Steve Bergeron

Écrire avec « facilités »

CHRONIQUE / Un commerçant peut-il nous suggérer de «profiter de [ses] facilités de paiement»? Il me semble que la facilité est assez subjective. Ce qui est facile pour l’un ne l’est pas nécessairement pour une autre personne. Il m’apparaît que «mode de paiement» ou «de versements» seraient à privilégier (Marc Laprise, Trois-Rivières).

Il existe effectivement un usage fautif du mot «facilités» en français, influencé par l’anglais «facilities», mais, vous en serez probablement surpris, celui que vous évoquez est tout à fait correct.

Selon la Banque de dépannage linguistique, le mot «facilité» au pluriel est accepté pour parler de «conditions spéciales, de moyens qui permettent de faire quelque chose aisément». 

Aujourd’hui, il est surtout employé dans le domaine de la finance. En effet, lorsqu’on le tape dans le Grand dictionnaire terminologique, les principales expressions qui ressortent sont «facilités de paiement, de caisse, de crédit, de prêt». On accepte aussi «facilités de réservation» dans le milieu hôtelier et «facilités de transport», surtout chez les compagnies aériennes.

Mais dès qu’on tombe dans le concret, pour parler d’installations, d’équipements, d’infrastructures, de bâtiments, de locaux, de matériel, de ressources, d’aménagements, de services, de moyens, etc., on trébuche sur la définition anglaise du mot. Voici des exemples trouvés dans des médias québécois.


«Si les athlètes professionnels profitent souvent de facilités intéressantes pour s’entraîner à la maison en cette période de COVID-19, il en va autrement des étudiants-athlètes [il faudrait opter pour le mot "équipements"].»

«C’était un centre industriel pas très beau. Maintenant, c’est aménagé avec des facilités pour qu’on vive l’hiver [il vaudrait mieux parler d’installations ici].»

«Nous allons continuer de travailler pour assurer la protection des aînés dans des facilités de longue durée ["ressources" ou "établissements de soins de longue durée" seraient plus appropriés).» 

«Il estime que les mesures sanitaires sont suffisantes pour protéger les travailleurs. "Nous avons envoyé une note de service à tous, que nous avons lue en français et en espagnol dans toutes nos facilités [il est préférable d’utiliser les mots ‘locaux’ ou ‘bâtiments’]."»

«Il a mentionné les facilités dans le hangar, telles que les salles de bains et le restaurant [on pourrait employer le mot "services"].»


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«Peut-on parler d’une flotte de véhicules et même, comme j’ai déjà entendu, d’immeubles? Les uns comme les autres ne flottent guère [Jean-Marc Pagé, Saguenay].»


Il vaut mieux effectivement parler d’un parc lorsqu’il est question de l’ensemble ou du nombre de «véhicules de même catégorie dont dispose une entreprise, un organisme, une collectivité, un pays ou une nation», explique le Grand dictionnaire terminologique. L’usage du mot «flotte» semble ici un emprunt sémantique à l’anglais que le GDT juge difficilement justifiable.

Quand on parle d’immeubles, on privilégiera également «parc» (parc immobilier).


«La compagnie veille toujours à l’entretien d’une flotte de véhicules du gouvernement, de la GRC et des entreprises essentielles ("parc de véhicules" ou "parc automobile").»

«La STM maintient que le nettoyage complet de la flotte d’autobus est fait en une journée et demie ("parc d’autobus").»


Par contre, lorsqu’il est question d’avions ou d’aéronefs, on peut employer les deux: «parc aérien» et «flotte aérienne». Mais on privilégie «flotte». J’imagine que cette analogie est permise parce qu’une des définitions du verbe «flotter» est «être suspendu dans les airs».

PERLES DE LA SEMAINE

Certains se moquent des journalistes lorsqu’ils interrogent le premier ministre, d’autres les défendent. Avec les perles qui suivent, pas mal tout le monde sera d’accord.


«Il n’y avait guerre d’espoir.»

«Ce petit coup de pousse peut faire qu’ils vont créer de l’activité économique.»

«Ce début d’incendie aurait été causé par la surchauffe d’une plainte électrique.»

«Les blessures à la tête de la victime ne nécessiteront pas l’amputation.»

«Pour reprendre une locution bien connue : autres temps, autres nurses.»


Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.