Médium saignant... les oreilles

CHRONIQUE / « J’ai remarqué, dans un article, que vous aviez recouru au terme "technique" pour désigner les types de peinture (huile, acrylique, etc.) utilisés par un artiste. Le mot "médium" est-il incorrect? » (Paul Côté, Sherbrooke)

Les mots d’origine latine qui sont restés tels quels en anglais et en français peuvent nous laisser une impression de passe-partout. Parce qu’ils s’écrivent de la même façon (à un accent aigu près dans le cas de «médium»), on peut croire, à tort, qu’ils sont acceptés dans les deux langues avec des définitions identiques.

Mais un anglicisme, ce n’est pas uniquement la transcription littérale d’un mot anglais en français, tel le verbe «to cancel» que beaucoup de Québécois francisent erronément en «canceller» au lieu d’«annuler»: c’est également lorsqu’on donne à un mot français une définition qu’il n’a qu’en anglais. C’est le cas de «condominium», qui n’est toujours pas accepté par le Grand Dictionnaire terminologique. Et c’est le cas, aussi, de «médium» («milieu» en latin) dans ce contexte-ci.

Voyez-vous, avant d’être employé au Québec comme synonyme de «technique», «moyen d’expression», «art», «matériel» ou «matériau», le mot «médium» avait déjà fait son entrée dans le vocabulaire de la peinture pour désigner autre chose. C’est donc pour éviter une confusion si l’Office québécois de la langue française le déconseille lorsque l’on veut parler de différents moyens d’expression (peinture, sculpture, gravure), matériaux (le bois, le marbre, le granit en sculpture; le fusain, le pastel ou le graphite en dessin; etc.), techniques (le haut-relief, le bas-relief, la ronde-bosse en sculpture...) et ainsi de suite. 

Et c’est quoi, la véritable définition de «médium» en peinture?

Imaginez-vous donc que le Petit Robert et l’OQLF ne s’entendent pas. Pour le premier, le médium, c’est le «liquide servant à détremper les couleurs», par exemple l’eau dans l’aquarelle ou l’huile dans la peinture à l’huile. Mais selon le Grand Dictionnaire terminologique, ça, c’est le «liant» («substances qu’on mélange aux pigments broyés pour produire la peinture»). Pour le GDT, un médium est une substance qu’on ajoute à la peinture pour «en modifier certaines caractéristiques comme la brillance, la fluidité, la texture ou le temps de séchage».

Leur désaccord n’enlève rien au fait que «médium» soit un anglicisme dans ce contexte. Toutefois, il sera très difficile de renverser la vapeur, «médium» étant malheureusement très implanté ici dans le domaine des arts visuels.

Il y a une autre erreur qui persiste en français avec «médium». Vous savez peut-être déjà qu’en latin, le pluriel de «medium» est «media». Plusieurs personnes continuent donc de croire que, lorsqu’elles parlent d’un moyen de communication ou de transmission d’informations telles la radio, la télévision ou la presse écrite, elles doivent dire «un médium» et «des médias».

Mais non! Soucieux de ne pas créer une nouvelle exception, les linguistes ont décidé qu’ils ne garderaient que la forme «média» dans ce contexte et que le pluriel se ferait comme la majorité des mots français : avec un s. On dit donc correctement «un média  et «des médias».

Quels sont alors les bons usages de «médium» en français? Primo, quand on parle d’une personne soi-disant capable de communiquer avec les esprits. Secundo, pour désigner le registre moyen d’une voix.

Et maintenant, vous vous demandez : «Est-ce que je peux aussi continuer de commander mon steak médium saignant»? 

Alors là, vous ouvrez une boîte de Pandore. Je vous en reparle la semaine prochaine.

PERLES DE LA SEMAINE

Sujet de l’examen : Adolf Hitler. J’ai l’impression que nous allons faire un petit voyage en nazi.

«Lors de cet attentat contre Hitler, la bombe a explosé sous la table. Non seulement Hitler n’était pas mort, mais il était encore en vie.»

«Pour Hitler, il n’y avait qu’une seule race valable : les lézariens.»

«Hitler a attaqué la Pologne pour faire croire aux Allemands qu’il les conduisait à la paix.»

«Le Führer s’amusait parfois à imiter Charlie Chaplin.»

«Hitler avait étudié les arts. La peinture était son violon d’Inde.»

Source : «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

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Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca