aurait été un moindre mal dans les circonstances. L’entraîneur adjoint des Draveurs se résigne à vivre avec la douleur tout en refusant de baisser les bras. La cause des victimes de l’arrêt Jordan est loin d’être gagnée, mais Dannick Lessard continue de se battre pour les autres. La preuve en est le samouraï tatoué sur sa peau.