Chronique

L’appel de la forêt

CHRONIQUE / Vous connaissez probablement tous ce classique de la littérature américaine. L’appel de la forêt, de Jack London, raconte l’histoire de Buck, un chien domestique qui, après avoir été confronté aux pièges et à la rudesse du territoire du Yukon, revient à ses instincts naturels et devient chef de meute. Pour nous, humains, le livre soulève certaines questions importantes, notamment celle de notre rapport à la nature.

Pour peu qu’on sache lire entre les lignes, le parti pris de London en faveur de « l’état de nature » est assez évident dans ce livre. Un peu comme Jean-Jacques Rousseau avant lui, l’auteur y défend la thèse d’une supériorité de la nature sur l’homme. Plus précisément, il convient à l’homme comme à n’importe quel animal de découvrir sa vraie nature et de s’y conformer. Cela ne signifie pas qu’il faille chercher à vivre une vie plus facile, bien au contraire, mais une vie plus vraie, plus authentique.

Opinions

Le combat de Nathan

CHRONIQUE / Peut-être en avez-vous déjà entendu parler. Nathan Choinière, un ancien élève de l’école secondaire du Verbe Divin, à Granby, s’est vu refuser le droit de se présenter en robe à son bal de finissants. Un an plus tard, il a décidé de publier une vidéo sur Facebook pour se « vider le cœur », mais aussi, et surtout, pour faire valoir les droits des membres de la communauté LGBTQ2+. Et je crois que son message mérite vraiment qu’on s’y attarde.

Pour tout dire, si je vous en parle aujourd’hui, c’est non seulement parce que cette histoire m’a touché, mais également parce que je connais Nathan. En effet, ce dernier étudie maintenant au Cégep de Jonquière et il a été un de mes étudiants l’an dernier. Je vous le dis par souci de transparence, mais aussi parce que j’ai moi-même été « confronté » à son style peu conventionnel. Enfin, confronté est un bien grand mot, car il n’y a dans les faits rien de bien dérangeant dans le style et l’attitude de Nathan, si ce n’est qu’il se démarque du lot par son originalité. Mais cela suffit évidemment à importuner certaines personnes à l’esprit un peu plus étroit.

Chroniques

Avortement: le débat impossible

CHRONIQUE / On ne l’avait pas vraiment vu venir, celle-là, mais avec ce qui se passe aux États-Unis en ce moment, la question de l’avortement est revenue hanter le débat public au Québec et au Canada. En guise de réaction, nos gouvernements ont adopté des motions visant à réaffirmer le droit des femmes à disposer de leur corps. Tous les partis politiques ont applaudi, sauf les conservateurs. Comment interpréter ce refus ? Serait-ce que les conservateurs souhaitent rouvrir le débat sur l’avortement s’ils sont élus ?

Je ne suis pas dans le secret des dieux, je ne vais donc pas spéculer sur les intentions réelles ou cachées des conservateurs. Par contre, je note qu’ils sont les seuls à ne pas soutenir inconditionnellement le droit à l’avortement, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Qu’on me comprenne bien, je n’ai pas dit que j’étais contre l’avortement, mais il m’apparaît néanmoins sain qu’une question aussi complexe et délicate que celle-là ne soit pas assujettie à une unanimité béate et simpliste. Bref, je trouve ça sain qu’on puisse en débattre.

Sébastien Lévesque

Le bonheur en famille

CHRONIQUE / La semaine dernière, j’ai lu avec intérêt la chronique de Marie-Ève Lambert, ma collègue de La Voix de l’Est. Elle y abordait l’épineuse question du bonheur parental, et plus particulièrement de la pénalité de bonheur parental. Selon plusieurs études, en effet, les parents seraient généralement moins heureux que les non-parents. Pourquoi ? En gros, parce que les enfants génèrent du stress, de la frustration et de l’inquiétude.

Je ne sais pas vous, mais pour ma part, je ne suis aucunement surpris par le résultat de ces études. Non pas que je pense que les enfants nuisent réellement au bonheur, mais parce que je crois que nous nous trompons sur la véritable nature du bonheur. De manière générale, notre société tend à nous faire croire que le bonheur réside dans l’accumulation des plaisirs intenses et immédiats ainsi que dans la réussite individuelle. Dans ces conditions, il ne fait aucun doute que les enfants constituent une entrave au bonheur, car ils entrent forcément en contradiction avec nos attentes et nos aspirations individuelles.

