Éco-logique

Toc de potager

CHRONIQUE / Je me suis longtemps targuée d’être pas pire saine d’esprit. Puis à un certain moment, c’est arrivé quelque part vers la fin de la trentaine, j’ai développé ce toc, rien de super envahissant, mais quand même, c’est vite devenu de l’ordre de l’incontrôlable, un peu comme quand un collègue commence une toune pis que dans ta tête t’es obligé de finir le couplet, même si tu sais pas les paroles.

Longue intro pour dire que janvier, février, pendant qu’on regarde la neige tomber pis les citadins glisser sur les trottoirs, moi je commence mes plans de jardin. Je dis jardin, en vérité c’est un potager, parce qu’il y a bien quelques fleurs, mais c’est surtout des légumes, des tomates, de l’ail, des oignons, des betteraves, des pois, des haricots, des poivrons pis bien d’autres trucs encore.

Éco-logique

Levons notre verre à la détermination

CHRONIQUE / « Aaah. J’ai oublié ma boîte de bouteilles vides sur le bord de la porte à la maison, vous en avez de la chance, hein? »

Les trois conseillères de la SAQ m’ont souri. Elles me voient assez souvent pour savoir que je ne niaise pas quand je parle de boîte(s). En fait, elles doivent craindre que je débarque un bon matin avec les corps morts de tout ce que j’ai acheté au fil du temps, un long et lourd camion-remorque, un peu comme la gang de Verre-Vert.

Éco-Logique

T’as-tu ton tofu?

CHRONIQUE / Pis? Vous avez profité de mon absence pour vous faire une liste longue comme le bras d’initiatives écologiques à mettre en place d’ici 2020?

Cool. Hâte d’entendre ça.

Éco-Logique

Lutte à finir avec un lave-vaisselle... et autres bébelles

C’était lui ou moi.

Dans le coin droit, masqué de mystère et de quelques années de loyaux services, un lave-vaisselle qui ne voulait plus laver de vaisselle. Dans le coin gauche, une fille qui n’avait pas envie d’aller magasiner des électroménagers ou de reprendre du service devant l’évier.

Une lutte à finir, carrément, alimentée non seulement par un entêtement génétique, mais également par une publication de ma blonde sur les réseaux sociaux où on me voyait agenouillée à côté du lave-vaisselle, une pince à la main, prête à me salir les mains, certes, mais pas à entacher ma réputation.

Parce que je suis née avec un marteau et un coffre d’outils dans les mains, moi, madame. 

Bon, peut-être pas née, mais y a dans l’album familial une vieille photo sépia de moi en salopette carreautée, j’ai une boîte à lunch dans une main, un petit coffre à outils dans l’autre, je m’en vais sur un chantier avec mon père du haut de mes 4 ans. Je me souviens d’avoir planté des clous dans le plancher d’une maison qui n’avait pas encore de murs. (Je suis déjà repassée devant, ça tient encore debout des décennies plus tard!)

Peu importe, sortons du chantier, ce que je voulais dire, c’est que ça va de soi que chez nous, depuis la nuit des temps et que je suis partie dans mon premier appartement, y a forcément un marteau, deux ou trois pinces (dont des long-nose), une variété de tournevis pis un plat de margarine avec un paquet de clous, de vis pis de gogosses qui peuvent toujours servir pour installer une étagère, improviser un meuble, réparer une chaise, une porte ou un lave-vaisselle.

En fait, c’est vrai pis c’est pas vrai. Le lave-vaisselle, j’avais jamais touché à ça, et même si j’ai appris quelques vagues notions sur les circuits électriques dans un cours d’exploration technique en secondaire 3, me sentais pas très à l’aise devant la grosse machine.

Mais ses lumières clignotaient comme dans un show rock des années 80, le cycle se lançait quelques secondes puis s’arrêtait invariablement en laissant un pouce d’eau dans le fond de la bête. Elle me défiait.

« On va en acheter un autre », m’a lancé ma douce moitié avant d’amorcer le magasinage en ligne.

« Over my dead body beubé! »

Je sais. Obsolescence programmée, que vous allez me dire.

Vrai que depuis des années les choses ne sont plus fabriquées pour durer.

Mais on n’est plus programmés pour les réparer non plus. Souvent, on n’est même plus programmés pour attendre qu’elles rendent l’âme avant de les remplacer.

