Révolution végane? Oui, mais…

CHRONIQUE / Une petite révolution se déroule actuellement sous nos yeux. En effet, il ne se passe pratiquement plus une journée sans que nous entendions parler du véganisme. Même le nouveau Guide alimentaire canadien, bien qu’il ne nous invite pas forcément à devenir végane, nous incite néanmoins à réduire sensiblement notre consommation de viande et de produits d’origine animale. Mais comme il fallait s’y attendre, le débat est très polarisé, et entre les militants véganes et leurs détracteurs, il peut être difficile de s’y retrouver. Dans ce texte, nous tâcherons donc d’y voir plus clair en résumant quelques arguments avancés par les tenants du véganisme.

Par souci de transparence, je dois cependant admettre que je suis moi-même végétarien et en transition vers le véganisme. Et si j’ai fait ce choix, c’est forcément que je considère qu’il existe de bons arguments qui le soutiennent. Pour autant, je veillerai à ce que mon propos soit le plus nuancé et respectueux possible, en me basant sur des données scientifiques fiables, ainsi que sur les plus récentes réflexions en éthique animale.

Au sujet du véganisme, il faut savoir qu’il ne s’agit pas simplement d’une option alimentaire, mais d’une philosophie à part entière. Les véganes ne s’abstiennent pas seulement de consommer de la viande, mais aussi tout autre produit d’origine animale, et ce, afin d’éviter toute forme d’exploitation ou de cruauté envers les animaux. Être végane, c’est avant tout changer le regard que nous portons sur la nature et sur les animaux. Pour étayer leur opinion, les véganes ont généralement recours à trois types d’arguments : les arguments liés à la santé, à l’environnement et à l’éthique animale. Je m’attarderai ici aux arguments éthiques, car il me semble que ce sont les plus crédibles, mais aussi les plus polémiques. Cela dit, avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais faire une brève remarque au sujet de la santé, car bien que la science tend effectivement à soutenir l’idée que la consommation de viande ne soit pas indispensable pour se maintenir en bonne santé, rien n’indique par ailleurs qu’il serait nécessaire ou avantageux de s’en priver complètement. Autrement dit, devenir végane pour des raisons de santé n’est pas vraiment une bonne raison.

En revanche, les arguments liés à l’éthique animale sont beaucoup plus convaincants, notamment parce qu’ils me semblent en phase avec plusieurs de nos intuitions morales, à commencer par le fait qu’il est inacceptable de faire souffrir abusivement ou inutilement des êtres vivants. Ironiquement, ce sont aussi ces arguments qui « choquent » le plus les détracteurs du véganisme. Pourquoi cela? Je suppose qu’il est difficile pour ces gens d’endosser une position morale à laquelle ils n’arrivent tout simplement pas – ou ne cherchent même pas – à se conformer. En psychologie sociale, c’est ce qu’on appelle la dissonance cognitive, et nous y sommes tous plus ou moins sujets.

En ce sens, on peut donc dire que devenir végane, c’est faire le choix de la cohérence. Un choix difficile, certes, mais qui permet à celles et ceux qui le font d’avoir un réel impact sur les conditions de vie des animaux d’élevage, ne serait-ce qu’en refusant de participer à leur asservissement et à faire de leur vie un long et lent processus de production et de mise à mort. Bref, ne pas abaisser les animaux à n’être qu’une vulgaire marchandise.

Finalement, pour sauver la mise, les consommateurs de viande préconisent parfois une approche plus « humaine » dans le traitement réservé aux animaux d’élevage. Ils souhaitent une réforme de l’industrie agroalimentaire. Ces intentions sont fort louables, mais je doute honnêtement que ce soit suffisant ou réaliste. Ainsi, bien que je sois parfaitement disposé à admettre qu’à l’intérieur de certains paramètres, manger de la viande soit acceptable, il m’apparaît tout de même plus sage et prudent de s’en abstenir.

J’inviterais cependant les militants véganes à faire preuve de patience et de compréhension à l’égard de celles et ceux qui n’en sont pas encore là. La révolution végane n’est pas pour demain, mais l’idée fait tranquillement son chemin.