Le problème, c’est que l’individualisme et le narcissisme sont devenus les bases de notre société. Le bonheur y est perçu comme un bien de plus à s’approprier, un peu comme toutes ces bébelles qu’on achète chez IKEA ou au Costco pour combler le vide de notre existence. Le bonheur est devenu une marchandise, une course, une compétition. On ne compte d’ailleurs plus le nombre de livres et de conférences de « coachs de vie » qui nous promettent la recette du bonheur, mais surtout un moyen simple et rapide pour y parvenir. Pas l’temps d’niaiser, comme on dit !

Dans le registre familial, ce mal prend la forme de ce que j’appelle le « couple-jouisseur ». Le couple-jouisseur, c’est ce couple qui n’en est pas vraiment un. Ce couple qui n’est que l’addition des deux individus qui le composent et l’extension naturelle de l’individualisme narcissique qui caractérise notre époque. Ce modèle n’existe d’ailleurs que dans l’objectif d’accroître le plaisir et les opportunités de l’individu. Le couple et la famille n’y sont rien de plus que des « ingrédients » du bonheur standardisé à la sauce moderne.

Mais la désillusion ne tarde pas à venir, car il apparaît de plus en plus évident que le bonheur qu’on tente de nous vendre est factice et que les standards qu’on nous demande d’atteindre sont irréalistes. Surtout chez les femmes, pour qui le prix à payer s’avère particulièrement élevé. Mais à qui la faute ? En fait, tout indique que nous sommes en partie les artisans de notre propre malheur. D’abord, nous nous laissons entraîner dans cette spirale ridicule de « succès » et de confort matériel, puis nous recherchons une reconnaissance superficielle de la part d’une société tout aussi superficielle.

Selon moi, il faut changer nos attentes et nos aspirations, et surtout le regard que nous portons sur le couple et la famille. Car pour peu qu’on accepte l’idée que le bonheur ne se trouve pas nécessairement dans l’accumulation des plaisirs et dans la réussite matérielle et individuelle, les enfants n’apparaissent plus comme un obstacle. En réalité, le bonheur est davantage une entreprise collective dont la famille s’avère l’un des lieux privilégiés. Certes, celle-ci vient avec son lot de stress, de frustrations et d’inquiétudes, mais ce sont ces « épreuves » qui forgent notre caractère et nous aident à devenir de meilleures personnes.

À travers le couple et la famille, nous apprenons – en principe – à faire des compromis et des sacrifices. Nous apprenons le sens et la valeur du dévouement. Aussi, être parent nous confronte à nos propres limites et imperfections. Bref, nous apprenons à dépasser notre individualité pour embrasser un projet plus grand que nous. Ce n’est pas toujours facile, évidemment, mais humainement enrichissant.

Ainsi conçu, le bonheur en famille a donc quelque chose de subversif, car il appelle au renversement des valeurs de notre époque. La famille nous ouvre alors sur un bonheur profond et durable dont nous ne pouvons prendre la pleine mesure qu’avec les années. Cela s’appelle le sentiment du devoir accompli.

À LIRE AUSSI: La pénalité de bonheur parental - La chronique de Marie-Ève Lambert

Sébastien Lévesque

Le cerveau qui croit

CHRONIQUE / « Le mot “Dieu” n’est pour moi rien d’autre que l’expression et le produit de la faiblesse humaine, la Bible est une collection de légendes honorables, mais toujours purement primitives et néanmoins assez puériles. Aucune interprétation, aussi subtile soit-elle, ne pourra me faire changer d’avis », a écrit le physicien théoricien Albert Einstein dans une lettre au philosophe juif allemand Erik Gutkind.

Bien qu’on ait souvent tenté de le faire passer pour un croyant, Albert Einstein était en réalité un athée convaincu. Il n’était d’ailleurs pas toujours tendre à l’égard des croyants, comme en fait foi la citation ci-haut.

Sébastien Lévesque

Des républicains?

CHRONIQUE / C’est un sujet assez peu discuté de nos jours, mais la question de l’héritage des Patriotes de 1837-1838 a toujours été sujette à de nombreuses interprétations. Dans un ouvrage paru en 2014, le philosophe et politologue Danic Parenteau a pour sa part soutenu l’idée selon laquelle les Patriotes seraient à l’origine d’une pratique sociale d’inspiration républicaine qui, depuis lors, se serait fortement enracinée dans l’imaginaire collectif québécois. En ce sens, les Québécois seraient donc des républicains qui s’ignorent, car il faut bien admettre que le concept de républicanisme demeure à ce jour largement méconnu du grand public.