« Hey chéri.e, on refait la cuisine?! On en profite pour changer les carreaux, les électros, le gazebo, l’auto, les marmots? »

Du neuf, c’est toujours tentant, ça calme nos désirs de changements sans trop d’engagements, si ce n’est sur la marge de crédit, le tas de cochonneries et les ressources.

Et si on se modérait sur la marge et le tas, histoire de se préserver les ressources? La base de tout, toujours, cette réduction à la source.

Je sais, il y a de ces trucs sur lesquels on a l’impression de n’avoir aucun contrôle. Le jour où ma tablette est morte, j’ai su que je n’allais pas la ressusciter, j’en ai fait mon deuil. Mais je ne l’ai pas remplacée... et je ne m’en porte pas plus mal.

Depuis, j’ai décidé que chaque bris allait être traité à la pièce. Ça se répare? On répare. C’est terminé? Est-ce que ça doit absolument être remplacé? Par du neuf? De l’usager? De la location ou de l’emprunt de temps en temps?

Des fois, c’est surprenant, quand on évalue réellement nos besoins, on réalise qu’ils sont finalement peu nombreux.

C’est le cas du lave-vaisselle, qui ne sera pas remplacé lorsqu’il rendra l’âme, mais ça il ne le sait pas encore. Ma blonde non plus d’ailleurs, on tient ça mort.

Là, grâce à ma patience légendaire (des jours d’entêtement en vérité), une clé Allen, des pinces et un technicien ben d’adon au téléphone, j’ai trouvé le bobo et remplacé la boîte de contrôle pour le tiers du prix d’un neuf. 

Première ronde, Bolduc, qui va se reposer de tout ça. On se rejase en février. 

+

En moyenne, chaque Canadien produit environ 400 kilos de déchets par année, c’est l’équivalent d’à peu près 10 lave-vaisselle.

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Pas né. e. s avec un marteau entre les dents?

En Estrie, l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) a récemment fait paraître un bottin rassemblant toutes les ressources pour la réparation d’objets divers, incluant les entreprises privées, les groupes d’entraide, les coopératives d’échanges, de prêts d’outils, les tutoriels et sites internet, les ressources offrant de la formation et les options disponibles pour disposer des objets qui ne se réparent plus. Ailleurs au Québec, vérifiez auprès de l’ACEF de votre région, des centres de loisirs ou de formation.

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Il existe dans toutes les régions du Québec des Accorderies dont la mission est de contrer la pauvreté et l’exclusion sociale en mettant à la disposition des gens des services individuels et des activités d’échanges. Vous pouvez y dénicher du savoir-faire et y proposer le vôtre.

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Il existe aussi différentes ressources d’échanges et de prêts d’outils dans chaque communauté, juste pour éviter de surconsommer dans la scie sauteuse à outrance.

Éco-logique

Petit pacte de bonne année groundée!

Les grandes résolutions du Nouvel An sont sur le bord de débarquer sur votre perron et, tout comme moi, vous commencez à être à court d’inspiration?

On s’entend que tu ne peux pas souhaiter être plus extraordinaire encore chaque année. À un moment donné, une fois atteinte la perfection, on tourne en rond, et c’est d’un ennui, j’vous dis pas.

Ben non.

Malgré toutes ces rumeurs que j’alimente moi-même, je ne suis pas (toujours) parfaite.

Bon, une fois passé le choc, avouez que ça enlève de la pression de se dire qu’on a encore une petite marge de manœuvre du côté du mieux pis du meilleur pis du moins pire et que ça vaut pour tout le monde.

Suffit parfois simplement de laisser du temps pis un petit paquet de bienveillance traîner pas loin.

Alors envie de vous empiler quelques résolutions potentielles dans un coin?

D’accord.

Avant de partir, je fais un détour du côté du Pacte, que plus de 250 000 Québécois ont signé, mais que quelques-uns ont décrié parce que « Oh! Scandale! Certains des signataires ont une empreinte écologique énooooorme».

Au nombre des 500 premiers signataires, l’auteur Fabien Cloutier qui dans le très uppercutant numéro d’un récent spectacle collectif envoyait un coup de semonce bien visé aux écolos de la première heure, aux bien-pensants et aux chialeux chroniques qui s’étaient offusqués de voir des artistes et gens bien nantis s’afficher parmi les initiateurs du Pacte.

