Christianisme et féminisme

CHRONIQUE / Dernièrement, j’ai écouté le film «Marie Madeleine», de Garth Davis, mettant en vedette Rooney Mara dans le rôle-titre, ainsi que Joaquin Pheonix dans le rôle de Jésus. Le film est assez peu orthodoxe, proposant une lecture féministe du personnage de Marie Madeleine en se basant à la fois sur la Bible et sur des sources apocryphes. Je suppose qu’il faut donc prendre tout cela avec un gros grain de sel, mais il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un film intéressant, en phase avec notre époque.

Personnellement, je ne suis ni chrétien, ni une femme, il pourrait donc apparaître étrange que je m’intéresse autant à la relation entre le christianisme et le féminisme. 

Seulement, si l’on considère l’impact qu’a eu le christianisme sur notre civilisation, ce serait fou de ne pas s’y intéresser, ne serait-ce que pour mieux comprendre qui nous sommes et d’où nous venons. 

La question de la place de la femme dans la société, par exemple, est intimement liée au traitement réservé aux femmes dans l’histoire du christianisme. 

Et c’est sur ce point que le film de Davis est intéressant, car il propose de faire de Marie Madeleine une icône du féminisme, et qui plus est une figure centrale du christianisme naissant.

La thèse est audacieuse, mais pas totalement dénuée de sens. 

D’abord, on sait que Marie Madeleine était présente lors des principaux événements de la vie de Jésus, notamment lors de sa crucifixion. Mais, plus important encore, c’est elle qui fût la première à voir Jésus après sa résurrection, la chargeant ainsi d’avertir les apôtres. La symbolique est forte. 

C’est à une femme que Jésus décida de livrer son ultime message, ce qui laisse à penser que ce dernier ne faisait pas grand cas des conventions de l’époque et du sexisme ambiant. C’est aussi dire que Marie Madeleine n’était possiblement pas une disciple comme les autres, mais peut-être « l’apôtre des Apôtres », pour reprendre l’expression de Thomas d’Aquin.

Mais qui était Marie Madeleine ? La tradition chrétienne en a longtemps fait une pécheresse, voire une prostituée. Bien que cette position ait été abandonnée par l’Église catholique après Vatican II, cette image lui colle toujours à la peau et bien peu de gens connaissent la véritable nature de cette femme au destin extraordinaire. 

Dans le film de Davis, on constate surtout que Marie Madeleine était une femme qui ne supportait pas les contraintes et les limites qui lui étaient imposées par la société, et qui plus est par sa famille. 

En proie à une profonde crise d’identité qui la mènera au seuil de la dépression, elle trouvera réconfort auprès de Jésus, un homme qui refuse de la condamner et qui propose un message « révolutionnaire », empreint d’amour et de justice.

Évidemment, il ne s’agit là que de pures spéculations et il nous est impossible d’en vérifier la validité. Entre autres, il apparaît douteux que Jésus ait été aussi progressiste que le film souhaite nous le faire croire. 

Mais, si vous voulez mon avis, cela n’a finalement que peu d’importance, car ce qui compte avec ces grandes figures mythiques, ce n’est pas tant ce qu’ils ont été, mais ce qu’ils représentent pour nous. 

C’est sous cet angle que le film de Davis prend tout son sens, car il exploite habillement des thèmes qui nous sont chers, comme l’égalité entre les sexes. Or, si le message de Jésus raisonne toujours autant de nos jours, c’est qu’il implique l’idée que l’amour et l’égalité vont de pair, c’est-à-dire qu’il ne peut y avoir d’amour dans un monde où subsiste la domination de l’homme par l’homme – ou plus précisément de la femme par l’homme, dans ce cas-ci.

On dit souvent que l’histoire est écrite par les vainqueurs, ce qui est rigoureusement vrai dans le cas du christianisme. Ce sont effectivement des hommes qui ont écrit l’histoire du christianisme, et ce au détriment des femmes. 

C’est pourquoi la figure de Marie Madeleine mérite d’être réhabilitée, car à travers elle nous comprenons mieux l’essence du message évangélique, à savoir que tous les êtres humains sont égaux et dignes de considération. 

Marie Madeleine n’était pas une « possédée », ce n’était qu’une femme libre et elle devrait être une source d’inspiration pour toutes les femmes.