Dans son Précis républicain à l’usage des Québécois, Parenteau nous invite d’ailleurs à distinguer le républicanisme en tant que régime politique du républicanisme en tant que pratique sociale. Car si le premier a la particularité de rejeter la monarchie et les privilèges anciens, le second tend plutôt à s’opposer au libéralisme politique. Ce point est important, car c’est sur la base de cette opposition que notre auteur entend expliquer en quoi et pourquoi le multiculturalisme canadien et les accommodements religieux ne passent pas au Québec. À ses yeux, c’est clair, si les Québécois n’adhèrent pas à ce libéralisme anglo-saxon, c’est parce qu’ils possèdent une « sensibilité républicaine » héritée de la pensée des Patriotes.

Sébastien Lévesque

Faire souffrir « pour le fun »

CHRONIQUE / Dernièrement, la direction du Festival du cochon de Sainte-Perpétue, au Centre-du-Québec, a annoncé qu’elle mettait fin à la traditionnelle course au cochon graissé, une épreuve jugée cruelle par des groupes de défense des animaux. Par ailleurs, vous avez probablement entendu parler de cet enfant qui a été mordu par un zèbre lors du Salon des animaux exotiques qui s’est tenu à Chicoutimi en avril dernier. Évidemment, loin de moi l’idée de banaliser cet incident, mais je crois cependant qu’il s’agit d’une belle occasion de nous questionner sur le sort réservé aux animaux lors de ce type d’événement.

Aujourd’hui encore, de nombreux événements dans la région et partout au Québec offrent une programmation dans laquelle on retrouve diverses activités qui mettent en scène des animaux. Que ce soit lors des expositions agricoles ou des festivals western, plusieurs de ces activités – notamment le rodéo – sont fondées sur la violence, le stress et la peur. N’ayons pas peur des mots, il s’agit ni plus ni moins d’une forme de cruauté et de maltraitance envers ces animaux et je peine à comprendre comment une société comme la nôtre peut encore tolérer de telles pratiques, si ce n’est par ignorance ou par méchanceté pure et simple.

Chroniques

Un tramway nommé philo

CHRONIQUE / Que préféreriez-vous si l’on vous donnait le choix entre une vie réelle remplie de souffrances ou une vie virtuelle exempte de toute souffrance ? Dans une situation d’urgence, devons-nous vraiment sauver les femmes et les enfants d’abord ? Et si nous le pouvions, serait-il moralement justifié de remonter le temps pour tuer Adolf Hitler alors qu’il n’était encore qu’un bébé ? Ce n’est là qu’un bref échantillon des questions auxquelles certains chercheurs tentent de répondre par le biais de la philosophie expérimentale.

Dans l’esprit de la plupart des gens, la philosophie se présente comme une activité hautement spéculative et abstraite, au point où l’expression « philosophie expérimentale » peut sembler contradictoire. Il est vrai que la tradition philosophique s’est construite sur une méthode qui repose principalement sur la justification a priori, mais l’intérêt de la philosophie expérimentale relève précisément du fait qu’elle mise sur les connaissances empiriques.

Sébastien Lévesque

Ce pays qui n'est pas le nôtre

CHRONIQUE / « Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement. » — Robert Bourassa, 22 juin 1990

Vous vous souvenez du 27 octobre 1995 ? C’était trois jours avant le référendum sur la souveraineté et des dizaines de milliers de Canadiens étaient venus des quatre coins du pays pour démontrer leur volonté de conserver le Québec au sein du Canada. C’était le fameux « love-in ». Les Canadiens venaient soudainement de se découvrir un amour et un attachement pour le Québec, et ce, après plus d’une décennie de querelles constitutionnelles à travers lesquelles le Québec n’a récolté que du mépris et de la déception.

Sébastien Lévesque

Peut-on croire en Dieu?

CHRONIQUE / « Ne suffit-il pas de voir qu’un jardin est beau, sans qu’il faille aussi croire à la présence de fées au fond de ce jardin ? » - Richard Dawkins

Peut-on croire en Dieu ? Aux premiers abords, la question peut sembler étrange tellement la réponse apparaît évidente. Un peu partout dans le monde, des milliards de personnes y croient, donc bien sûr que nous pouvons croire en Dieu. Mais la vraie question est peut-être la suivante : est-il raisonnable de croire en Dieu ? Et a-t-on besoin de cette croyance pour bien vivre ? Considérant la place centrale que Dieu occupe dans la vie de nombreuses personnes, la question mérite qu’on s’y attarde.