Je le paraphrase un peu, et je coupe tous les bouts drôles pour éliminer la compétition, mais pour l’essentiel : « Cr... réjouis-toi! Ç’a pris du temps, mais ç’a fini par se rendre dans leur tête. Y a maintenant plus de monde qui comprend les enjeux, y a plus de monde prêt à faire ce qu’il y a à faire pour l’environnement. C’est une bonne nouvelle. »

Ouaip.

Parce que c’est un enjeu collectif, l’environnement. 

Pis que la collectivité, c’est la somme des individus, de leurs gouvernements et des institutions.

Tu peux rester dans un coin en gueulant que c’est l’affaire des gouvernements et que les petits gestes n’ont pas d’impact.

Tu peux aussi aller t’installer dans l’autre coin pis gueuler plus fort encore que les individus ne pourront jamais faire bouger les gouvernements et que c’est sans issue.

Mais entre les deux, y a plein de nuances, d’options et de possibilités. 

Signer le Pacte, le mettre en œuvre, en fait partie. 

Parce que signer le Pacte, c’est envoyer aux gouvernements et aux institutions un message clair et collectif de nos préoccupations environnementales et de notre détermination à les avoir à l’œil... tout en s’engageant à agir individuellement et en gang.

Ça se peut qu’on parte de loin, individuellement et collectivement. C’est pas grave.

Je répète : c’est. pas. grave.

It’s not grave.

L’important, c’est de commencer quelque part, et surtout entre les oreilles. 

En fait, c’est fou tout ce qui part de ce lieu un peu obscur entre nos oreilles. C’est là qu’il faut se les semer, nos résolutions.

Tiens, faisons ça. Semons-nous des petites graines de réflexion et de réflexes entre les oreilles pour que nos gestes s’enracinent solidement et poussent bien fort dans le soleil.

Résolution.s en trois temps, comme une valse.

1. Reprendre contact avec ce qu’on mange 

Ça se décline de plein de façons, je vous pitche ça en vrac, vous pigez un lot ou un petit bout, c’est à votre guise : profiter des prochaines portes ouvertes de l’UPA pour visiter quelques fermes, demander à son boucher l’origine de sa viande, acheter ses produits au marché public en prenant le temps de parler avec les maraîchers ou producteurs, s’abonner à un panier bio-local, cultiver quelques légumes sur son balcon ou lancer son premier potager, privilégier le produit local, faire un sit-in larmoyant dans l’aller du supermarché quand il n’y en a pas, réduire sa consommation de viande, éviter les produits (trop) emballés, acheter en vrac, cuisiner un repas de plus par semaine, oser son bouillon de légumes ou de poulet, son pain, ses céréales, ses muffins, cuisiner végé et arrêter de manger de son prochain.

2. Assumer pleinement son pouvoir d’achat

Ce qui veut aussi dire — aucun spécialiste de marketing n’insistera beaucoup là-dessus — son pouvoir de ne pas acheter.

Oui, il y a un paquet d’activités possibles un jour de pluie hors des murs du centre d’achat, on se fie sur vous pour trouver ce qui vous parle, mais on sait qu’il vous reste de l’imagination.

Ça veut aussi dire acheter d’occasion, louer, emprunter, acheter en collectivité, fabriquer, créer, réparer, s’en passer.

Moins d’achats, moins de dépenses, moins besoin d’argent, moins besoin de travailler, plus de temps, pour soi et pour ses proches.

3. Se mouvoir la mouvance

Laisser la voiture se reposer un peu quand on peut, y faire grimper quelques passagers quand il faut la sortir, maximiser les déplacements, se contenter d’une seule (ou de pas du tout) voiture si possible, marcher plus souvent, privilégier le transport en commun là où il est disponible, compenser ses déplacements aériens, troquer son boat à moteur pour une chaloupe, son yacht pour un kayak, et son cheval pour un âne.

Commençons simplement par ça, des petits bouts de ça, des discussions et des mises en œuvre de ça, dans le plaisir, sans le stress de performance et de perfection, un genre de pacte entre nous, en marge de ce Pacte que vous pouvez encore et toujours aller signer en ligne à lepacte.ca.

Et au cours des prochaines semaines, on se décline ça tout doucement, sans chercher à être parfait.e.s.

Quoique...

Bonne année groundée!

Éco-Logique

De quoi s’emballer

CHRONIQUE / Vous l’avez sûrement vu, c’est un classique du début des années 90, (bon, j’y vais un peu fort avec le « classique », j’avoue) mais si ce n’est pas le cas, je vous invite à visionner Le secret est dans la sauce, version française de Fried Green Tomatoes.

