Steve Bergeron

Ne faites pas « à semblant »

CHRONIQUE / «J’entends souvent des gens dire «faire à semblant». Il me semble que l’expression correcte serait «faire semblant». Qu’en est-il exactement? Merci (Gaétan Laroche, Québec).

La bonne tournure est effectivement «faire semblant», mais tellement de gens disent «faire à semblant» dans la langue de tous les jours que j’ai tenté d’en savoir un peu plus sur les origines de cette variante.

Mon premier réflexe a été de penser à une ancienne tournure française préservée chez nous. Mon instinct me disait qu’il y avait peut-être un rapprochement à faire avec deux autres vieux verbes français toujours employés ici : «assavoir» et «accroire». Si les Québécois se font «assavoir des choses» et se font «accroire des affaires», c’est peut-être pour la même raison qu’ils font «à semblant»... ou «assemblant» (notez que la première orthographe ressort quand même 30 fois plus souvent sur Google).

Malheureusement, aucune des sources consultées n’affirme textuellement que «faire à semblant» est une vieille locution qui aurait pu être en vogue à la Renaissance ou au Moyen Âge. Mais j’ai malgré tout fait des trouvailles intéressantes.

D’abord, cette façon de dire n’est pas que québécoise. J’en ai découvert des traces en Suisse, plus précisément dans le glossaire vaudois de Pierre-Moïse Callet, publié en 1861. Le «Glossaire fribourgeois» (1864) la relève aussi (le sous-titre de cet ouvrage est «Recueil des locutions vicieuses»...).

Voilà qui nous confirme qu’il s’agit d’une vieille variante de «faire semblant» et que nous n’avons pas à culpabiliser outre mesure: elle n’est pas propre à nous. En fait, peut-être l’est-elle aujourd’hui, mais pas dans le passé.

Autre trouvaille intéressante, cette fois plus près de nous: Chantal Naud, dans son «Dictionnaire des régionalismes des Îles de la Madeleine» (2011), fait un rapprochement entre «à semblant» et «la semblant», une tournure répandue dans les Antilles françaises. Par exemple: «Fais pas la semblant malade!»

Quant à lui, le Dictionnaire Godefroy (1881) donne à l’expression «à semblant» le sens d’«à ce qu’il semble». Il cite un écrivain du XIVe siècle, Jean d’Outremeuse: «Et astoit a semblant a II piez pres de solea [et était à ce qu’il semble à 11 pieds près du soleil].»

À partir de là, peut-on penser que «faire à semblant», c’est simplement «faire à ce qu’il semble»? Par exemple, faire semblant de dormir, ce serait donc «faire à ce qu’il semble dormir»?

Fait intéressant: Godefroy relève une tournure canadienne, «à mon semblant», qui voulait dire «à ce qu’il me semble, à mon avis» à l’époque.

Évidemment, tout ça, ce ne sont que des hypothèses. Un linguiste spécialisé en ancien français vous aurait peut-être répondu plus catégoriquement et plus rapidement que moi. Ce qu’il faut retenir (et vous aurez peut-être l’impression que je me répète), c’est que si «faire à semblant» est à éviter dans le discours soutenu, qu’il soit oral ou écrit, il n’y a aucun problème à l’employer dans ses conversations privées, dans une œuvre poétique ou un ouvrage littéraire de fiction. L’important est de se rappeler à quel registre de langue cette tournure appartient.

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«Louis XV a fait la guerre de Sept Ans, parce que la guerre de Cent Ans avait été trop longue.»

«Louis XVI est mort courageusement sur un échafaudage.»

Source: «Le Sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.


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