Qu’est-ce que y a?

CHRONIQUE / J’entends dire à répétition, lors d’entrevues à Radio-Canada : «Je pense que y a beaucoup de problèmes.» Ne devrait-on pas dire : «Je pense qu’il y a»? (Danielle Picard, Québec)

Vous avez évidemment raison, mais il y a une différence à faire entre, d’une part, journalistes et animateurs, qui sont tenus à une langue plus policée, et, d’autre part, les personnes interviewées, qui ne sont pas toujours des communicateurs professionnels, qui utilisent parfois une langue de tous les jours et ne peuvent se mettre à gommer leur parlure du jour au lendemain. Il faut un entraînement pour ça, que dispensent d’ailleurs la plupart des programmes de journalisme et de communication.

Mais n’oubliez pas qu’on ne parle pas de la même façon que l’on écrit, et ce, dans la plupart des langues occidentales. L’oral est généralement plus relâché, alors que la langue écrite est tenue à plus de rigueur, car elle nécessite un code commun entre les locuteurs.

Faites le test : qui autour de vous prononce vraiment «il»? Il y a de fortes chances que la majorité de votre entourage dise «i’» — et il n’y a aucun mal à ça dans les conversations informelles. La plupart des gens disent donc «y a» plutôt qu’«il y a». Cette tournure familière est tellement répandue qu’elle s’est infiltrée à l’écrit. Pensez au succès de Charles Trenet «Y a de la joie» ou à l’émission de télé «Y a du monde à ‘ messe».

Maintenant, pourquoi les gens sont-ils portés à dire «que y a» et non «qu’y a»? C’est que le y est une «semi-voyelle» en français. On le considère tantôt comme un i, tantôt comme un «hi» où le h serait aspiré (donc comme une consonne). C’est pour cette raison qu’on dit le yogourt (et non l’yogourt), le yéti, le yoyo, la yourte…

Il y a juste une petite chose qui me dérange : la plupart des gens écrivent «y’a» avec une apostrophe, parce qu’ils pensent que ce signe marque la liaison. Mais l’apostrophe exprime plutôt l’élision d’une lettre, tel le e ou le a dans «l’». Mais dans «y a», aucune lettre ne manque à l’appel.



***



«Que pensez-vous des « avec pas » que nous entendons même à Radio-Canada (une rue avec pas d’arbres)? Le "sans" a-t-il disparu?» (Nelson Gosselin, Thetford Mines)


La première fois que j’ai entendu cette expression, c’était le fameux «avec pas d’casque» dans une liste de perles attribuées à Jean Perron (les légendaires «perronismes»). Était-ce vraiment de lui? Il a souvent servi de bouc émissaire pour les bourdes de langage commises par tous les commentateurs sportifs et athlètes…

Indépendamment de cela, «avec pas» m’apparaît comme une traduction littérale du «with no» anglais (pensez à la chanson «A Horse with No Name»), totalement accepté dans cette langue. Je suis surpris toutefois que vous entendiez cette erreur à la société d’État, et j’espère que ceux qui la commettent sont rapidement repris. Parce qu’autour de moi, on l’utilise surtout ironiquement. Et ceux qui osent échapper un véritable «avec pas» le font à leurs risques et périls de devenir la tête de Turc du jour.


PERLES DE LA SEMAINE

En attendant les perles du bac 2019, revisitons les palmarès des années précédentes… Commençons par les sciences économiques et sociales.


«La concurrence est un phénomène naturel entre les hommes. C’est pourquoi il existe des femmes plutôt jolies et des femmes plutôt moches.»

«La solidarité sociale a poussé l’État français à construire des H & M.»

«Les frites, qui sont belges, ont marqué le début de la mondialisation.»

«Le solde migratoire est la somme que l’on donne aux émigrés pour repartir chez eux.»

«Les commandites sont une pratique très intéressante pour faire connaître les entreprises, particulièrement lors d’évènements sportifs pour handicapés mentaux et physiques, tels que la coupe de monde de football.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.