Je ne rentre pas dans les détails, mais il y a dans ce film une scène où le personnage d’Evelyn Couch, interprété par Kathy Bates, se confectionne pour rallumer la flamme de son couple une robe de pellicule plastique, aussi appelée film étirable, mais qu’on nomme tous par la marque d’une compagnie bien prospère.

Bref, imaginez que votre bien-aimé.e vous ouvre la porte joliment vêtu.e d’une robe chic et sexy en pellicule plastique alimentaire.

Chaque fois que j’en utilisais (pas pour m’habiller, juste pour mettre des restes de table au frigo) je pensais inévitablement à cette scène, à Kathy Bates, puis à Kathy Bates dans Misery, à Kathy Bates en train de péter les chevilles de James Caan à grands coups de masse.

Re-bref, je faisais un lien direct entre la pellicule plastique et des chevilles pétées à coups de masse.

C’est fou le subconscient des fois, hein?

Mais t’sais, soyons ésotériques deux minutes, les images du continent de plastique et de l’ampleur de la pollution des océans par les matières plastiques, ça fait pas mal l’effet de coups de masse dans les chevilles, non?

C’est comme ça donc qu’à un certain moment, dans ma petite maison dans la prairie, on est arrivé au bout du rouleau de pellicule alimentaire et qu’on n’en a juste pas racheté.

On n’en a plus racheté, mais pendant quelques semaines, réflexe et conditionnement, aussitôt que j’avais un petit reste de table à caser ou que je m’enlignais pour le premier pointage de mon pain, j’étirais la main vers le tiroir à tite-pellicule.

Pas de tite-pellicule. Petit grattage de tête et de méninges.

Fallait trouver des alternatives, et vite.

Facile de remplacer pour le pointage du pain la pellicule par un linge à vaisselle humide. Pas trop compliqué non plus de mettre une assiette en équilibre sur un bol quand on range de la soupe au frigo.

Et une certaine réserve de plats avec couvercles assortis, ça permet de gérer pas mal d’affaires quand on revient de l’épicerie (ou quand on y va, si vous êtes déjà dans une démarche zéro déchet) ou que la visite sacre son camp sans avoir vidé les plats.

Oui, mais il finit toujours par en manquer, des plats, me direz-vous, sans compter que c’est assez coûteux et que les couvercles, quand ils ne fendillent pas de partout, ben c’est comme les bas, ça disparaît.

Alors?

Alors de un, on a sous la main une panoplie de pots Mason qui servent bien sûr pour les conserves d’automne, mais aussi pour les achats en vrac (on en reparlera) et pour la mise au frigo ou au garde-manger de ce qu’il y a en trop.

Pas de Mason à la maison? Pas grave. Ce que vous avez sous la main, ça fait la job. Le pot de moutarde ou de confiture ou de pickles est terminé? C’est bien de le mettre au recyclage, mais vous pouvez aussi le mettre à l’ouvrage. 

Ça peut assurément garder au frais et au sec vos noix, vos dattes, vos flocons d’avoine et vos rêves les plus fous, mais ça peut aussi très bien vous permettre de trimballer votre potage, votre chili et votre bonne humeur légendaire au bureau.

Quoi d’autre? L’emballage réutilisable à base de coton bio et de cire d’abeille, vous en avez entendu parler tout plein, c’est certain, on en trouve de plus en plus en magasin et vous pouvez aussi assez facilement vous en fabriquer à la maison. Ça prend, vous vous en doutez, du coton, de la cire d’abeille, un four et un peu d’amour.

Mais bon, avant de vous lancer dans la fabrication, ça vaut la peine de l’essayer, ça vient en différentes dimensions, c’est assez malléable, ça s’entretient au savon doux, loin des grosses chaleurs de l’eau et du micro-ondes.

Et c’est réutilisable pendant des mois pour emballer vos fruits et légumes, vos sandwichs, vos muffins, vos restes de dinde de Noël, de tofu géant et vos enfants si vous ne trouvez plus leur tuque et leurs mitaines.

Sur ce, joyeux chrismas, bonnes bouffes, belle répartition des restes et, si vous croisez Kathy Bates, prudence.

Éco-logique

Pas un cadeau...

CHRONIQUE / Ma mère vous dira que je n’ai jamais été un cadeau, ma blonde renchérira que ça ne s’est pas arrangé avec le temps. Et les deux vous souligneront, mes amis le confirmeront, je n’en donne pas non plus, des cadeaux.

