Le chroniqueur solidaire

CHRONIQUE / Depuis une semaine, dans mon entourage, on me demande de réagir face à la menace de fermeture qui plane sur Le Quotidien et les autres journaux du Groupe Capitales Médias (GCM). On me demande aussi comment je me sens et si j’ai peur de perdre ma chronique. Pour tout dire, je demeure confiant qu’une solution durable se présentera bientôt, même si je ne suis évidemment pas dans le secret des dieux. Mais ce que je sais, en revanche, c’est que ces journaux sont trop importants pour que nous les regardions mourir sans rien faire.

Je ne suis pas un journaliste et encore moins un expert des médias, mais permettez-moi tout de même d’utiliser la tribune qui m’est confiée pour réagir à certains commentaires que j’ai lus sur les réseaux sociaux et vous partager quelques-unes de mes réflexions sur les médias et l’information en général.

Depuis que le gouvernement du Québec a consenti une aide financière de 5 millions $ à GCM, je lis effectivement des commentaires à l’effet que ces journaux ne mériteraient pas de survivre, notamment parce qu’ils seraient devenus obsolètes à l’ère des réseaux sociaux et du numérique. Évidemment, cette aide ponctuelle ne peut faire office de plan de restructuration, mais ce serait tout de même prématuré et inconsidéré de prétendre que la presse écrite n’a plus sa place dans le paysage médiatique.

Ce que les gens ne semblent pas comprendre, c’est que l’enjeu n’est pas la sauvegarde du format papier (on sait tous que le papier est en voie d’extinction), mais bien le maintien d’une information diversifiée et de qualité, notamment en région. Ce que je constate, donc, c’est que plusieurs personnes sous-estiment gravement la valeur du travail journalistique et le rôle primordial que jouent les médias traditionnels dans une démocratie comme la nôtre. Et pourtant, toutes ces informations que vous voyez passer sur les réseaux sociaux et qui alimentent vos débats, elles ne tombent pas du ciel!

Dans un autre ordre d’idée, je tiens à dire que je ne m’inquiète pas du tout pour ma chronique, non seulement parce qu’il ne s’agit pour moi que d’une source secondaire de revenu, mais aussi, et surtout, parce que les chroniques ne constituent pas l’essentiel d’un journal. En effet, cela pourra sembler ironique que ce soit un chroniqueur qui le dise, mais la mission première d’un journal demeure d’informer le public sur les sujets d’actualité ou de fond, et ce de la manière la plus objective possible. À ce titre, les personnes les plus importantes dans un journal sont donc toutes celles et ceux qui participent à rapporter la nouvelle, à la rendre accessible au plus grand nombre.

En ce sens, les chroniques ne constituent rien de plus qu’un bonus, si j’ose dire, et ne peuvent en aucun cas remplacer le travail des journalistes sur le terrain. Qui plus est, il est bon de se rappeler que les chroniqueurs ne sont pas tenus à la même objectivité que leurs collègues journalistes, ce qui signifie qu’il faut toujours s’en méfier un peu, ou à tout le moins prendre leurs propos avec un grain de sel – certains chroniqueurs ne se gênent d’ailleurs pas pour épicer abondamment leurs textes!

Pour toutes ces raisons, je ne crains donc pas pour ma chronique, mais bien pour les vrais artisans de la presse écrite, dont l’industrie traverse actuellement une crise. Et je crains aussi pour le public, car même s’il ne s’en rend pas toujours compte, il en va de son droit à l’information, laquelle lui est nécessaire pour participer à la vie démocratique. L’accès à l’information n’est pas un luxe, rappelons-le, mais une nécessité.

C’est pourquoi les journaux de GCM m’apparaissent si importants, car il n’y a que sur la base des faits que nous pouvons nous forger une opinion éclairée. Moi-même, en tant que chroniqueur, je profite constamment des informations recueillies par les journalistes pour alimenter mes sujets et ma réflexion.

C’est aussi pourquoi je ne peux faire autrement qu’être solidaire envers les artisans de la presse écrite. Les journaux, qu’ils se présentent sous une forme ou sous une autre, sont un bien collectif précieux, particulièrement en région. Puissions-nous en prendre conscience et en prendre soin!