Faire souffrir « pour le fun »

CHRONIQUE / Dernièrement, la direction du Festival du cochon de Sainte-Perpétue, au Centre-du-Québec, a annoncé qu’elle mettait fin à la traditionnelle course au cochon graissé, une épreuve jugée cruelle par des groupes de défense des animaux. Par ailleurs, vous avez probablement entendu parler de cet enfant qui a été mordu par un zèbre lors du Salon des animaux exotiques qui s’est tenu à Chicoutimi en avril dernier. Évidemment, loin de moi l’idée de banaliser cet incident, mais je crois cependant qu’il s’agit d’une belle occasion de nous questionner sur le sort réservé aux animaux lors de ce type d’événement.

Aujourd’hui encore, de nombreux événements dans la région et partout au Québec offrent une programmation dans laquelle on retrouve diverses activités qui mettent en scène des animaux. Que ce soit lors des expositions agricoles ou des festivals western, plusieurs de ces activités – notamment le rodéo – sont fondées sur la violence, le stress et la peur. N’ayons pas peur des mots, il s’agit ni plus ni moins d’une forme de cruauté et de maltraitance envers ces animaux et je peine à comprendre comment une société comme la nôtre peut encore tolérer de telles pratiques, si ce n’est par ignorance ou par méchanceté pure et simple.

Les animaux ne sont pas des marchandises ou un divertissement, ce sont des êtres vivants et sensibles, donc capables de ressentir du plaisir et de la douleur au même titre que nous, les humains. Qui plus est, les animaux ont des émotions, ce qui signifie qu’ils ressentent non seulement la souffrance physique, mais aussi la souffrance morale. Ne serait-ce que pour cette raison, soumettre les animaux à une quelconque forme de cruauté devrait être à tout le moins moralement répréhensible, si ce n’est carrément un crime au sens de la loi.

Je suis conscient que mes propos peuvent sembler radicaux, mais ils ne sont pourtant rien de plus que l’aboutissement d’un raisonnement logique. En effet, puisque nous savons que les animaux sont des êtres sensibles, alors comment peut-on continuer à les traiter comme des choses ? Et comment peut-on justifier de les faire souffrir ainsi sans raison valable ? Bref, les animaux ne sont peut-être pas nos égaux en tous points, mais il me semble à tout le moins qu’il faille reconnaître qu’ils sont dignes de considération morale et que nous ne pouvons pas les utiliser comme de simples moyens en vue de nos fins.

Ironiquement, je suis plutôt convaincu que ces principes simples suscitent une large adhésion dans la population. En effet, bien rares sont les gens qui demeurent indifférents face à la cruauté envers les animaux. Néanmoins, il subsiste de nombreux obstacles qui nous empêchent de modifier notre regard et notre attitude à l’égard des animaux, à commencer par l’habitude. D’ailleurs, l’appel à la tradition est un motif récurrent lorsque vient le temps de justifier des activités comme le rodéo ou la corrida. Or, je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’il s’agit là d’un argument fallacieux, car ce n’est pas parce qu’une pratique est traditionnelle qu’elle est légitime pour autant.

Cela dit, le principal obstacle à l’amélioration de la condition animale demeure sans contredit la recherche du plaisir. Pour bien des gens, assister à ces événements constitue effectivement une forme de plaisir à laquelle ils ne sauraient renoncer si facilement. C’est comme pour la consommation de viande, cette habitude est si ancrée dans notre culture et dans notre quotidien qu’il s’avère difficile de la remettre en question. En lui-même, le plaisir occupe par ailleurs une place importante dans notre société, ce qui n’est pas un mal en soi, bien au contraire. Seulement, lorsque le plaisir des uns entraîne la souffrance des autres, je crois que nous pouvons convenir qu’il y a un problème.

Pour toutes ces raisons, je considère que les animaux ne devraient pas à être assujettis à nos moindres désirs au détriment de leur propre bien-être. Au contraire, puisque ce sont des êtres « sentients », nous devrions tenir compte de leurs intérêts dans chacun de nos choix. Car faire souffrir les animaux « pour le fun », ça n’a rien de vraiment amusant.