Ça date. Ça date de ce soir du temps des Fêtes chez mon frère, y a une quinzaine d’années, où ses enfants se sont mis à chigner solide pendant l’orgie de cadeaux à laquelle on avait tous participé délibérément, sans trop se poser de questions. Chaque cadeau à peine déballé était repoussé sous la table du salon pour aller chercher le suivant sous le sapin, ça se foutait pas mal de ce que ça venait de recevoir, de la part de qui et pourquoi, ils en voulaient juste plus, beaucoup plus, tout le temps.

Ça donnait envie de mettre les enfants dans une boîte, de tout remballer en y allant à double tour sur le ruban adhésif et de les retourner au magasin.

On s’entend que le problème n’était pas nécessairement au niveau des enfants.

Nombre de parents vous le confirmeront : difficile parfois de modérer les transports des grands-parents, des minoncles et des mitantes, des parrains, marraines et guides spirituels. Complexe aussi de gérer les attentes des enfants qui tiennent un compte du décompte de cadeaux.

Anyway. Ç’a sonné chez moi le glas du cadeau de fête ou des Fêtes. Terminé, that’s it, finito, on fait comme Julie Masse et on repart à zéro. 

Désormais, les flos, ce sera de l’exploration, découvertes, des fous rires, des souvenirs, des liens aussi qui se créent et qui durent d’un noël à l’autre, d’un anniversaire à une autre célébration.

Qui laissent peu de traces sur l’environnement, mais tout plein dans le cœur, l’âme, la mémoire.

Plus concrètement, ça se traduit par une virée en vélo ou en pédalo, ce pique-nique sur la montagne où tu vas finir par transporter la plus jeune sur tes épaules pour redescendre, un match des glorieux pas si glorieux, des variations sur le thème du cirque, un paquet de spectacles, des soupers préparés en gang pis en riant, des films avec pop-corn dont on parle encore, des jasettes autour du feu qui restent dans la tête et le cœur longtemps, longtemps.

Le temps.

C’est le cœur de l’affaire. 

C’est aussi l’affaire dont on se plaint toujours de manquer.

Mais t’sais, si t’en manques, prends-en un peu plus, c’est tout, vous dirait sagement ma grand-mère si elle était encore de ce monde.

Je le sais, ç’a presque l’air trop simple. 

Mais t’sais, des fois, faut revenir à la base de tout, prendre le temps, prendre son temps, se le répartir plus joyeusement, plus intelligemment, plus généreusement surtout.

Des fois, faut répartir du temps sous le sapin pour les gens qu’on aime. Pis s’inclure là-dedans.

Pas pire cadeau.

Bon. Ceci étant dit, je vous laisse ici une boîte de suggestions, vous pouvez piger dedans sans gêne ou vous en inspirer pour vos cadeaux de dernière minute ou de la prochaine année. Et ça vient sans emballage!

Des cours, parce que savoir, faire pis le savoir-faire, c’est bon.

De boulange ou de cuisine, en famille pourquoi pas, histoire de revoir avec les enfants notre rapport à la nourriture et à sa préparation. Belle façon de ramener ensuite à la maison le plaisir de cuisiner et manger ensemble, de moins gaspiller aussi. Une occasion peut-être même de s’initier au végé ou au vegan si vos ados vous poussent dans le dos depuis un moment...

Tout le monde qui a vu Fantôme d’amour a envie de se laisser séduire par la poterie. Beau cours à s’offrir entre ami. e. s. Variations sur un même thème moins sensuel mais tout aussi cool avec le dessin, la sérigraphie, la gravure ou la peinture...

Un pouce, ça se peinture en vert, ça prend souvent juste une certaine initiation au potager, à la cueillette et production de champignons ou à la permaculture. Des cours se donnent tout au long de l’année un peu partout au Québec, les prix et la durée varient.

Tango, swing, guitare, batterie, cor anglais, en avant la musique...

Ébénisterie, soudure, mécanique automobile, réparation de petits appareils, plomberie, parce que tu peux toujours appeler le beau-frère, mais des fois c’est le fun quand il reste chez eux pis que tu t’arranges tout seul. e...

Orientation à la boussole. Y a à peu près pas de chance que ça serve, mais ça ferait changement de croiser sur la rue des gens qui regardent une boussole en cherchant le nord plutôt que leur cell en cherchant un sens à leur vie.

