Lucie et Chantal Demers sont très reconnaissantes envers Roxanne Hébert qui a accompagné leur mère Simone dans ses derniers moments.

Roxanne, l’ange de Simone

CHRONIQUE / «C’est spécial comme elle est spéciale cette enfant-là.»

Simone Beaudoin avait bien raison en faisant référence à Roxanne Hébert. «Elle a l’air d’un ange...», disait-elle aussi.

J’écris au passé puisque cette chère Simone est décédée il y a quelques mois, le 24 février, à 80 ans. Une semaine avant, elle confiait qu’il faut du courage pour mourir.

La dame en avait déjà beaucoup, mais face aux inévitables passages de doute, elle savait que Roxanne était là pour trouver les mots, interpréter les silences et accueillir ce qu’elle ressentait devant l’évidence de sa fin de vie.

La technicienne en travail social n’a que 22 ans. On lui en donne davantage. Non pas parce qu’elle paraît plus vieille, mais par sa façon d’aborder le délicat sujet de la mort. La douceur même dans la voix. Angélique, aurait sans doute insisté Simone.

Il ne faut pas se surprendre que l’intervenante ait su apaiser les angoisses de la femme qui, sachant sa mort imminente, voulait tout régler avant qu’il ne soit trop tard, partir en toute sérénité.

«Roxanne est une vieille âme», soutiennent Lucie et Chantal Demers avec admiration pour celle qui, malgré sa jeune vingtaine, a été d’un réconfort maternel envers leur mère octogénaire.

Durant son séjour de quelques semaines au centre d’hébergement de Saint-Narcisse, l’ancienne coiffeuse a pu compter sur la présence constante de ses filles à son chevet, mais ses aidantes naturelles avaient déjà leurs propres émotions à comprendre et à gérer devant cette ultime étape à franchir avec elle.

C’est là que la présence rassurante et la maturité hors du commun de Roxanne ont fait la différence pour Simone Beaudoin et sa famille.

«Nous avons pu bénéficier d’un meilleur temps de qualité avec maman. Son stress et ses angoisses étaient déjà pris en charge.»

Dès l’annonce du diagnostic du cancer, Simone a compris qu’elle pouvait se tourner vers cette intervenante pour se libérer de ses peurs et de ses peines, exprimer ses besoins et formuler ses derniers souhaits.

Aidée de Roxanne, la femme s’est préparée à ce qui s’en venait en s’offrant ce qu’il est permis d’appeler le cadeau du temps.

L’expression n’est pas de moi, mais de ceux et celles dont le métier consiste à oeuvrer auprès de gens en soins palliatifs.

Une vieille âme donc, cette Roxanne à l’emploi du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Comme ses filles, Simone était impressionnée par la sagesse exemplaire de la jeune technicienne qui a poursuivi ses études au niveau universitaire.

«Oui, mais tu n’as que 22 ans!», lui répète-t-on sans arrêt, moi la première.

Ce n’est pas donné à tous de savoir parler de la mort avec celui ou celle qui sait que la sienne est proche. Simone ne connaissait pas le jour, mais elle devait s’y préparer. La maladie avait sérieusement envahi son corps vieillissant.

«La mort est un sujet avec lequel je suis à l’aise. Je ne peux pas expliquer pourquoi, mais dès la première rencontre, on pose les vraies questions.»

Roxanne a aidé Simone à boucler des boucles. Aucun sujet ne devait être évité afin que celle-ci puisse mener dignement à terme son dernier projet.

À quel endroit souhaitait-elle décéder? Accompagnée de qui et dans quelles circonstances? Avait-elle l’impression de laisser quelque chose en suspens et souhaitait-elle le régler? Ressentait-elle le besoin de clore ou de relancer une relation?

«Quand on ouvre la porte, on peut être étonné de constater à quel point, parfois, la personne attendait qu’on ose lui dire simplement: je sais que tu es en fin de vie. Qu’est-ce que tu comprends de ça et comment veux-tu la vivre?»

Simone vivait de l’angoisse, mais reconnaissait le diagnostic et acceptait les ressources mises à sa disposition.

Roxanne a reconnu en elle la femme fière et autonome que Simone avait toujours été.

À ses yeux, la clé se trouve dans l’authenticité, en parlant des vraies affaires et faisant toute la place aux vraies émotions.

«Il faut essayer de comprendre l’autre, se montrer ouvert à son vécu. Il ne faut pas se poser en expert, mais se baser sur ce que la personne vit et souhaite.»

Roxanne est très reconnaissante envers les familles qui acceptent qu’une tierce personne s’introduise dans leur intimité alors qu’elles vivent une période de grande intensité.

«Ce sont des étapes qui sont très difficiles, mais qui peuvent amener de très beaux moments.»

Roxanne a clairement la vocation. Elle sait exactement quoi dire et ne pas dire. Quand et comment.

Chantal et Lucie Demers témoignent de son empathie sincère, une approche qui doit servir d’exemple.

«Roxanne a su apporter à nous tous la sérénité et l’acceptation qu’une vie se termine et que la nôtre demeure encore...», ont-elles écrit pour la remercier.

Les deux soeurs l’ont vu faire la lecture à leur mère dont la vision avait considérablement diminué en raison de la maladie. À chacune de ses visites hebdomadaires, l’intervenante prenait soin de faire écouter à sa vénérable amie une musique qui avait une signification particulière pour celle-ci.

Touchée d’apprendre que ses petites attentions ont également permis à Simone d’apprivoiser la mort et, à ses filles, le deuil à venir, Roxanne répond simplement que son travail exige un «savoir être» qui ne s’enseigne pas nécessairement dans les livres.

Cela s’apprend en se laissant guider par la vaste expérience de vie de ces gens en fin de vie.

Simone a été cette accompagnatrice. Un ange aussi.