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Sébastien Lévesque
Le Quotidien
Sébastien Lévesque

Les marchands du temple

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CHRONIQUE / Dernièrement, j’ai relu l’essai sur la désobéissance civile d’Henry David Thoreau, un texte percutant dans lequel le philosophe américain reproche à son gouvernement et à ses concitoyens de sacrifier la morale et le bien commun sur l’autel de l’économie. Il y dénonce l’esclavage, d’une part, mais aussi la guerre que mène son pays contre le Mexique, une guerre essentiellement motivée par le désir de conquête et l’appât du gain. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’en dépit du fait qu’il ait été publié en 1849, l’essai de Thoreau n’a rien perdu de sa pertinence.

En effet, plus de 172 ans plus tard, rien n’a vraiment changé et nombreux sont les gouvernements et les individus qui sont prêts à fermer les yeux sur les injustices et les atrocités de ce monde au nom de la prospérité économique. Forcément, je ne peux m’empêcher de penser à la Chine, un pays qui bafoue allégrement les droits de l’Homme, mais avec lequel nous entretenons malgré tout d’étroites relations économiques. Le 13 avril prochain, Peiwu Cong, ambassadeur de la République populaire de Chine au Canada, sera même invité à prononcer un discours lors d’une causerie organisée par le Comité des relations internationales de Montréal. Elle n’est pas belle, la vie?

Pendant ce temps, deux Canadiens, Michael Spavor et Michael Kovrig, doivent subir un simulacre de procès à huis clos en Chine où ils sont accusés d’avoir volé des secrets d’État et de les avoir envoyés à l’étranger. Les deux ressortissants canadiens ayant été arrêtés quelques jours seulement après que le Canada ait arrêté à Vancouver une dirigeante de la multinationale chinoise Huawei, difficile de ne pas y voir un acte de représailles de la Chine à l’endroit du Canada. Tout cela sans parler du génocide des Ouïghours. Bref, un bien beau pays, la Chine! Mais nous continuerons évidemment à faire des affaires avec eux, tout comme nous en faisons avec l’Arabie saoudite. « Money talks », comme on dit.

Au passage, je voudrais saluer l’initiative du député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe, qui a eu la bonne idée de proposer le boycottage ou la relocalisation des Jeux olympiques prévus à Pékin en 2022. C’est plus symbolique qu’autre chose, diront certains, mais ça a au moins le mérite d’être clair et cohérent. Notons que M. Brunelle-Duceppe a depuis été placé sur la « liste noire » de la Chine, où il est maintenant interdit de séjour. Preuve que son intervention n’était pas totalement vaine.

Plus proche de nous, le dossier GNL Québec continue de faire couler beaucoup d’encre dans la région. Là encore, il semble que certains acteurs politiques et économiques régionaux n’aient d’yeux que pour l’économie au détriment de tout le reste, incluant l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. En effet, en dépit des nombreuses critiques émises par le BAPE dans son rapport, ces marchands du temple continuent d’appuyer inconditionnellement ce projet insensé et dévastateur pour l’environnement. Heureusement, certains députés comme Sylvain Gaudreault savent faire preuve davantage de courage et d’intégrité et n’hésitent pas à marquer publiquement leur désaccord, et ce, malgré le risque politique évident que cela représente.

On me rétorquera certainement que le projet GNL Québec jouit de l’appui de la majorité de la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean. C’était vrai, mais est-ce toujours le cas? Maintenant que les conclusions du BAPE sont connues, est-ce que la population serait toujours prête à aller de l’avant avec ce projet? À ce propos, deux choses. D’abord, il faudra enfin reconnaître que ce dossier n’est pas qu’un enjeu régional, mais bel et bien un enjeu national – l’environnement étant un bien commun. Ensuite, quand bien même la majorité de la population continuerait d’appuyer ce projet, il n’en demeurerait pas moins un mauvais projet. Mauvais pour l’environnement, évidemment, mais aussi potentiellement mauvais sur le plan économique – le montage financier de GNL Québec étant loin d’être assuré. Bref, désolé de le dire, mais la majorité n’a pas toujours raison et ne saurait constituer en soi un argument convaincant.

Qui plus est, il y a des choses qui ne se marchandent pas. L’environnement et les droits de l’homme en font partie.