Chronique

Calendrier du grand débarras

CHRONIQUE / Des fois, souvent, on ne sait pas par où commencer.

C’est un peu ce qui se passe dans mon trop grand bungalow meublé d’une collection de tables, de vieux fauteuils, de patentes, de gogosses et de cossins rapaillés au fil de trente ans de ventes de garage, de brocantes bon marché et d’antiquaires à l’époque où ils étaient moins populaires et donc moins chers.

J’ai le décor chargé et hétéroclite. Tu viens assurément pas chez nous pour te reposer l’œil, mais c’est un bordel qui me sied assez bien. 

Moins à ma douce, qui depuis quelque temps déjà me presse la patience à grands discours minimalistes. En gros, je résume parce qu’elle parle beaucoup, elle veut qu’on se débarrasse de tout plein de choses, qu’on se lousse du coup l’espace et l’esprit.

Des fois, souvent, tu sais que quelque chose est bon pour toi, mais tu hésites quand même à y aller.

Mais j’ouvre mon cœur, comme diraient les coachs de vie de ce monde.

En fait, j’avais déjà accepté de passer, pièce par pièce, pour faire le tri de ce qui peut partir et de ce qui doit rester, mais ce n’était pas sans avoir déjà apposé un droit de veto sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à un livre, un disque, une toile/photo/gravure/sculpture.

Et à quelques petites choses encore pour lesquelles j’ai des projets quinquennaux que je remets de cinq ans en cinq ans.

« Pis les tables tournantes, les projecteurs, les radios qui ne fonctionnent pas? »

Pas touche.

On entend ici le son de la résistance. De ma résistance.

On est tous un peu dans la résistance face au changement, aussi bénéfique s’annonce-t-il.

C’est un peu pour ça que des fois, souvent, faut commencer doucement, même si on sait qu’il faudra plus et plus rapidement. 

L’important, c’est de commencer. Quelque part.

Et de ne pas s’arrêter là.

Je vous parle alors de la députée de Sherbrooke à l’Assemblée nationale, Christine Labrie, un rare petit point orange solidaire en régions du Québec, mais l’allégeance est assez accessoire dans le cas qui nous intéresse.

Mère de trois jeunes enfants, Christine Labrie annonçait cette semaine sur les réseaux sociaux que la petite famille avait instauré un calendrier de l’avent inversé. Concrètement, parents et enfants déposent chaque jour dans un sac à cet effet un objet qu’ils n’utilisent plus et qu’ils souhaitent donner à quelqu’un d’autre. Un quelqu’un d’autre qui pourra, on l’imagine, être connu ou inconnu, individu ou organisme.

Madame Labrie expliquait que l’opération était tellement bénéfique dans sa chaumière qu’ils envisageaient de la poursuivre au-delà du 25 décembre.

J’ai relayé l’idée à la minimaliste de ma propre demeure, démontré une belle ouverture je crois à ce qu’on avance ainsi tout en douceur vers une certaine épuration des lieux et des nécessités.

Parce que l’objectif final, ce n’est certes pas de se débarrasser sur un coup de tête de choses que l’on cherchera désespérément à remplacer à la première occasion.

Ce qu’on souhaite, ultimement, c’est revoir notre relation aux choses, aux objets qui nous entourent, à notre besoin insatiable de se les approprier, de les accumuler, de les remplacer, souvent même avant la fin de leur vie utile. 

Ce qui serait tout à fait extraordinaire, disons-le en cette période de l’avent qui s’adonne à arriver juste avant Noël, c’est de retrouver un rapport plus sain aux bébelles, qu’on ait 7, 37 ou 77 ans.

Fait que je vais amorcer mon calendrier de l’avent un brin en retard, mais y a peut-être des copies vinyles de La Mélodie du bonheur pis de Grease, quelques bouquins que je garde en double pis une table tournante qui vont finalement sortir de la maison.

Des fois, souvent, il faut résister à la résistance.

Quoi faire avec tout ça? Chaque région regorge d’organismes prêts à assurer le relais entre vos surplus et les besoins de quelqu’un d’autre. Et pourquoi ne pas envisager du troc ou encore une méga vente-débarras avec vos collègues ou vos voisins, les fonds recueillis pouvant alors être remis à un organisme ou servir à l’aménagement d’un potager collectif? 

