Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron

La dysfonction des sanctions

Dans la phrase «cette contribution électorale fut sanctionnée par l’Assemblée nationale», comment peut-on savoir si cette contribution a été approuvée ou désapprouvée? Ne devrait-on pas «sanctionner» ce mot à double visage? (Louis Lemieux, Sherbrooke)

Comment, en effet, le mot «sanction» et son verbe dérivé, «sanctionner», en sont-ils venus à faire référence tantôt à une approbation, tantôt à une punition?

«Le parlement a donné sa sanction au projet de loi [approbation].»

«Ce pays a écopé de sanctions économiques pour avoir violé le cessez-le-feu [pénalités].»

«Ce néologisme a fini par être sanctionné par l’usage [accepté].»

«Les manifestants sans masque risquent d’être sanctionnés [mis à l’amende].» 

Notons d’abord que la plupart des ouvrages de difficultés ne voient pas de problème à cette contradiction et n’ont donc aucun article sur la question, entre autres la Banque de dépannage linguistique et le «Multidictionnaire de la langue française». Hanse, lui, en fait mention mais n’y perçoit rien de mal, tandis que Colin constate le glissement vers «punition, châtiment», estimant qu’il est inutile de s’y opposer, étant donné que, dans le vocabulaire du droit, «sanction» veut aujourd’hui dire «peine ou récompense prévue pour s’assurer l’exécution d’une loi». 

Bordas, lui, considère que «sanctionner un délit, un coupable» est critiqué. Dans la langue «très surveillée», on devrait selon lui accompagner le mot «sanction» d’un autre mot à connotation négative pour exprimer le châtiment, par exemple «prendre des sanctions contre» ou «infliger des sanctions à». L’auteur ajoute aussi qu’on ne devrait jamais sanctionner une personne. Le Dictionnaire de l’Académie française et le dictionnaire d’A. V. Thomas vont dans le même sens: «On sanctionne une faute mais on punit, on châtie un individu.»

Et pourtant, le Petit Robert écrit en toutes lettres: «Sanctionner quelqu’un.» Et le Petit Larousse en remet avec «sanctionner un élève».

Bref, c’est un peu le bordel. Et j’ai l’impression que c’est comme ça depuis le début: quand on examine l’étymologie, on s’aperçoit que les deux sens, positif et négatif, étaient déjà présents dans le latin. Ou alors, c’est parce qu’on ne s’entend pas sur la signification ancienne du mot.

Ainsi, le Dictionnaire de l’Académie nous dit que «sanction» nous vient du latin «sanctio, sanctionis» («peine, punition»), sauf qu’il ajoute, en latin chrétien, «édit qui sanctionne, rescrit», lui-même dérivé de «sancire», «décider par une loi, interdire». Le Petit Larousse estime que «sancire» voulait dire «rendre irrévocable», alors que le Petit Robert lui donne «prescrire» comme définition.

Tout cela nous permet de constater qu’au départ, il y a un sens neutre qui jouxte le sens négatif, car «rescrit», «décider par une loi», «rendre irrévocable» et «prescrire» n’ont pas de connotation négative. Ce sont des mots qui parlent de décision, d’ordre, de validation. Et décider d’une chose, l’ordonner, la valider, la ratifier ou l’entériner, ce n’est pas forcément positif ni négatif. Cela étant dit, il est aussi possible d’approuver des choses négatives, comme une peine ou une punition.

Mais cela ne semble pas demain la veille qu’on fera le ménage dans tout ça. Les auteurs et rédacteurs qui recourent à «sanction» et à «sanctionner» devraient donc faire attention au contexte dans lequel ils les utilisent et s’assurer qu’il n’y aura aucun doute sur le sens souhaité. Par conséquent, il faudrait reformuler l’exemple que vous soumettez pour écarter toute ambiguïté.

«Cette contribution électorale a été jugée légale par l’Assemblée nationale.»

«Cette contribution électorale a été sévèrement sanctionnée par l’Assemblée nationale.»

Perles de la semaine

Si les petites annonces en ligne n’existaient pas, ça coûterait plus cher, mais on rirait moins. Merci aux recherchistes d’Infoman qui en ont débusqué la majorité.

«À vendre: 7 de passio, char cool au propane, bain turbion.»

«Deux oreilles très propres à donner [oreillers].»

«J’aimerais vendre d’anciens blocs légaux des années 50.»

«Cette magnifique poussette vous permettra aussi de draguer les mères célibataires au parc. Idéale pour transporter un enfant de type bébé.»

«Deux crotte pots à vendre, gros et petit.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.