Véronique Hivon, Jean-François Lisée et Camil Bouchard lors du caucus du Parti québécois tenu à Shawinigan cette semaine.

Soutien péquiste à des libéraux menacés?

À une semaine près, il y a quatre ans, la première ministre Pauline Marois s’offrait une arrivée plutôt spectaculaire à Shawinigan à bord d’un hélicoptère qui s’était posé en fin d’après-midi sur un terrain de la Cité de l’énergie.

L’opposition s’était vivement scandalisée de ce déplacement onéreux qui avait permis à la chef du gouvernement de venir en grande pompe distribuer des «bonbons préélectoraux», s’était-on indigné.

Mme Marois venait rejoindre son équipe parlementaire réunie à Shawinigan en rencontre présessionnelle… On n’avait jamais assisté en Mauricie à un tel déploiement gouvernemental, avec la présence d’une quinzaine de ministres qui en profitèrent pour essaimer la région et annoncer tout ce qui pouvait l’être d’aides financières et de bonnes nouvelles.

Une offensive de séduction hors normes qu’on avait baptisée le «Shawinigan handshake péquiste». C’était une rencontre visant à préparer la rentrée parlementaire, mais qui était avant tout préélectorale, car il était acquis qu’on allait entrer en élections dans les mois suivants.

Le Parti québécois, qui formait un gouvernement minoritaire, avait compris que pour occuper pleinement le pouvoir à Québec, il lui faudrait arracher au moins quatre, mais idéalement les cinq comtés de la Mauricie.

On pouvait avoir l’impression d’assister cette semaine à Shawinigan à une semblable stratégie puisque le caucus parlementaire du Parti québécois est venu y tenir sa réunion présessionnelle, avec en toile de fond, un grand clin d’œil électoral à la région, en cette année d’élections.

On ne peut que souhaiter au chef péquiste Jean-François Lisée et à ses troupes que l’exercice leur soit plus profitable qu’il ne l’a été il y a quatre ans.

Quatre mois après l’éclatant passage péquiste, non seulement le gouvernement minoritaire de Pauline Marois avait-il été défait, mais il avait failli être relégué à l’Assemblée nationale au rang de 2e opposition et ses deux seuls députés de la Mauricie, Noëlla Champagne dans Champlain et Luc Trudel dans Saint-Maurice, furent battus dans leur circonscription.

Ces deux députés, qui auraient pu mériter chacun une prime de bon député, sont les seuls noms à avoir été avancés à ce jour comme candidats possibles du Parti québécois en vue des élections du 1er octobre. Trudel admet y réfléchir et Champagne a réfléchi, mais réserve sa décision. C’est tout pour l’instant. Le passage du chef péquiste et de son aile parlementaire aurait dû, en cette année électorale, provoquer un peu plus d’effervescence autour des candidatures du parti dans la région.

Jean-François Lisée est bien venu raconter dans les bureaux du Nouvelliste qu’il lui faut impérieusement «reconquérir la Mauricie», il ne pourra y arriver qu’avec des femmes et des hommes d’ici. On doit constater qu’on ne semble pas encore vouloir se chicaner très fort pour obtenir l’honneur de porter les couleurs péquistes.

S’il n’y avait pas eu cette réunion présessionnelle, spasmée par la nostalgie de la politique curieusement révélée la veille par Pierre Karl Péladeau qui s’estime en réserve de la république, les médias ne se seraient pas encore inquiétés de tâter le terrain pour connaître les éventuelles candidatures péquistes.

Alors que tout le monde s’énerve un peu chaque fois qu’il est question d’un candidat potentiel pour la Coalition Avenir Québec. Parce que, peu importe laquelle des quatre circonscriptions qui restent en Mauricie, elles pourraient toutes passer aux mains caquistes si des élections avaient lieu maintenant. En raison des sondages en ce sens, qui se contredisent peu d’une fois à l’autre ou d’une maison de sondages à une autre.

Si on prend le plus récent Mainstreet, avec le coude-à-coude libéral (31 %) et caquiste (32 %) et un Parti québécois à seulement 18 % des intentions de vote, les candidats du PQ n’auraient même pas le début d’une chance de l’emporter. Ce n’est pas de nature à susciter des vocations.

Même les quatre députés libéraux qui seront les sortants (on ne sait toujours pas lequel ce sera dans la circonscription fusionnée de Laviolette–Saint-Maurice) sont plus que menacés.

Tant que libéraux et caquistes seront à peu près à égalité dans les intentions de vote, l’avantage doit être concédé aux candidats caquistes.

Cela peut paraître cynique, mais le salut des libéraux en Mauricie réside un peu dans une difficile remontée de popularité de leur parti, mais surtout dans un regain de l’électorat pour le Parti québécois. Car si le PQ récupérait un peu de ses expatriés à la CAQ, il pourrait faire la différence… pour les libéraux.

Quand on applique les résultats des plus récents sondages aux analyses des sites de prévision électorale comme Si la tendance se maintient ou Québec 125, les caquistes raflent les quatre comtés de la Mauricie, même Laviolette-Saint-Maurice, en raison de l’importante contribution de l’ancienne circonscription de Saint-Maurice dans le nouveau découpage.

Mais bien des choses peuvent encore changer d’ici le 1er octobre et une reprise de vitalité au PQ n’est pas exclue. Il serait par contre bien surprenant que l’embellie péquiste, si elle se concrétise, porte le parti aux portes du pouvoir.

Il y aura aussi des considérations bien locales, comme les candidatures en présence, qui peuvent faire des différences.

Le député libéral de Champlain, par exemple, Pierre Michel Auger flottait littéralement, du moins, il en dégageait l’impression, après avoir appris qu’il pourrait avoir comme adversaire caquiste Sonia Lebel, la célèbre procureure au ton cassant de la Commission Charbonneau.

Il fait évidemment le calcul que les candidats parachutés, ce qui serait son cas, n’ont jamais connu de succès dans la région. L’expérience péquiste a été plus que révélatrice à cet égard.

Avec la perspective maintenant connue que l’ancienne députée Noëlla Champagne puisse briguer de nouveau la candidature péquiste dans Champlain, cela n’ajoutera qu’au confort du député libéral. C’est que Mme Champagne a toujours bien performé sur le plan électoral. Mais elle serait susceptible de moins attaquer le vote libéral que de freiner celui d’une candidate caquiste qu’on s’empresserait de décrire «d’importée», comme pourrait être perçue Sonia Lebel.

Ce serait quand même la plus belle des batailles électorales à surveiller dans la région si ces deux candidatures, Lebel et Champagne, se confirmaient.

Coup de griffe: Bravo à Hydro-Québec, si l’électricité vendue en Nouvelle-Angleterre le sera au prix qu’elle nous coûte à produire à la Romaine, d’où elle proviendra. Autrement, on se trouverait à subventionner les Américains. M. Trump ne sera pas content.

Coup de cœur: Qui aurait pu imaginer que la jeune candidate-poteau du NPD, dans Berthier-Maskinongé, devienne un jour leader parlementaire de son parti à la Chambre des communes? Un bel ajout dans son CV qui ne sera pas superflu aux prochaines élections fédérales.