Éco-logique

Se ralentir le conditionnement

CHRONIQUE / « Ouin. Là, je veux bien, mais ça c’est un bout où je ne pense pas te suivre. C’est too much… »

Elle, c’est Jess, extraordinaire amie et collègue photographe, une fille qui fait donc beaucoup de route, toujours très pressée entre deux assignations, la job, les enfants, les courses, les projets pis toutes les autres affaires. 

Je venais de lui annoncer mon intention de faire passer ma vitesse de croisière sur l’autoroute de 120 à 100 km/h, c’est ce que j’ai trouvé de plus créatif et efficace pour réduire ma consommation d’essence et par conséquent l’empreinte de mes déplacements entre la maison et le boulot, deux trucs que j’adore, mais qui sont situés à 50 kilomètres l’un de l’autre.

C’est aussi une façon comme plein d’autres de passer à une autre vitesse dans cette lutte aux changements climatiques.

Bref, Jess trouvait que non. Juste non. 

Et je n’ai pas trop insisté parce que, très honnêtement, ça me saoule un peu d’impatience de rouler à 100 km/h sur l’autoroute quand je suis passagère. 

Et plus honnêtement encore, même derrière le volant, les premières fois que j’ai bloqué la vitesse à 100 km/h, j’avais cette impression étrange et franchement désagréable que je n’arriverais jamais nulle part, que mon esprit se détachait de mon corps et allait me dépasser par la droite en me faisant un doigt d’honneur.

J’sais pas si l’image est claire, mais c’est dire à quel point c’est souvent question de conditionnement. Parce que concrètement, après deux semaines, le corps et l’esprit ont fait la paix, ça roule merveilleusement à 100 km/h, j’écoute une toune de plus pendant le trajet et je suis arrivée partout où je voulais vraiment aller. (Avis aux autres, arrêtez de m’attendre.)

Le conditionnement, que je disais.

L’habitude d’aller vite, de chercher à aller plus vite encore, de se faire répéter que c’est comme ça de façon généralisée, que c’est très bien ainsi, qu’on est dans la norme, normaux donc, et d’y trouver une certaine valorisation.

Conditionnés sur l’autoroute. Pis dans la vie.

Si vous avez amorcé un virage un peu plus écologique, une réflexion sur votre rapport à la consommation ou au travail, ou encore une remise en question du grand culte de la vitesse et de la performance, ça vous aura sans doute sauté aux yeux.

Et pour peu que vous soyez sensible à l’environnement, sans égard pour la teneur du virage que vous avez décidé de négocier, peu importe que vous trouviez votre motivation dans un pacte, une lecture de chevet, des changements climatiques qui vous font suer, les remontrances de vos enfants ou l’avenir de vos petits-enfants, vous savez que vous devez d’abord vous déconditionner.

Et se déconditionner, c’est casser des réflexes et des habitudes. Désapprendre. 

Puis apprendre autre chose, d’autres choses, d’autres façons de faire, de penser, de dépenser, de posséder, d’être même, carrément.

C’est non seulement décider de reprogrammer à la baisse son régulateur de vitesse, mais prendre plaisir à le faire.

Je vous laisse ici pour l’instant, pas que je m’ennuie, mais je pense que je vais allez prendre une bière avec Jess. Faut qu’on rejase...

Actualités

Alexie avec un e

Coiffeuse, esthéticienne, quelques courses. Alexie s’offre une petite virée sherbrookoise de temps en temps, un genre de retour aux sources, mais de façon assez sélective. Pas nécessairement de visite nostalgique à l’université où elle a étudié en kinésiologie ou au gym où elle a travaillé et s’est entraînée pendant des années.

L’entraînement, c’était pas mal toute sa vie. Elle voulait aider ses clients à atteindre leurs buts de remise en forme, cherchait de son côté à développer un corps parfaitement et naturellement musclé. Le corps qui allait lui permettre de remporter plusieurs prix de culturisme entre la première place chez les novices du Québec de l’International Drug Free International en 2007 jusqu’à la première place toutes catégories en 2013 et 2015.

Alexis Brien-Fontaine était un Monsieur Canada presque parfait, coupé au couteau, le sourire radieux, la vie qui allait de soi.

Sauf que dans sa tête, dans tout son être, Alexie savait que ce corps-là, aussi parfait soit-il, ce n’était pas le sien. Pas celui qui fittait avec ce qu’elle était derrière toute sa masculinité de façade, une fille jusqu’au fond de l’âme.

On appelle ça une dysphorie de genre, lui a confirmé une spécialiste il y a deux ans.

