Rien n’est confirmé, mais l’allégation concernant Martin Prud’homme, directeur général de la Sûreté du Québec, porterait sur des infractions liées à des fuites d’information sur l’enquête Mâchurer.

SQ: Québec devait se couvrir

CHRONIQUE / Le futur ne se prévoit pas... Le 23 janvier, le grand patron de la Sûreté du Québec, Martin Prud’homme, était aux côtés de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, qui annonçait que son gouvernement maintenait le registre des armes à feu, mais qu’il en abolissait certains «irritants». Mme Guilbault n’imaginait pas qu’elle annoncerait quelques semaines plus tard la suspension du numéro 1 de la police au Québec.

Martin Prud’homme était à l’Assemblée nationale ce jour de janvier à l’invitation de la ministre. Ce n’est pas cela qui permet de dire ceci, mais les rumeurs d’une quelconque vendetta du gouvernement de François Legault à l’endroit de cet ex-sous-ministre et chef de police sont toutes à jeter à la poubelle.

On se demanderait bien pour quoi une telle chose, d’ailleurs. À propos de quoi, une vendetta du gouvernement Legault? Il faudrait un début de preuve pour étayer de pareilles rumeurs.

Le BEI joue gros

Le mot «allégation» a été employé par la ministre Guilbault pour expliquer la décision de relever Martin Prud’homme de ses fonctions le temps que le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) pousse son investigation. Le problème de ce mot est qu’il s’apprête à bien des sauces. Le Petit Robert le définit ainsi : «affirmation quelconque»...

Une chose est certaine : le BEI se devait d’informer le ministère de la Sécurité publique de ladite allégation, puisqu’elle concerne des infractions criminelles. L’article 286 de la Loi sur la police est très clair là-dessus.

Pour la suspension comme telle, il n’existe pas d’automatisme. Le Secrétariat aux emplois supérieurs s’est vraisemblablement appuyé sur l’article 38 d’un règlement disant «peut être relevé», une procédure qui existe pour les sous-ministres et les dirigeants nommés par le gouvernement. Dans ce cas-ci, je vois mal que la décision de relever temporairement de ses fonctions M. Prud’homme n’ait pas au moins été politiquement approuvée.

Le gouvernement ne pouvait courir le risque de se faire dire, à un moment ou l’autre, qu’il savait que des soupçons pesaient sur le grand patron de la Sûreté du Québec et qu’il est resté les bras croisés. Il devait se couvrir.

À ce stade-ci, insistons sur un élément : il est inimaginable de penser que le BEI n’ait pas mesuré le sérieux de l’information qu’il a obtenue au sujet de M. Prud’homme ou qu’il ne soit pas convaincu de la crédibilité de son informateur. Ce serait grave si ce n’était pas le cas.

Le Bureau des enquêtes indépendantes joue gros. Entre autres, parce que le patron de la SQ paiera très certainement un prix de sa mise à l’écart.

Rien n’est confirmé, mais l’allégation porterait sur des infractions liées à des fuites d’informations sur l’enquête Mâchurer, laquelle concerne particulièrement le financement du Parti libéral du Québec. Le député Guy Ouellette, ex-policier de la SQ, a été arrêté en octobre 2017 relativement à ces fuites, mais les procédures ont été abandonnées.

Beaucoup d’amitiés et de liens existent entre policiers de haut rang. A contrario, beaucoup d’inimitiés et de rivalités exacerbées existent aussi.

Puisque cette affaire semble nous ramener à l’enquête Mâchurer, il faut dire à quel point il n’est pas à l’honneur du système policier et judiciaire que rien n’ait abouti dans un sens ou dans l’autre après tant d’années.