« Je l’ai toujours su, je crois. J’ai souvenir, vraiment toute petite, d’une blague d'un proche qui me dit ‘Viens ici ma petite fille’ et que j’avais aimé ça, ça collait à ma peau », me racontait Alexie il y a un mois.

C’était quelques jours à peine avant de subir une vaginoplastie au Centre métropolitain de chirurgie, pas très loin de chez elle, dans le nord de Montréal, là où elle s’est installée pour reprendre des études, cette fois en sciences infirmières à Bois-de-Boulogne.

Chaque semaine, le docteur Pierre Brassard effectue une dizaine de vaginoplasties, pour environ une phalloplastie pendant la même période. Les patients viennent des quatre coins de la planète.

Que dire de la vaginoplastie? Techniquement, que seuls les testicules et le corps caverneux sont retirés, que le reste du pénis est métamorphosé pour la construction du néo-vagin, permettant de conserver à la fois les fonctions de l’organe et de recréer l’univers féminin avec toutes ses zones érogènes.

On peut aussi en dire que des soins de dilatation sont nécessaires pendant des mois après l’opération afin d’éviter une cicatrisation naturelle que cherche à effectuer le corps.

Qu’en dire de plus? « Pour moi, ç’a été vraiment très douloureux dans les heures et les jours qui ont suivi. Ça n’a pas été facile. J’en ai braillé », racontait Alexie quelques jours après l’intervention.

Qu’est-ce qui était le pire, Alexie, la vaginoplastie ou l’acceptation de cette transidentité?

« Clairement l’acceptation, répond-elle sans hésiter. Tu vis ta vie, tu fais tout pour qu’elle soit ‘normale’, mais un moment donné, tu penses juste à ça, ça te paralyse, ça vient fucker tes relations avec les gens autour de toi, t’es obsédée, tu n’es plus fonctionnelle. »

Alexie a fini par en parler. Avec une professionnelle, avec ses proches aussi, progressivement. 

Vivre la vie d’Alexie avec un e, c’était une question de vie ou de mort.

Alexie a commencé l’hormonothérapie il y a un an et demi, a quitté Sherbrooke pour Montréal. La première fois qu’elle s’est présentée à ses cours à Bois-de-Boulogne, c’est aussi la première fois qu’elle sortait « en elle-même ». Ses cheveux avaient poussé, elle avait pris grand soin à son maquillage, avait choisi ses vêtements dans sa nouvelle garde-robe toute féminine.

« C’est sûr qu’il y a eu des réactions, il y en avait qui n’étaient pas sûrs, mais j’ai fini par gagner leur respect avec le temps et ma personnalité de feu », lance-t-elle dans un grand rire.

Vrai qu’elle a une personnalité de feu, Alexie. Début trentaine, talentueuse, brillante, une maîtrise en kinésiologie et des études en sciences infirmières qui lui permettent de ne rien échapper de sa métamorphose, solide dans sa tête, sens de l’humour incroyable, capable d’exprimer ses idées et son cheminement, elle a commencé à donner des conférences dans les écoles et les organismes l’hiver dernier.

« Si l’acceptation des trans est plus grande qu’elle l’était auparavant, il y a encore bien du chemin à faire quand même. Si je peux faire ma part pour aider à démystifier cette réalité, je vais le faire », explique-t-elle.

C’est pour cette raison également qu’elle a accepté d’être le sujet d’un film documentaire mené par une équipe estrienne, dont fait partie l’auteure de ces lignes, et dont le tournage se poursuivra pendant une année complète.

« Il reste encore plusieurs étapes, mais la vaginoplastie, c’en était une grande, confie Alexie. Quand tu as accepté le fait que tu es une femme, que tu décides d’avancer dans le processus, ton pénis devient une barrière, une chose qui n’a pas d’affaire là. »

Au sortir de la salle d’opération, les parents d’Alexie étaient là tous les deux. Ils avaient fait le trajet depuis Valcourt, où ils ont élevé leurs trois garçons, pour accueillir la fille qui prend le relais de l’un d’entre eux.

« C’est important pour moi que ce soit eux qui soient là à mon retour de l’opération. Ils étaient là à ma naissance, c’est symbolique qu’ils soient là aussi pour cette renaissance. »

Une fille qui vit désormais sa vie de fille, hormonothérapie à l’appui, famille et amis à portée de clics, projets plein la tête.

« Ma vie commence, j’ai hâte de voir comment tout ça va aller. Mais je le sais que ça va bien aller. »